dimanche 30 octobre 2016

Ma vie de Courgette (2016)

Titre : Ma vie de Courgette

Date de sortie française : 19 octobre 2016

Réalisateur : Claude Barras

Scénario : Céline Sciamma, Germano Zullo, Claude Barras, Morgan Navarro, d'après l'oeuvre de Gilles Paris (Autobiographie d'une Courgette)

Directeur de la photographie : David Toutevoix

Montage : Valentin Rotelli

Musique : Sophie Hunger

Durée : 1h06

Avec : Gaspard Schlatter, Sixtine Murat, Paulin Jaccoud, Michel Vuillermoz, Raul Ribera, Estelle Hennard

Synopsis Ma vie de Courgette raconte l'histoire de plusieurs orphelins qui, pour surmonter leurs peines, vont s'aider les uns les autres. (Source : Wikipédia).


Mon avis


Rares se font les productions helvétiques qui suscitent réellement l'intérêt de nos jours. Pourtant, Ma Vie de Courgette a réussi à faire parler de lui et à instaurer une réelle aura autour de lui dès sa présentation à la Quinzaine des Réalisateurs du dernier Festival de Cannes où il avait su charmer le jury (sans être toutefois primé). Plus récemment, le film a triomphé au Festival international du film d'animation à Annecy et j'étais vraiment curieux de voir le résultat du travail de Claude Barras qui a bossé pendant plus de 2 ans sur ce film avec son équipe. Le tournage s'étant déroulé sur huit mois à raison de 3 secondes par jour et par animateur afin d'arriver au résultat final d'une durée de 66 minutes (ce qui est peu conventionnel de nos jours). C'est dire le travail d'orfèvre derrière ce métrage qui relate l'histoire de Icare (qui préfère qu'on l'appelle Courgette) qui est envoyé dans un foyer suite à la mort accidentelle de sa mère. Il y fera la rencontre d'autres enfants abandonnés par leurs parents pour différentes raisons et va devoir s'intégrer et trouver sa place afin de recommencer une nouvelle vie.

L'animation en stop-motion est à la mode ces derniers temps, après Kubo et l'Armure Magique sorti il y a peu et qui m'avait impressionné par sa technique, Ma Vie de Courgette reprend le procédé pour donner vie à ses marionnettes. Le choix est intéressant d'un point de vue artistique car quoi de plus logique que d'utiliser une technique qui donne des images plus saccadées, moins parfaites, que l'animation traditionnelle pour représenter ces petits personnages eux-mêmes imparfaits, vacillants et parfois dépassés par leur condition ? La direction artistique, principalement le design des personnages, est faite pour qu'on s'attache à eux très rapidement, ils sont tous créées à partir d'un même concept mais ils ont tous leurs propres particularités, leur propre look qui fait qu'on les reconnait très facilement.
Hergé affirmait que plus le style graphique d'un visage était simplifié, plus le spectateur pouvait y projeter ses émotions et, donc, s'identifier à lui. C'est un principe que Claude Barras a suivi à la lettre lors de l'élaboration de ses personnages tant ceux-ci sont plus attachants les uns que les autres.


Le film réussi à parler d'un sujet très grave mais en nous le présentant du point de vue de jeunes garçons et filles, en ce sens il parlera à la fois aux plus jeunes qui rejoindront cette espèce de naïveté assez touchante et aux adultes qui appréhenderont le métrage de manière plus terre à terre.
Il n'en demeure pas moins que le réalisateur valaisan porte un regard plein de tendresse et de bienveillance sur ces personnages confectionnés de toutes pièces. N'allez pas pour autant croire que le film verse bêtement dans le larmoyant primaire, il n'en est rien. Le film est même plutôt drôle dans l'ensemble et il est touchant de voir les pérégrinations de ces gosses qui vont parfois se chamailler, parfois s'entraider mais toujours en restant ensemble, comme au sein d'une famille qu'ils n'ont jamais vraiment eu.
Puis il y a ce personnage du policier qui amène Courgette au foyer et qui est peut-être le plus touchant de tous car c'est réellement lui qui fait le pont entre le monde extérieur, adulte, qui a tant blessé les enfants et le foyer, véritable havre de paix où il rend des visites régulières à Courgette.

Je voulais aussi revenir sur la très bonne BO composée par la bernoise Sophie Hunger qui est à l'image du film : légère mais sobre, ça n'en fait jamais trop, ça ne cherche pas à tout prix à tirer des larmes au spectateur et ça se conclut surtout par une superbe reprise de Le Vent nous Portera de Noir Désir. Je dois avouer que même moi avec mon cœur de pierre je n'étais pas loin de verser ma petite larme devant tant de beauté.


Ma Vie de Courgette est un véritable coup de cœur en cette fin d'année et une fierté de voir une production aussi maîtrisée et touchante sortie de l'esprit de compatriotes. Ma Vie de Courgette est un film que je conseille à tous, allez-y seul ou en famille il y en a pour tout le monde. Finalement si je ne devais lui reprocher qu'une seule chose ce serait d'être trop court, les 1h06 sont passées à une vitesse folle et à la fin j'en voulais encore même si, paradoxalement, le film ne pouvait pas s'achever à un meilleur moment.
J'espère profondément que le film fonctionnera et qu'il permettra à la Suisse de décrocher une nomination aux Oscars (que ce soit en tant que meilleur film étranger ou meilleur film d'animation puisqu'il est candidat dans les deux catégories) afin de démontrer que le talent et la créativité existent encore et qu'il suffit juste de s'éloigner un peu des chemins balisés pour s'en rendre compte.


mardi 6 septembre 2016

Toni Erdmann (2016)

Titre : Toni Erdmann

Date de sortie française : 17 août 2016

Réalisatrice : Maren Ade (également scénariste)

Directeur de la photographie : Patrick Orth

Montage : Heike Parplies

Durée : 2h42

Avec : Peter Simonischek, Sandra Hüller, Michael Wittenborn, Thomas Loibl, Trystan Pütter, Hadewych Minis, Lucy Russell

Synopsis Winfried Conradi, un enseignant allemand d'une soixantaine d'années, fantasque et habitué à se grimer, va rendre une visite surprise à sa fille Ines, consultante de haut niveau en poste à Bucarest. Alors qu'elle essaye de négocier un contrat d'externalisation très important pour sa carrière, il s'immisce dans sa vie professionnelle et personnelle afin de la faire réfléchir sur elle-même, dans une série de situations inattendues qui la déstabilisent. Voyant le risque qu'il fait prendre à sa fille, il décide de rentrer en Allemagne. Ines se consacre à fond à sa mission, mais a la surprise, un soir dans un grand hôtel, de retrouver son père, grimé et se présentant sous le nom de Toni Erdmann. (Source : Wikipédia)


Mon avis


Grosse sensation du dernier Festival de Cannes où il avait reçu une ovation lors de sa présentation en compétition officielle, Toni Erdmann était vite devenu le favori des bookmakers pour remporter la Palme d'Or qui lui a finalement échappé au profit de Moi, Daniel Blake de Ken Loach. Ayant dû finalement se contenter du prix de la critique internationale, il n'en demeure pas moins que le 3ème film de la réalisatrice allemande Maren Ade avait éveillé ma curiosité : qu'avait donc ce film de si particulier pour provoquer une telle réaction chez le public cannois ?
Alors que le film est déjà en salles depuis deux semaines, j'ai enfin pris le temps (car le film dure quand même 2h45 !) de me plonger dedans la tête la première, étant vierge de toute connaissance préalable avec le film si ce n'étaient les critiques dithyrambiques qui lui ont été adressées.

Il s'avère que c'était très bien, vraiment bien, excellent je dirais même ! L'histoire se concentre sur les relations assez tendues entre un père qui se sent seul et sa fille qui croit réussir sa vie avec un poste haut-placé à Bucarest. Le film joue beaucoup sur les apparences ; il y a le père bien sûr qui arrive en Roumanie en tant Winfried et qui fait mine de repartir avant de réapparaître sous les traits de Toni Erdmann afin de confronter sa fille à sa réalité et lui permettre une remise en question. Le métrage en soit change régulièrement de visage, on passe de la comédie potache au burlesque puis à de très beaux instants de pure émotion, toujours avec ces mêmes acteurs formidables qui, dirigés d'une main de maître, apportent vraiment l'émotion au spectateur.


La mise en scène très soignée de Maren Ade souligne encore plus l'aspect burlesque de l'ensemble, principalement lors des gros moments de gêne provoqués par le père où la réalisatrice fait durer les plans afin que l'on ressente nous aussi le malaise de Ines. Elle n'en oublie pas pour autant le réel dans son histoire en filmant volontairement, et assez longuement plusieurs séquences de dialogues plus techniques qui permettent de mieux comprendre le monde dans lequel vit la fille de Winfried.
Et ça c'est génial car du coup j'y crois à ces personnages ! J'ai devant les yeux un vrai film de cinéma qui parle de vrais personnages dans un vrai monde, avec ses avantages et ses nombreux défauts.

Le film parvient également à nous faire passer en très peu de temps des rires à l'émotion, sans que ce soit forcé, sans que ce soit pathos (la performance de Sandra Hüller est encore à souligner de ce point de vue). Les personnages sont de plus suffisamment bien écrits pour que l'on s'attache à eux, Winfried/Toni et Ines ont beau avoir des personnalités très différentes, je me suis pris d'affection pour l'un comme pour l'autre, toujours très naturellement.
Le film est d'ailleurs très bien rythmé, si bien que les 2h40 ne se sentent absolument pas passer. J'avais d'ailleurs la chance d'être dans une salle avec des personnes (âgées pour la plupart) très réceptives à l'humour, même lors de certaines séquences qui vont très loin dans leur délire. Je pense bien évidemment à la fête d'anniversaire de Ines (dont je ne dévoilerai rien car c'est quelque chose à voir par soi-même absolument), totalement géniale et imprévisible, mais également à d'autres passages comme la première apparition de Toni Erdmann au restaurant (séquence qui brille également par sa mise en scène et sa manière de préparer la venue du personnage).


Toni Erdmann ne déçoit pas, bien au contraire ! Le film arrive comme un vent de fraîcheur au milieu de cet été très morose cinématographiquement parlant. Réussissant tout ce qu'il entreprend, le film est très drôle et présente une brochette de personnages tous très bien écrits, même les rôles très secondaires. Grâce à ses personnages attachants, le métrage fait s'écouler les 2h40 comme si de rien n'était (alors que c'était principalement le point qui me rebutait le plus). Présentant de grands moments de rire, le film nous laissera toutefois sur une touche plus triste, invitant peut-être même le spectateur à remettre lui-même en question ses acquis par le biais d'un dernier plan au caractère plutôt ambigu.
Assurément un des meilleurs films de l'été que je vous conseille chaudement !


jeudi 18 août 2016

Jason Bourne (2016)

Titre : Jason Bourne

Date de sortie française : 10 août 2016

Réalisateur : Paul Greengrass

Scénario : Paul Greengrass et Christopher Rouse d'après les personnages créés par Robert Ludlum

Directeur de la photographie : Barry Ackroyd

Montage : Christopher Rouse

Musique : David Buckley et John Powell

Durée : 2h03

Avec : Matt Damon, Tommy Lee Jones, Alicia Vikander, Vincent Cassel, Julia Stiles, Riz Ahmed, Ato Essandoh

Synopsis La traque de Jason Bourne par les services secrets américains se poursuit. Des îles Canaries à Londres en passant par Las Vegas... (Source : Allociné)


Mon avis


Si vous vous intéressez un minimum au cinéma, l'évocation du nom de Jason Bourne doit forcément allumer une petite ampoule au-dessus de votre tête. Après avoir redéfini les codes du cinéma d'action-espionnage des années 2000, la saga portée par Matt Damon revient 9 ans après la fin de la trilogie (The Bourne Identity, Supremacy et Ultimatum) avec à nouveau Paul Greengrass aux commandes alors qu'il avait déjà réalisé les deux derniers (et les meilleurs !) Bourne de la trilogie (vous remarquerez que je laisse volontairement le spin-off de côté, pas uniquement parce qu'il est plutôt médiocre mais parce qu'il n'est pas du tout pris en compte pour ce nouvel opus).

Alors que le retour du duo Damon-Greengrass pouvait laisser rêveur, une question méritait tout de même d'être posée : il y'avait-il un réel intérêt à dépoussiérer la franchise et est-ce que Greengrass allait réussir à renouveler celle-ci alors que la société et les problèmes en découlant ne sont plus les mêmes qu'au début des années 2000 ?
Parce qu'il faut dire que les trois premiers volets, en plus d'être de brillants films d'action, ont toujours intégré leur intrigue au milieu d'une société minée par la paranoïa post-11 septembre. De ceci découlaient ces fameuses agences gouvernementales qui, dotées d'une liberté d'action sans limites (ou presque), se retrouvaient mêlées à pas mal d'affaires pas toujours très nettes.

Aujourd'hui, les Etats-Unis (et le monde par extension) vivent dans la crainte d'autres types de menaces. On a bien sûr le terrorisme, qui s'étend de plus en plus, mais également toutes les atteintes à la vie privée avec à nouveau certaines agences dont les méthodes ont été mises sous le feu des projecteurs grâce à Edward Snowden principalement.
C'est justement là que se positionne Greengrass avec ce nouveau Jason Bourne (qui cite d'ailleurs explicitement Snowden) où il est question principalement de surveillance de masse.


Il s'avère au final que le film ne remplit que partiellement son contrat, il est moins percutant et bien moins intéressant dans son intrigue que les trois premiers Bourne. J'en arrive ici d'ailleurs directement au principal problème du film, c'est sa ressemblance avec la trilogie. Alors certes il faut qu'on ait l'impression de regarder un Jason Bourne (je reviendrai sur l'aspect visuel pur plus loin) mais on sent tout de même que la prise de risque a été moindre. Ce n'est pas tant un problème d'écriture mais plutôt le fait que le schéma narratif qui faisait la force des Bourne a été vu et revu un nombre incalculable de fois depuis. Pour vous donner une idée, on retrouve tous les éléments que l'on trouvait déjà dans les premiers films : phases d'espionnage, de cache-cache, de combat au corps à corps, de course-poursuite, etc.
Tout ceci amène à une première moitié de film pas toujours très passionnante si l'on excepte le passage à Athènes assez incroyable. Le film se décante véritablement dans sa seconde partie et devient alors véritablement intéressant et jouissif.

Si le fond laisse donc parfois à désirer, il serait difficile d'en dire autant sur la forme tant Paul Greengrass nous démontre une nouvelle fois à quel point il maîtrise son sujet.
J'aime beaucoup l'épisode de Doug Liman mais, à mes yeux, l'identité visuelle de la franchise s'est véritablement forgée à partir du moment où Greengrass a débarqué. Ce style très documentaire, l'utilisation maîtrisée de la shaky cam et un montage très nerveux, le tout couplé à cette tension toujours très présente, on ne peut pas s'y tromper, le réalisateur britannique n'a rien perdu de sa superbe.
Le travail de Greengrass est en plus parfaitement magnifié par la très belle photographie de Barry Ackroyd, particulièrement durant les scènes de nuit (la séquence à Las Vegas est particulièrement parlante à ce niveau, c'est vraiment sublime !).


Le casting est imposant à première vue mais tous ne se valent finalement pas. Matt Damon est toujours excellent en David Webb / Jason Bourne alors même que c'est certainement l'épisode où il a le moins de dialogue (alors qu'il n'est déjà pas bien bavard de base). Alicia Vikander fait le job, tout comme Vincent Cassel même si j'ai trouvé que le personnage de ce dernier n'était pas forcément bien écrit, principalement en ce qui concerne ses motivations.
Celui qui s'en sort le moins bien est finalement Tommy Lee Jones, non pas que sa performance soit mauvaise (il est très bon pour tirer la gueule et le rôle lui va à merveille dans ce sens) mais plutôt car il fait plutôt pâle figure à côté des anciens "chefs" que Bourne a eu à affronter par le passé.

Tout ceci se conclut, comme d'habitude, sur une version réarrangée de Extreme Ways plutôt agréable et qui nous rappelle une dernière fois, pour ceux qui auraient dormi jusque-là, que nous sommes en territoire connu. Finalement ceci est un peu à l'image du film : tout, absolument tout transpire le Jason Bourne que nous avons tant apprécié dans les années 2000, à tel point que le renouvellement peine à montrer le bout de son nez.
Souffrant de la comparaison avec ses prédécesseurs en ce qui concerne le fond, ce 5ème opus (le 4ème avec Damon) brille toujours autant par sa forme avec cette nervosité, ces moment de tension et ces bastonnades dans des espaces restreints.
Maintenant, est-ce que j'aurais envie d'une éventuelle suite ? Difficile à dire, la franchise risque de s’essouffler très rapidement à ce rythme et je préfère garder en tête la mini-révolution qu'avait été la trilogie plutôt que de penser à un éventuel déclin dont ce Jason Bourne porte déjà quelques stigmates.
Il n'en demeure pas moins que nous tenons là le meilleur blockbuster de l'été (un peu par défaut, tant la concurrence est à la ramasse).


mardi 21 juin 2016

The Neon Demon (2016)

Titre : The Neon Demon

Date de sortie française : 8 juin 2016

Réalisateur : Nicolas Winding Refn

Scénario : Nicolas Winding Refn, Mary Laws, Polly Stenham

Directeur de la photographie : Natasha Braier

Montage : Matthew Newman

Musique : Cliff Martinez

Durée : 1h57

Avec : Elle Fanning, Jena Malone, Bella Heathcote, Abbey Lee, Keanu Reeves, Christina Hendricks, Desmond Harrington


Synopsis Une jeune fille débarque à Los Angeles. Son rêve est de devenir mannequin. Son ascension fulgurante et sa pureté suscitent jalousies et convoitises. Certaines filles s’inclinent devant elle, d'autres sont prêtes à tout pour lui voler sa beauté. (Source: Premiere.fr)


Mon avis


Nicolas Winding Refn est un cinéaste très intéressant à analyser au vu de sa carrière mais également par rapport à son évolution, principalement depuis l'immense succès de Drive en 2011.
Le cinéaste danois a commencé sa carrière en filmant le milieu de la drogue à Copenhague dans Pusher et a tout de suite mis une claque par sa maîtrise de la caméra-épaule et sa retranscription très froide de la capitale danoise.
Bleeder avait certains défauts d'un premier film que n'avait pas Pusher justement mais il restait dans la continuité de celui-ci.
C'est avec Inside Job qu'il se tourne pour la première fois vers un aspect beaucoup plus esthétique, laissant de côté des influences scorsesiennes pour aller piocher de manière évident chez Kubrick et Lynch entre autres. Le premier film de Refn en langue anglaise et un immense échec et il décide alors de faire de Pusher une trilogie afin de retrouver le mojo. Bien lui en a pris puisque le deuxième Pusher est aujourd'hui un des meilleurs (si ce n'est LE meilleur) film de sa filmographie et que ça lui a permis de connaître une certaine renommée qui lui permettra par la suite de tourner Bronson, réminiscence évidente de Orange Mécanique, puis Valhalla Rising. C'est d'ailleurs à partir de ce dernier que débute vraiment le tournant ultra-esthétique de la carrière de Refn qui décrochera d'ailleurs le prix de la mise en scène du Festival de Cannes pour Drive deux ans plus tard.

Ce succès propulse Refn parmi les meilleurs auteurs contemporain mais lui monte également à la tête. Suivant un peu les pas d'un Lars von Trier, le cinéaste danois adopte dès lors un ton assez provocateur et sort par la suite Only God Forgives, qui a énormément divisé à Cannes (pour le plus grand plaisir de son auteur) et que je n'ai pas vraiment aimé, tant j'ai trouvé que l'esthétisme prenait vraiment le pas sur le fond alors que jusque-là Refn avait toujours réussi à mettre son visuel au service de son art et non pas l'inverse.
J'ai cependant toujours séparé l'homme de l'artiste et même si Refn a chopé le melon, si les films sont de qualité c'est vraiment l'essentiel. C'est la raison pour laquelle j'attendais quand même The Neon Demon, vendu par son auteur comme une sorte de film d'horreur dans l'univers de la mode. Ne voulant pas manquer l'occasion de voir mon premier NWR au cinéma, j'y suis allé très enthousiaste et en suis ressorti complètement soufflé !


The Neon Demon c'est peut-être le délire formel ultime de son auteur qui en est arrivé à un point où il n'en a plus rien à battre : il sait que son film divisera et il adore ça. Le ton est assez vite donné, le film débute, on a le générique d'introduction avec un NWR stylisé YSL, symbole précoce de l’égocentrisme de son auteur qui fait de son nom une marque à part entière.
Car oui, The Neon Demon est prétentieux, certainement un des films des plus prétentieux qu'il m'ait été donnée de voir d'ailleurs mais pourtant...
La beauté du film égale sa prétention et éclipse presque tout le reste. Cependant, si ça m'avait gêné dans Only God Forgives, je suis ici complètement rentré dans le délire.

Le film en soi est déjà une grande évolution dans le cinéma du réalisateur danois. Pour la première fois, il met une femme au centre de son récit, lui normalement habitué aux hommes déviants et violents. Ici, la pureté de Elle Fanning contraste totalement avec ce que nous propose Nicolas Winding Refn habituellement. Il y a d'ailleurs beaucoup de femmes dans le film, tous les personnages principaux en sont (pas étonnant me direz-vous pour un film qui parle de la mode).

C'est d'ailleurs presque une suite naturelle des choses que Refn parle de la beauté dans ce film, son Only God Forgives avait été critiqué en grande partie parce qu'il ne proposait rien de plus que sa beauté formelle. Le cinéma du réalisateur a toujours été beau, voir contemplatif dans Valhalla Rising, et il y a une phrase que prononce un des personnages de The Neon Demon qui résume bien le tournant qu'a pris la carrière de Refn : "Beauty is not everything, it's the only thing"...
Ce n'est d'ailleurs pas le seul parallèle qui peut être fait avec la carrière du cinéaste ; le personnage de Jesse, d'abord toute sage et pure, va petit à petit faire sortir son ego quand elle va se rendre compte à quel point sa beauté fait des jalouses, ça ne vous rappelle pas quelqu'un ?


Il n'en demeure pas moins que la formule a totalement marché sur moi. Plus que jamais, NWR fait ce qu'il veut, il nous emmène au cœur de séquences toutes plus folles visuellement les unes que les autres (mention particulière à la scène du défilé et au shooting photo de Jesse), remplies de néons et de lumières stroboscopiques, je me suis vraiment cru dans un rêve à certains moments.
Le tout est en plus saupoudré des nappes électro de Cliff Martinez qui signe certainement une des meilleures BO de l'année (avec celle des 8 Salopards), ça devient d'ailleurs une habitude quand il collabore avec Refn.

J'ai été plusieurs fois à deux doigts d'être totalement hypnotisé et ça aurait peut-être été le cas si le choix de casting avait été un peu plus judicieux. Elle Fanning est certes une très jolie actrice mais NWR n'arrive pas à la magnifier comme l'avait si bien fait Woody Allen avec Emma Stone par exemple. En fait, je trouve carrément Jena Malone plus canon que Elle Fanning et ça casse un peu le truc car Jesse est censée être la femme qui subjugue, qui attire tous les regards, moi j'avais plutôt les yeux posés sur Malone quand elle apparaissait.

Il y a également un symbolisme poussé parfois à la limite de l’auto-parodie par Refn, comme le coup des miroirs (censés refléter la beauté extérieure des protagonistes) qui apparaissent dans énormément de scènes sans avoir toujours un réel intérêt. Il y a tout de même une séquence qui exploite très bien les miroirs, celle de la rencontre entre Jesse et Ruby avec ce champ/contre-champ du reflet des deux protagonistes et la pauvre Jesse écrasée dans le coin du cadre. C'est assez sobre mais la scène instaure déjà clairement les rapports de force.


Certes le film ne vas pas se faire que des amis, certes il va certainement se faire cracher dessus par ceux totalement hermétiques au style du cinéaste qui ne vont pas se réconcilier avec lui avec ce Neon Demon. Je ne pourrais vraiment leur en tenir rigueur parce que, sur le papier, le film avait vraiment tout pour me déplaire. Sauf que, contrairement à Only God Forgives, je suis entré dedans dès les premières secondes et j'ai accepté ce que Nicolas Winding Refn me balançait à la figure simplement parce que c'est d'une beauté à tomber par terre, tout en ne laissant pas pour autant de côté la violence chère au réalisateur (il y a cette scène de nécrophilie complètement folle, puis ce final clairement too much mais avec sa part de dérision, ce qui manquait à la scène de torture de OGF par exemple).

The Neon Demon c'est un tout, un mariage entre le son et l'image qu'il faut expérimenter devant un grand écran pour capter toute l'ampleur de la mise en scène de NWR. Le danois radicalise encore plus son cinéma, comme s'il voulait tester jusqu'où il pourra aller dans son délire avant de se brûler les ailes...
Est-ce mon Refn préféré ? Il est encore trop tôt pour le dire, il n'en demeure pas moins qu'il se hisse sans problème dans le haut du panier aux côtés de Drive et des deux premiers Pusher.
Le terme de "film d'horreur" était certes exagéré (le seul moment où j'ai eu un peu peur c'est durant la scène du puma), il n'empêche que c'est un film qui continue de me hanter aujourd'hui encore et qui va continuer de mûrir encore un petit moment dans ma petite tête qui s'est prise deux claques en l'espace de quelques jours avec Elle puis ce Neon Demon...Si Refn continue à faire des films comme ça, il peut le garder sans problème son melon !


jeudi 9 juin 2016

Elle (2016)

Titre : Elle

Date de sortie française : 25 mai 2016

Réalisateur : Paul Verhoeven

Scénario : David Birke d'après le roman "Oh..." de Philippe Djian adapté par Harold Manning

Directeur de la photographie : Stéphane Fontaine

Montage : Job ter Burg

Musique : Anne Dudley

Durée : 2h10

Avec : Isabelle Huppert, Laurent Lafitte, Anne Consigny, Charles Berling, Virginie Efira, Judith Magre, Christian Berkel, Jonas Bloquet, Alice Isaaz

Synopsis Michèle Leblanc est agressée et violée dans sa grande maison de banlieue parisienne où elle vit seule. Elle ne porte pas plainte par la suite et reprend sa vie entre sa société de jeux vidéo qu'elle dirige avec son amie Anna, sa liaison avec Robert le compagnon de celle-ci, son fils Vincent, son ex-mari Richard, ses voisins Patrick et Rebecca. (Source : Wikipédia)


Mon avis


On l'aura attendu le retour de Paul Verhoeven ! 10 ans se sont en effet écoulés depuis son dernier long-métrage, Black Book, et depuis un silence radio brisé qu'à l'occasion du téléfilm Tricked filmé par Verhoeven en 2012.
C'est donc en France que le Hollandais violent effectue son grand retour avec une adaptation du roman Oh... de Philippe Djian (que je n'ai pas lu). D'abord prévu pour être tourné aux Etats-Unis, Verhoeven ne trouve aucune actrice acceptant de jouer un rôle aussi amoral et aucune boite de production pour financer un tel projet. Il décide donc de retourner en France, pays d'origine du livre et lieu où se passe l'intrigue et choisi Isabelle Huppert pour tenir le rôle-titre, accompagnée d'un gros casting de rôles secondaires.

Pourtant, la bande-annonce ne laissait clairement pas rêveur, le montage étrange faisant penser à un vulgaire téléfilm tourné par un réalisateur de qualité. On pouvait alors croire que le réalisateur hollandais avait perdu le mojo mais les bons retours de Cannes où le film était présenté en compétition officielle et l'excellent accueil qu'il a eu à sa sortie redonnait espoir à tous ceux (dont je faisais partie) qui s'étaient fait berner par la bande-annonce. Et mon dieu, jamais je n'ai été autant heureux d'avoir douté tant le film est une claque !


On voit tout de suite ce qui a pu intéresser à ce point Paul Verhoeven dans le roman de Djian : cette femme qui se fait violer et qui, au fur et à mesure, va développer une relation très malsaine avec son agresseur. Le ton est tout de suite donné, on est replongé dans la violence physique et psychologique dont raffole le réalisateur de RoboCop mais le malsain atteint cette fois-ci un pic. Là où Verhoeven fait fort, c'est que le film est également très drôle par moments et qu'il jongle constamment entre des moments d'une glauquitude absolue et des passages complètement hilarants, allant même jusqu'à mélanger les deux pour en arrive à un point où on ne sait plus vraiment si on rigole parce que c'est malsain ou si c'est malsain justement parce qu'on rigole (souvent jaune) de ce que l'on voit.

Isabelle Huppert est pour beaucoup dans cette balance incessante entre malaise et rire. Il faut dire qu'elle est née pour jouer ce genre de rôle, j'ai du mal à imaginer n'importe quelle autre actrice à sa place, tant celle-ci est devenue un genre à elle tout seule...ce n'est d'ailleurs pas par hasard que Michael Haneke en a fait son actrice fétiche, tant elle colle bien à ce genre d'univers. Elle joue parfaitement la bourgeoise un peu hautaine et rend son personnage jouissif à regarder alors qu'il aurait pu être insupportable incarné par n'importe qui d'autre.

Le reste du casting, dirigé de main de maître par Verhoeven (même Virginie Efira), est tout aussi excellent. Chaque personnage est ambigu, un peu timbré on ne sait jamais vraiment si c'est du lard ou du cochon et aucun n'est cliché, d'autant plus que Verhoeven ne porte jamais de jugement sur ceux-ci, ils existent simplement avec toutes leurs qualités et leurs défauts. Mention spéciale à Jonas Bloquet qui joue le fils de Michèle et qui est d'une telle stupidité qu'il en devient attachant. Le seul personnage vraiment blanc est celui interprété par Virginie Efira, croyante jusqu'au bout des orteils et dont les dernières paroles, à la fin du film, n'auraient pas pu être plus lourdes de sens.


Comme à son habitude, le Hollandais violent joue avec les codes, les détourne à sa guise. J'en veux pour preuve cette scène incroyable du souper de Noël qui aurait pu être tout ce qu'il y a de plus banal mais vu que ce n'est pas n'importe qui derrière la caméra, la séquence devient d'anthologie ! Déjà, il y a cette hypocrisie entre certains personnages qui ne peuvent pas se piffrer mais font bonne figure l'un en face de l'autre (il y a par exemple Michèle qui dit en cuisine qu'elle va faire exprès de laisser un cure-dent dans les amuse-gueule pour que la copine à son ex-mari se fasse mal avec). Puis il y a toujours cette ambiguïté, ce jeu entre ce côté dérangeant et une certaine légèreté, comme quand Huppert raconte à Lafitte les atrocités commises par son père d'un air complètement candide alors qu'on entend la messe de minuit en fond, c'est juste génial ce décalage qui rend la scène vraiment hilarante !

Au final, le film va tellement loin qu'on finit presque par oublier qu'il y a une histoire de viol derrière, la révélation ne constitue d'ailleurs de loin pas le climax du film (surtout que j'avais déjà deviné depuis un moment qui était l'agresseur) mais lance au contraire un jeu très chaud entre Michèle et l'homme qui l'a violée, le film grimpe alors encore en intensité jusqu'à la fin où elle se décide enfin d'agir concrètement à son encontre...

Toute cette maestria est accompagnée d'une musique certes discrète mais terriblement efficace, assez cristalline et m'ayant fait un peu penser à ce qu'on trouvait dans Basic Instinct. En plus, fait assez rare qui mérite d'être signalé, elle est composée par une femme, ce qui fait d'autant plus plaisir quand on sait que le cinéma de Verhoeven est quand même ouvertement féministe (ce qui n'empêche pas certains groupes de féminazis de s'en prendre au film qui ferait, selon elles, l'apologie du viol...on aura tout entendu).


Une chose est sûre, c'est qu'il est difficile de ressortir intact de Elle, il m'a bien fallu une bonne nuit pour me remettre complètement de ce que j'avais vu. C'est un film qui prend aux tripes, qui rend profondément mal à l'aise tout en nous décrochant régulièrement des rires. Paul Verhoeven ne se refuse rien et on ne peut que le remercier de nous offrir un tel niveau de maestria. C'est finalement le cinéma français qui ressort gagnant de tout ça en acceptant de produire ce que les américains voient d'un mauvais œil, mais bon c'est sûrement trop leur demander de chercher de l'originalité.
Elle est mon film de l'année jusqu'à présent et je ne peux que chaudement vous le recommander, un chef-d'oeuvre (et c'est rare que j'utilise de tels superlatifs) !


jeudi 2 juin 2016

X-Men: Apocalypse (2016)

Titre : X-Men: Apocalypse

Date de sortie française : 18 mai 2016

Réalisateur : Bryan Singer

Scénario : Simon Kinberg, Bryan Singer, Michael Dougherty et Dan Harris, basé sur les personnages créés par Stan Lee et Jack Kirby

Directeur de la photographie : Newton Thomas Sigel

Montage : Michael Louis Hill et John Ottman

Musique : John Ottman

Durée : 2h24

Avec : James McAvoy, Michael Fassbender, Jennifer Lawrence, Nicholas Hoult, Oscar Isaac, Rose Byrne, Evan Peters, Sophie Turner, Tye Sheridan, Olivia Munn, Josh Helman

Synopsis Depuis l'aube de la civilisation, il a été vénéré comme un Dieu. Apocalypse, le premier et le plus puissant des mutants de l'univers X-Men, a collecté les pouvoirs de nombreux autres mutants, devenant immortel et invincible. Se réveillant après des centaines d'années, il est désabusé par ce nouveau monde et recrute une équipe de puissants mutants, dont un Magnéto découragé, pour purifier la race humain et mettre en place un nouvel ordre mondial, sur lequel il compte régner. Alors que le sort de la Terre est en jeu, Mystique, avec l'aide du Professeur Xavier doit diriger une équipe de jeunes X-Men pour tenter d'arrêter leur plus grand ennemi et sauver l'humanité de la destruction totale. (Source : Premiere.fr)


Mon avis


En 2014, Bryan Singer reprenait les rênes de la saga X-Men qu'il avait initié en 2000 et qui avait renouvelé le genre du film de super-héros à l'époque avec ses thématiques très actuelles de l'acceptation de soi et de la peur de l'étranger. Alors que Matthew Vaughn avait "rebooté" la franchise avec X-Men: Le commencement qui présentait la jeunesse de nos mutants favoris (le film était plutôt bon malgré de nombreuses fautes de goût), Singer sortait par la suite X-Men: Days of Future Past qui demeure jusqu'à présent le meilleur film de super-héros des années 2010.
Un visionnage récent de la version Rogue Cut du film m'avait d'ailleurs conforté dans cette position, tant l'intelligence et la sobriété du film ne pouvait laisser qu'admiratif, surtout quand on voyait le bordel chronologique auquel était confronté le réalisateur de Usual Suspects.

Voir Bryan Singer rempiler pour le troisième volet de cette nouvelle trilogie était déjà une bonne nouvelle en soi, encore fallait-il réussir à apporter quelque chose de neuf, à se renouveler pour proposer autre chose que ce que proposent tous les films estampillés Disney/Marvel ou Warner/DC sortis ces dernières années.
Autant le dire de suite, je suis un peu déçu, principalement parce que le film tombe dans les travers qu'avait parfaitement esquivé Days of Future Past il y a 2 ans.


Comme son nom l'indique, l'intrigue du film se concentre sur Apocalypse, le premier de tous les mutants qui a acquis de nombreux pouvoirs au fil des millénaires en transférant son esprit dans le corps d'un autre mutant afin d'acquérir sa capacité.
Lors d'un de ces transferts, il est trahi et des gardes tentent de l'assassiner, il est sauvé par une de ses fidèles mais restera endormi au cœur de sa pyramide détruite jusqu'en 1983 où il sera enfin réveillé.
Enragé par sa trahison, il recrute 4 cavaliers de l'Apocalypse afin de forger un monde sur lequel il régnerait en maître. Parmi ces 4 cavaliers, on retrouve Tornade, Psylocke, Archangel et, surtout, Magnéto qui vivait des jours heureux avec sa femme et sa fille en Pologne avant que ces deux ne soit tuées.

La partie avec Magnéto en Pologne est intéressante dans un sens car ça nous permet de voir comment un mutant vit sa vie de prolétaire mais c'est surtout un prétexte pour amener un drame dans la vie de Erik Lehnsherr (Michael Fassbender) et ainsi le faire passer du côté d'Apocalypse. Si je parle de prétexte, c'est que Magnéto a un côté obscur en lui en que ça a toujours été la cause de ses actes sans qu'il n'y ait besoin d'un événement traumatisant à chaque fois.

De manière générale, l'écriture est vraiment un cran en-dessous de ce que fait Singer habituellement. C'est particulièrement choquant pour les cavaliers qui, à part Magnéto, n'ont pas vraiment de motivations particulières pour rejoindre Apocalypse si ce n'est que celui-ci peut améliorer leurs pouvoirs. Et même avec ça, je les trouve au final très limités, ils n'ont jamais vraiment d'impact sur la bataille et se contentent de faire ce qu'Apocalypse leur ordonne.


En plus de l'écriture, le film tombe également dans les travers qu'avait réussi à magnifiquement éviter Bryan Singer avec Days of Future Past, à savoir une orgie de CGI, particulièrement sur la fin qui sombre un peu dans le n'importe quoi (malgré de bonnes idées qui émergent comme le combat dans l'esprit de Charles Xavier). La scène qu'on pourrait désormais qualifier de "signature" de Quicksilver est assez symptomatique de ce problème : ça en fait trop. Ça reste bien évidemment très impressionnant et bien réalisé mais, en plus de l'effet de surprise qui n'est plus présent, c'est poussé vraiment trop loin alors que la scène de la cuisine dans DOFP brillait par sa sobriété (tout comme le film dans son ensemble).

Après, c'est certes too much et trop "blockbusterisé", il n'en demeure pas moins que le film contient infiniment plus d'idées de cinéma que n'importe que super-film sorti ces derniers temps et ça fait quand même du bien de voir ça après s'être tapé Civil War il y a 1 mois !
Niveau réalisation, ça reste quand même du solide, Singer filme toujours très bien l'action et on a à nouveau une photographie léchée, très colorée qui fait plaisir à voir dans un film du genre.
Il y a aussi le charisme toujours intact de Michael Fassbender et James McAvoy, même si ce premier tient une place beaucoup moins importante que dans Days of Future Past.

Apocalypse en soi n'en impose pas vraiment (pourtant j'adore Oscar Isaac), la faute à un design totalement quelconque. Il se fait en plus avoir un peu comme un bleu (si vous me passez l'expression) sur la fin grâce au fameux "pouvoir de l'amitié" alias "si on se met tous ensemble on est meilleurs", un cliché assez lourdeau dont aurait pu aisément se passer le film.


Alors certes le film est une déception, surtout si on le compare à Days of Future Past qui était une grande réussite, mais paradoxalement c'est exactement le genre de film de super-héros que j'ai envie de voir, avec un véritable auteur à la barre qui est capable d'apporter des idées de mise en scène, même si le reste est un peu bancal.
D'un autre côté, je pense aussi qu'il serait temps que Singer passe gentiment à autre chose car on voit déjà apparaître dans ce X-Men : Apocalypse certains des syndromes du film de trop. Malgré ses défauts, ce troisième volet de la nouvelle trilogie X-Men initiée avec First Class s'impose sans trop de problèmes comme le meilleur super-film de l'année, en attendant éventuellement une bonne surprise de la part de Suicide Squad cet été.


samedi 7 mai 2016

(Re)visionnages récents - 4



Legend (2015) - Brian Helgeland



Intrigué, je l'étais après visionnage du trailer de Legend, le nouveau long-métrage de Brian Helgeland, surtout connu pour ses talents de scénariste.
Le film relate l'histoire des jumeaux Ronnie et Reggie Kray (tous deux incarnés par Tom Hardy), deux gangster qui ont régné sur Londres dans les années 1960.
Alors évidemment, l'attraction principale du film est de voir la double interprétation de Tom Hardy qui change complètement son jeu lorsqu'il doit passer de Reggie à Ronnie, alors que ce dernier souffre de schizophrénie (malheureusement il cabotine un peu trop dans le deuxième cas). L'intégration des deux incarnations de Hardy sur un même plan est d'ailleurs assez saisissante.
Le film joue beaucoup sur le concept de dualité, il est en effet rare de ne voir qu'un seul personnage à l'écran. Outre les jumeaux, il y a une relation entre Reggie et sa femme (la douce Emily Browning), entre Ronnie, homosexuel, et son ami (Taron Egerton), entre les jumeaux et leur mère, etc. Brian Helgeland (dont c'est le premier film que je visionne) démontre en plus un certain talent de mise en scène avec beaucoup de longs plans et de travellings.
Legend était une très bonne expérience, assez impressionnante visuellement parlant et avec cette inspiration scorsesienne dans sa construction qui m'a beaucoup plût.
Après, ce n'est en tout cas pas ce film qui renouvellera le genre du film de gangsters, tant sa construction est classique, mais ça reste un bon moment à passer.


Cookie's Fortune (1999) - Robert Altman


Film vu à la Cinémathèque sur un petit coup de tête. Je connaissais Robert Altman de nom, je savais que c'était un très grand nom du cinéma et une figure du Nouvel Hollywood...et pourtant je n'avais jamais vu un seul de ses films !
C'est donc par un de ses derniers films que j'ai eu l'honneur de commencer : Cookie's Fortune, verdict ? J'ai adoré !
Le film se passe au Mississippi où une vieille dame, "Cookie", se donne la mort et est retrouvée dans sa chambre pas ses deux nièces, très catholiques.
L'une d'elle, qui voit le suicide comme un signe de lâcheté de de déshonneur, décide de déguiser le suicide en assassinat. S'entame alors une enquête afin de faire la lumière sur cette histoire.
Il y a une assez longue exposition au début qui permet de bien présenter les personnages, tous plus intéressants et bien écrits les uns que les autres (mention à la tante insupportable jouée par la géniale Glenn Close).
Le film est génialement écrit avec des touches d'humour qui font mouche à chaque fois. Le naturalisme de Altman se ressent dans le jeu des acteurs, très organique comme le répète d'ailleurs quelques fois la tante, à l'image des personnages de la pièce de théâtre mise en scène par celle-ci.
Après, ne connaissant pas l'oeuvre de Altman, il m'est difficile d'y déceler des thèmes récurrents mais une chose est sûre, c'est que je vais me plonger dans son imposante filmographie car j'ai vraiment pris mon pied !


Steve Jobs (2016) - Danny Boyle


Considéré en quelque sorte comme la suite spirituelle de The Social Network, le nouveau film de Danny Boyle le mettait face à un défi de taille : faire au moins aussi bien que David Fincher (même si on ne lui en aurait pas voulu de ne pas y arriver, faut pas déconner hein !).
Egalement écrit de la main de Aaron Sorkin, scénariste de génie, Steve Jobs se démarque du biopic conventionnel par sa structure en 3 actes, trois séquences distinctes qui sont les moments précédant la présentation du premier Macintosh, du NeXT Computer et de l'iMac.
C'est dans ce découpage particulier qu'est le vrai tour de force, ça nous permet de constater, par le biais de 3 moments particuliers de sa vie, à quel point Steve Jobs ne s'est jamais écarté de ses convictions professionnelles, lui qui a toujours voulu des systèmes fermés.
Mais l'enjeu principal du film tourne plutôt autour de l'homme et de ses problèmes familiaux, de sa fille dont il ne voulair pas reconnaître la paternité à ses problèmes avec celle-ci mais également avec ses collaborateurs comme Steve Wozniak (magnifiquement interprété par Seth Rogen) qu'il a toujours refusé de mentionner ou de congratuler lors de ses présentations ultérieures.
Le film avait donc toutes les cartes pour me plaire mais il s'avère que j'en suis ressorti un peu déçu car il ne raconte finalement pas grand chose et ce qu'il raconte n'est pas très intéressant (en plus je n'aime pas Steve Jobs de base).
J'aurais vraiment voulu entrer dedans, les acteurs sont bons (Michael Fassbender est très crédible, Kate Winslet excellente) mais quand on a vu The Social Network avant, il faut quand même dire que Steve Jobs souffre de la comparaison. Un bon film mais oubliable en ce qui me concerne.


The Danish Girl (2016) - Tom Hooper


Dans la catégorie "film consensuel à faire pleurer les ménagères", The Danish Girl mérite de figurer en bonne place. J'avais aimé Le Discours d'un Roi et quelques aspects des Misérables de Tom Hooper.
Cependant, avec sa dernière réalisation, le cinéaste revient avec un film calibré comme jamais pour plaire aux membres de l'Académie des Oscars ; on prend un sujet tabou, l'acteur ayant raflé la statuette l'an passé, le compositeur ayant fait de même, on enrobe le tout dans une réalisation on ne peut plus plate et on obtient The Danish Girl.
Ce film, c'est un peu tout ce qui m'exaspère, on savait que Tom Hooper n'est pas forcément réputé pour sa subtilité, mais un nouveau pallier est franchi ici, on a vraiment l'impression que le film veut toujours forcer l'émotion chez le spectateur à coup de scènes "fortes" et de musique triste, sauf que non, l'émotion ne passe pas comme ça. J'avais apprécié Carol qui traitait également d'un sujet assez sensible sans pour autant tomber dans le pathos, ici il n'y a que ça ! Et le pire c'est qu'il faut se coltiner un Eddie Redmayne insupportable pendant deux longues heures avec ses mimiques et ses regards de pute à Oscar ! Heureusement que Alicia Vikander est là pour sauver ce qu'il y a à sauver, c'est elle qui m'a fait tenir le film entier.
On concédera comme d'habitude à Tom Hooper une bonne retranscription des années 1930 avec des décors réussi (c'est toujours l'aspect le plus réussi de ses films) mais il va vraiment falloir qu'il passe à autre chose au lieu de chercher à chaque fois à truster les cérémonies. D'ailleurs, c'est même raté à ce niveau puisqu'il n'y a aucune nomination à l'Oscar du meilleur film à la clé...une belle crotte !


Room (2016) - Lenny Abrahamson


Vaguement inspiré de l'affaire Josef Fritzl, Room raconte l'histoire d'une jeune femme retenue prisonnière dans une cabane de jardin pendant 7 ans, dont 5 avec son fils qu'elle a eu avec son ravisseur.
Le film s'annonçait comme un huis clos, et c'est ce qu'il est durant toute sa première moitié où l'on nous présente le quotidien de Joy (Brie Larson) et Jack (Jacob Tremblay) à l'intérieur de la Room comme ils l'appellent eux-mêmes, jusqu'à finalement mettre au point un plan pour s'évader.
Dès lors, le film entre dans une deuxième phase, plus dramatique, où le jeune Jack va découvrir un monde qu'il n'a jamais vu si ce n'est à la télévision et Joy qui va devoir se réadapter alors qu'elle est mise sous le feu des projecteurs de par ce que'elle a vécu.
Autant j'ai trouvé que la première partie traînait un peu en longueur, autant la seconde redonne un souffle au film qui en a besoin.
L'histoire de cette mère et de son fils est touchante et montre que même après avoir été enfermé pendant si longtemps dans une pièce close, il peut être difficile de retrouver sa liberté.
Mais la grande réussite du film réside surtout dans les performances respectives des acteurs. Brie Larson est bien sûr excellente, mais c'est surtout la formidable performance du jeune Jacob Tremblay, saisissante de justesse qui vaut le coup d’œil...une belle découverte.


Avé, César ! (2016) - Joel et Ethan Coen


La filmographie des frères Coen a ceci de particulier qu'elle peut être divisée en deux parties bien différentes : les comédies très légères d'un côté et les films beaucoup plus noirs et sérieux de l'autre.
Avé, César ! fait clairement partie de la seconde catégorie mais restera malheureusement un Coen plutôt mineur (alors que leur dernier, Inside Llewyn Davis, m'avait enchanté).
Le film est découpé en différents sketchs sans réel rapport les uns avec les autres si ce n'est que c'est à chaque fois le personnage central, Eddie Mannix (incarné par le superbe Josh Brolin) qui en réglera les différents problèmes. Le personnage de Mannix est clairement le gros point fort du film, toutes les galères du monde lui tombent sur les épaules et il garde (presque) toujours la tête froide, de manière parfois assez comique. C'est un personnage auquel on s'attache très vite et l'unique véritable fil rouge de l'histoire.
Le problème c'est que tous les sketchs ne se valent pas : la partie avec Alden Ehrenreich est absolument hilarante tandis que l'intrigue autour du personnage de Scarlett Johansson n'est pas vraiment intéressante et ne mène finalement nulle part...
Au fond c'est un peu le problème du film, il y a beaucoup de personnages, beaucoup de sketchs à gauche à droite mais il n'y a pas vraiment de réunion entre ceux-ci. Les véritables enjeux de l'histoire sont ceux entourant le sort du personnage de George Clooney qui se fait kidnapper mais même là je trouve que les Coen sont un peu passés à côté de leur sujet.
Reste que le film reste un bel hommage aux studios hollywoodien des années 1950 et leurs grosses productions (principalement le péplum en l’occurrence), toujours éclairé par le talent de Roger Deakins (même si on l'a connu plus transcendant à ce niveau). Cependant, quand on a vu The Big Lebowski et la trilogie des idiots on est en droit d'attendre mieux des frères Coen dans leur versant comédie.


Th Assassin (2016) - Hou Hsiao-hsien


Une de mes grosses attentes de ce début d'année, le dernier prix de la mise en scène du Festival de Cannes a connu une production assez chaotique avant de pouvoir finalement sortir dans nos contrées. On me chantait les louanges du film depuis des semaines et je comprends pourquoi : chaque plan est une oeuvre d'art à lui tout seul, un tableau devant lequel on pourrait rester de longues minutes durant, à simplement s'émerveiller.
On tient sans problème ici l'un des plus beau film de la décennie, il y a un travail incroyable sur les couleurs : les complémentaires (principalement le rouge et le vert), le chaud/froid (les scènes d'intérieur sont sublimes à ce niveau) et le noir/blanc (d'ailleurs les 15 premières minutes d'exposition sont tournées entièrement en noir et blanc avec également une photographie à tomber par terre).
J'avoue ne pas avoir vraiment bien suivi l'histoire car il m'arrivait "d'oublier" de lire les sous-titres, de peur de perdre ne serait-ce qu'une miette de ce que j'avais devant les yeux !
Je dois également faire l'éloge de Shu Qi, quel charisme ! Alors que son temps de présence est finalement assez limité, elle crève l'écran à chacun de ses apparitions (en parlant de ça, j'ai toujours trouvé que les acteurs chinois avaient un gros charisme naturel, chose que l'on ne retrouve pas forcément chez les occidentaux).
Hou Hsiao-hsien limite au maximum le nombre de plans, il les prolonge le plus possible quand il le peut (notamment pour les longs moments de silence entre les personnages, c'est génial parce que ça incorpore une certaine tension aux scènes).
Les combats sont finalement assez peu nombreux mais superbement filmés, sans musique, uniquement avec le son des lames qui s'entrechoquent (le combat dans la forêt de bouleaux est à tomber).
The Assassin est une vraie expérience, un film qui se vit et qui s'admire, d'une beauté et d'une direction artistique difficilement égalables (il n'a clairement pas volé son prix de la mise en scène).
Il faut savoir se que l'on va voir par contre et ne pas s'attendre à un gros film d'arts martiaux (je regrette d'ailleurs d'y être allé en fin de journée alors que j'était vraiment fatigué, je n'ai pas pu apprécier l'histoire à sa juste valeur).


Hunger Games : La Révolte, partie 2 (2015) - Francis Lawrence


Tout ça pour ça ! Alors que j'avais apprécié le premier, que le deuxième n'était qu'une redite en plus d'être une bande-annonce du 3ème et que celui-ci n'était qu'une bande-annonce pour ce dernier, j'espérais au moins une conclusion un minimum intéressante, c'est raté !
Ce qui me gave, c'est que je me me suis plus emmerdé que dans la première partie qui était censée être une exposition de 2h, présenter les enjeux finaux, etc. Cette dernière partie consiste en fait à 80% de Katniss et ses copains qui marchent vers le Capitole en évitant les pièges qui se dressent sur leur chemin (idée intéressante mais très mal exploitée, sur l'hologramme on a l'impression qu'il y a un piège tous les 10 mètres et ils tombent sur 3 ou 4 de tout le film), 10% de blabla et de Peeta qui dit une fois qu'il est dangereux, qu'il faut le buter et l'instant d'après qui s'apitoie sur son sort et 10% d'action...ou plutôt d'un semblant d'action.

Parce que l'action il faut bien la chercher hein, y'en a un peu dans la dernière demi-heure, y'a la séquence avec le pétrole et l'attaque des mutants dans les égouts (d'ailleurs quelle idée de passer par les égouts...), c'est tout !
En plus Katniss n'arrête pas de chouiner, moins que dans la première partie certes (déjà heureux !), mais c'est quand même pénible...surtout que Jennifer Lawrence commence sérieusement à me sortir par les trous de nez ! Son personnage est en plus censé être le héros central de l'histoire mais elle prend une seule décision importante de tout le film, tout à la fin (un choix important vous me direz) et ça se voit tellement venir à des kilomètres que ce n'est même plus jouissif.
J'appréciais la présence de Woody Harrelson et de Donald Sutherland dans la série car, même mal dirigés, il apportaient quelque chose à leurs personnages respectifs, dans cette dernière partie je n'ai même pas pu m'appuyer là-dessus car leur temps de présence à l''écran est très limité pour l'un comme pour l'autre (je ne parlerai même pas de Julianne Moore qui vient à nouveau cachetonner).

Bref c'est décevant, c'est vraiment dommage car ça fourmillait de bonnes idées, le premier film était prometteur mais ça se casse la figure par la suite...au moins le deuxième Divergente m'avait fait rire par sa stupidité !


Shotgun Stories (2008) - Jeff Nichols


Alors que je ronge fébrilement mon frein en attendant la sortie de Midnight Special en Suisse romande, j'ai décidé de me lancer dans la (courte) filmographie de Jeff Nichols dont j'entends le plus grand bien depuis pas mal de temps sans jamais avoir vu une seule de ses réalisations.
Production à très petit budget, Shotgun Stories est le premier essai du grand réalisateur en devenir qu'est Nichols et présente un des thèmes qu'il affectionne particulièrement : le rapport à la famille et un certain goût pour la contemplation que ne renierait pas le Malick de ses premières années (un petit air de La Balade Sauvage se ressent d'ailleurs dans le film).
Le pitch est assez simple : 3 hommes (Son, Kid et Boy) apprennent la mort de leur père qui les a abandonné depuis longtemps. A son enterrement, Son (Michael Shannon) vient dire ses 4 vérités et tout le mal qu'il pensait de son père à la fratrie issu du mariage de leur père avec une nouvelle épouse. Il débute alors un conflit très violent entre les deux fratries ennemies.

J'ai beau reconnaître une beauté formelle certaine du film, des paysages de l'Arkansas rural sublimés par la réalisation de Nichols, j'ai eu de la peine à entrer dans le film, probablement en raison d'un problème de rythme (le film met passablement de temps à se mettre véritablement en route).
C'est un film véritablement violent mais Nichols fait passer cette violence au second plan (aucune mort n'est montrée explicitement), préférant se concentrer sur les personnages ayant chacun une personnalité propre. Il filme ce qu'ils sont, mais surtout ce qu'ils ne sont pas et auraient pu (ou auraient dû) être : Son aurait pu faire de grande études car on apprend qu'il est très intelligent et doués avec les chiffres, Boy aurait pu être un grand entraîneur de Basket mais il se contente d'élaborer des stratégies pour les jeunes du quartier et Kid aurait pu vivre une vie heureuse avec sa petite amie si les circonstances avaient été différentes...
On pourra éventuellement déceler dans le film un discours sur les armes à feu, c'est en effet à partir du moment où des fusils entrent en jeu qu'il n'y a plus aucun victime et que les deux clans décident de faire la paix, j'ai trouvé cet aspect intéressant mais il arrive vraiment tard.
Bref une petite déception vu les attentes que j'avais mais je ne perds en tout cas pas espoir pour le suite car Nichols a déjà montré, dès son premier film, qu'il savait faire quelque chose avec une caméra.


Take Shelter (2012) - Jeff Nichols


Ce n'est véritablement qu'avec Take Shelter que Jeff Nichols se fait connaître. Vainqueur du Grand Prix de la Semaine de la Critique à Cannes, son deuxième long métrage reprend la thématique de la famille pour la transposer dans un drame teinté de fantastique.
Le film relate la vie d'un couple et de leur fille, atteinte de surdité, qui va basculer quand le père (Michael Shannon) va se mettre à faire des rêves inquiétants incluant des tornades et des personnes le mettant en danger lui et sa famille.
Atteint de paranoïa, il se met alors dans l'esprit qu'une tempête va arriver et décide d'agrandir l'abri anti-tornade situé dans le jardin, quitte à y laisser toutes ses économies.
L'exercice du deuxième film n'est jamais simple et pourtant, Jeff Nichols s'en sort avec une maestria à couper le souffle.
Cela passe bien entendu par sa réalisation, encore sublimée par rapport à son premier film, toujours très horizontale et utilisant à merveille le format 2.35. Il y a toujours cette propension du réalisateur à filmer les paysages, renforcée ici par ces visions apocalyptiques des gigantesques tornades à l'horizon (la dernière séquence du film est d'une beauté folle !).
Michael Shannon nous livre certainement ici un de ses meilleurs rôles, bouleversant dans la peau de ce père qui se voit prendre le même chemin que sa mère (elle-même ayant été internée pour troubles mentaux quand elle avait son âge) sans pouvoir lutter. Jessica Chastain n'est pas en reste alors que c'est à elle de gérer les crises de son mari, son personnage est touchant et très bien écrit.

Take Shelter est un grand film et la confirmation du génie de Jeff Nichols, décidément promis à une grande carrière. Sachant user de ses références (ici Spielberg n'est jamais loin) tout en s'en émancipant, le réalisateur arkansasais se forge son propre style, ses propres thématiques et s'affirme comme un véritable auteur du cinéma américain.


Mud : Sur les rives du Mississippi (2013) - Jeff Nichols


Après un petit détour par l'Ohio, Jeff Nichols revient dans son Arkansas natale et fait de deux jeunes garçons (Tye Sheridan et Jacob Lofland) les personnages principaux de Mud : Sur les rives du Mississippi, parfaitement épaulés par un grand Matthew McConaughey qui vit alors une véritable renaissance avec ses rôles remarqués dans La Défense Lincoln et Killer Joe.
Comme son nom le laisse supposer, l'histoire se passe dans un petit village de pêcheurs sur les rives du Mississippi. Deux enfants vont tomber sur Mud, un homme réfugié sur une île au beau milieu du fleuve.
Celui-ci demande l'aide des deux garçons afin de pouvoir se construire un bateau et quitter l'île avec Juniper (Reese Witherspoon), la femme de sa vie. Les deux garçons apprendront par la suite que Mud a tué un homme qui faisait des avances à Juniper et que la famille de la victime est à sa recherche afin de se venger.
Mud est peut-être le film le plus contemplatif de Nichols, peut-être le plus beau, celui qui se rapproche le plus de La Balade Sauvage de son idole de toujours. A mi-chemin entre le drame et la romance, Mud est une vraie aventure humaine, une sorte de Robinson Crusoé moderne.
A nouveau, Nichols fait preuve d'un véritable talent pour sublimer ses plans, il rend vraiment hommage à la beauté sauvage du Mississippi qui est véritablement un personnage à part entière du récit.

Mud est également l'occasion pour le réalisateur de s'essayer à d'autres registres comme celui de la fusillade finale, maîtrisée mais peut-être too much vu le ton du film.
S'il n'est pas autant mémorable que Take Shelter, Mud reste à coup sûr dans la continuité du travail de son auteur...un véritable émerveillement de chaque instant.
J'attends désormais avec impatience son Midnight Special, première incursion de Jeff Nichols dans la science-fiction et qui a été chaleureusement accueilli par la critique lors de sa sortie française.


Le Voyage d'Arlo (2015) - Peter Sohn


Même pas 6 mois après Vice-versa, Pixar nous sort à nouveau un long-métrage d'animation original qui nous raconte ce qu'il se serait passé si la comète qui a provoqué l'extinction des dinosaures il y a 65 millions d'années avait manqué la Terre.
L'histoire se concentre sur Arlo, un apatosaure plus petit que la moyenne et très peureux qui du jour au lendemain va perdre son père et se faire emporter lui-même par un torrent bien loin de chez lui.
Il va alors rencontrer Spot, un petit garçon des cavernes orphelin qui venait souvent voler du maïs et qui va l'aider à retrouver son chemin.

Tout cela vous semble familier ? Et bien le problème est exactement là : alors que le concept était plutôt prometteur sur le papier, le film n'est finalement qu'un récit initiatique comme on en a déjà vu par camions entiers auparavant.
Pourtant, j'ai bien aimé l'idée d'inverser les rôles : les dinosaures sont les humains, les humains sont les chiens, les méchants sont plutôt gentils, etc. Mais l'idée aurait pu être poussée encore plus loin car le reste du film est plat et pas vraiment intéressant.
Alors certes le film est une claque technique, on atteint un niveau de photo-réalisme que je n'avais encore jamais vu, mais la direction artistique et le character design ne suivent pas (voir ces dinosaures très typés cartoon dans des décors si réalistes ça fait vraiment très bizarre, Spot est mieux réussi à ce niveau).
Avec Vice-versa qui avait été un gros coup de cœur, je pensais que Pixar allait repartir pour un nouvel "âge d'or". Il s'avère que Le Voyage d'Arlo ne tient pas vraiment ses promesses et que je l'aurai certainement oublié d'ici quelques jours. C'est d'ailleurs triste en y pensant car il s'agissait du dernier film original du studio avant un long moment (j'attends quand même beaucoup la suite des Indestructibles mais ce sera en 2019)...


Monsters (2010) - Gareth Edwards


Godzilla m'avait déçu, énormément déçu lors de sa sortie il y a 2 ans, le film n'étant clairement pas à la hauteur de ce qu'annonçaient les différents trailers. Maintenant que Gareth Edwards s'est malheureusement complètement laissé engloutir par la machine hollywoodienne (il réalisera le premier spin-off de Star Wars), je me suis décidé à regarder son premier long-métrage, le seul sur lequel il ait eut une liberté artistique totale.
Et je dois bien avouer que c'est une petite claque ! Le pitch est assez simple mais c'est ce qui fera toute sa force : un homme et chargé de ramener une femme du Mexique aux Etats-Unis alors qu'une grande partie du pays est mis en quarantaine à cause d'une invasion extra-terrestre. Réunis un peu malgré eux, ils vont rapidement se prendre d'affection l'un pour l'autre.
Et ça là toute la beauté du film, voir ces deux personnages hyper attachants, très simples mais sans être clichés, rigoler ensemble, pleurer ensemble. Le film lorgne bien entendu vers la science-fiction avec ces fameuses créatures (ces "Monsters") qui rôdent un peu partout mais ce n'est finalement qu'un prétexte pour réunir les deux personnages et ce n'est pas plus mal. On ne voit finalement que très peu les envahisseurs mais qu'importe, leur présence est ressentie tout du long et ça nous permet un final dans une station-service de toute beauté.
Le film est très humain, très beau, on ne lâche que rarement les protagonistes et tout est présenté de leur point de vue (avec cette manière de filmer les créatures à hauteur d'homme, point qui était d'ailleurs un des seuls points forts de Godzilla).
Un très beau moment avec des très beaux personnages de cinéma, malheureusement on risque de ne plus jamais avoir un film de ce calibre de la part de Edwards désormais.


La 5ème Vague (2016) - Jonathan Blakeson


Je ne sais pas ce qu'il m'a prit...mais j'ai été faible mes frères et sœurs, faible de m'être résolu à visionner ce film dont je savais que tout allait être pourri du début à la fin mais également faible d'avoir osé croire pendant les 5 premières minutes que peut-être ça n'allait pas être si affreux.
Parce que oui, durant ces 5 premières minutes je me suis dit "tiens, un survival avec Chloë Moretz, why not ?", puis est venue la suite.
Oui car tout le reste c'est un enchaînement de tout ce qui est insupportable dans ces films tirés de la littérature pour jeunesse : on prend un héroïne forte qui a perdu des proches, on fout un triangle amoureux, on fait prendre aux personnages toutes les décisions les plus connes possibles (la scène du bus quand elle va chercher l'ours en peluche à son petit frère m'a fait halluciner), à croire que ça ne gêne pas les spectateurs de laisser leur intelligence se faire insulter de la sorte...
J'ai eu le même genre de fou-rire que j'avais eu dans Divergente 2, comme par exemple quand je me suis dit dès que le "beau gosse" de l'histoire est apparu "s'il nous foutent une scène où il s'exhibe torse nu devant l'héroïne je deviens violent" et que la scène en question est arrivée quelques minutes plus tard.
Sérieusement, comment peut-on s'attacher à ces personnages ? Ils sont tous faux, tous cons et ne survivent uniquement car le scénario le veut (scénario d'ailleurs écrit par Akiva Goldsman qui avait commis Un Amour d'Hiver, un des plus gros navets atomiques de ces dernières années).

Même les effets-spéciaux sont à la ramasse : cette vague numérique qui détruit cette ville numérique, je n'en avais pas vu d'aussi moche depuis Meurs un Autre Jour, et c'était en 2002 !
A la limite on pourra accorder au film une réalisation correcte et assez lisible (en attendant il ne se passe pas souvent grand-chose donc bon...) et un minimum de travail sur la photographie mais sérieusement faudrait vraiment arrêter avec ces adaptations de livres dont tout le monde se fout...déjà qu'on doit supporter tous les films de super-héros !


Agents très spéciaux : Code U.N.C.L.E (2015) - Guy Ritchie


Autant le dire tout de suite : je ne suis pas un grand fan de Guy Ritchie, je le trouve extrêmement sur-estimé et ses "classiques" Snatch et Arnaques, crimes et botanique que l'on m'avait très bien venu m'ont les deux laissés de marbre. J'avais néanmoins bien apprécié son premier Sherlock Holmes (un peu moins le second) et je me demandais si le réalisateur anglais allait réussir à me surprendre avec sa dernière réalisation, un film d'espionnage en pleine guerre froide.
Ça c'est le pitch de départ, un espion américain et un espion russe qui vont devoir s'allier contre un ennemi commun qui est en train de construire une bombe atomique en cachette. Rien de bien original vous en conviendrez, pourtant, dans l'ensemble, j'ai plutôt apprécié le résultat.
Alors attention, ce n'est clairement pas le film du siècle, tout est trop bancal et les personnages sont tous bien clichés comme il le faut (mention à la grande méchante du film qui, de surcroît, surjoue au possible), sans parler de la réalisation toujours assez insipide de Guy Ritchie (dont certains combats au corps-à-corps illisibles). Le fait est que je ne me suis pas vraiment ennuyé. J'ai trouvé l'humour assez bien amené, sans être trop lourd, une histoire d'amour se profile entre deux personnages mais elle est à chaque fois désamorcée et on évite de tomber dans le niais.
Comme souvent avec Ritchie ça reste du sous-Tarantino, très convenu, prévisible et ça ne décolle jamais vraiment assez pour marquer. Il n'en reste pas moins que Agents très spéciaux : Code U.N.C.L.E remplit assez bien son rôle de divertissement. Dans le même genre, je lui ai quand même préféré Kingsman de Matthew Vaughn sorti un peu plus tôt dans l'année.


10 Cloverfield Lane (2016) - Dan Trachtenberg


Sortie un peu de nulle part, la suite (plutôt une suite spirituelle) du Cloverfield de Matt Reeves (qui n'était pas extraordinaire) a été annoncé peu de temps avant sa sortie et a tout de suite joué la carte du mystère, on se savait pas vraiment de quoi il en retournait. Vendu comme "film produit par J.J. Abrams" (dont le nom doit faire mouiller bien du monde depuis Star Wars VII), 10 Cloverfield Lane est en fait la première grosse réalisation de Dan Trachtenberg qui avait fait parler de lui en 2011 avec son court métrage sur Portal.
Le film est un huis-clos, on a une brève exposition pas forcément nécessaire puis le personnage joué par Mary Elizabeth Winstead se réveille dans une sorte de cave après un accident de voiture. Son "sauveur" (John Goodman) lui annonce qu'il y a eu une attaque et que l'air dehors est devenu irrespirable, ils sont donc condamnés à rester dans leur abri jusqu'à nouvel ordre...
J'ai plutôt bien aimé toute la partie huis-clos, on ne sait pas trop où on est, on découvre tout ce qu'il se passe en même temps que Mary Elizabeth Winsted, on se demande si on peut faire confiance au personnage de John Goodman ou non...
A défaut d'être vraiment anxiogène, toute cette partie dans l'abri est plutôt réussi, le rythme est maîtrisé et les personnages sont intéressants (même si celui de John Goodman n'est pas très bien écrit, il est assez caricatural malgré des efforts pour le rendre ambigu).
Le film aurait été vraiment bon s'il s'était contenté de ce huis clos, malheureusement, le dernier quart d'heure part un peu dans le n'importe quoi avec une invasion extra-terrestre qui jure complètement avec le ton du film jusque-là. J'imagine bien que ça a été mis là pour faire le lien avec Cloverfield premier du nom mais le film y aurait vraiment gagné à ne rien montrer, à nous laisser nous demander jusqu'à la fin quel est le danger, s'il est réel (un peu à la manière d'un Projet Blair Witch). Ici, on a une sorte de réminiscence de la Guerre des Mondes mais sans le génie de Spielberg derrière.
Pour un film dont je n'attendais absolument rien c'est plutôt pas mal et, surtout, c'est mieux que le premier Cloverfield. Maintenant, j'ai quand même peur qu'il y ait une suite (ce que la fin laisse envisager) car ça risque de basculer dans de l'action débile et de revenir vers le premier film et ça c'est nul !