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dimanche 23 juillet 2017

Dunkerque (2017)

Titre original : Dunkirk

Date de sortie française : 19 juillet 2017

Réalisateur : Christopher Nolan (également scénariste)

Photographie : Hoyte Van Hoytema

Montage : Lee Smith

Musique : Hans Zimmer

Durée : 1h46

Avec : Fionn Whitehead, Mark Rylance, Jack Lowden, Kenneth Branagh, Tom Hardy, Harry Styles, Cillian Murphy, James D'Arcy




Synopsis : Au début de la Seconde Guerre mondiale, en mai 1940, environ 400 000 soldats britanniques, canadiens, français et belges se retrouvent encerclés par les troupes allemandes dans la poche de Dunkerque. L'Opération Dynamo est mise en place pour évacuer le Corps expéditionnaire britannique (CEB) vers l'Angleterre.
L'histoire s'intéresse aux destins croisés des soldats, pilotes, marins et civils anglais durant l'Opération Dynamo. Alors que le CEB est évacué par le port et les plages de Dunkerque, trois soldats britanniques, avec un peu d'ingéniosité et de chance, arrivent à embarquer sous les bombardements. Un périple bien plus grand les attend : la traversée du détroit du Pas de Calais. (Source :  Wikipédia)



Mon avis


La sortie d'un film de Christopher Nolan est toujours un événement important dans le petit monde du cinéma. Vénéré comme un dieu par certains, conchié par d'autres, le réalisateur britannique s'est construit, depuis sa trilogie Dark Knight, une réputation d'auteur de blockbusters dits "intelligents", qui surnagent par rapport à la concurrence (mais vu celle-ci, on serait tenté de dire que l'exploit est plutôt mince).
Le cinéma de Nolan a toujours occupé une place assez importante chez moi : c'est véritablement après Inception que j'ai commencé à développer ma cinéphilie et c'est à l'occasion de la sortie de Interstellar (dont vous pouvez retrouver la critique ici) que j'ai lancé ce blog. Ces deux films (ainsi que The Dark Knight) occupent d'ailleurs toujours une haute place dans mon estime. Il faut aussi dire que le style du cinéaste m'a toujours particulièrement parlé et ce, malgré les défauts qu'il traîne avec lui depuis ses débuts et qui ont tendance à s'accentuer avec le temps mais j'y reviendrai.

On dit souvent qu'aborder le cinéma de guerre est un passage quasi obligatoire pour tout grand cinéaste qui se respecte : des auteurs hautement reconnus tels que Stanley Kubrick (Les Sentiers de la Gloire / Full Metal Jacket), Sam Peckinpah (Croix de Fer), Francis Ford Coppola (Apocalypse NowSteven Spielberg (Il faut Sauver le Soldat Ryan), Ridley Scott (La Chute du Faucon Noir) ou encore Clint Eastwood (Mémoires de nos pères / Lettres d'Iwo Jima) pour ne citer qu'eux, s'y sont tous attaqués avec succès. Autant dire que le poids sur les épaules de Christopher Nolan n'était pas négligeable et qu'il se devait de ne pas se rater. Comment allait-il traiter le sujet ? Serait-ce enfin ce qu'on pourrait appeler le film de la maturité ?


Dunkerque revient sur l'Opération Dynamo, événement important de la Seconde Guerre Mondiale, qui a permis à près de 340'000 soldats alliés, entourés par les forces allemandes, d'être évacués des plages de Dunkerque. Christopher Nolan se concentre exclusivement sur trois personnages : Tommy (Fionn Whitehead), soldat du corps expéditionnaire britannique, M. Dawson (Mark Rylance), capitaine d'un petit bateau réquisitionné pour récupérer les soldats à Dunkerque et Farrier (Tom Hardy), pilote d'un Spitfire. Trois hommes, trois destins mais également trois temporalités...
Nolan a toujours aimé jouer avec le temps en le manipulant (Inception, Interstellar) ou en l'inversant (Memento). Il reproduit ici donc l'expérience en présentant ses séquences étalées sur 1 semaine (partie dite du môle), 1 jour (le bateau de M. Dawson) et 1 heure (Farrier). Idée intéressante mais qui devient assez rapidement difficile à suivre, sans parler des incohérences que ça introduit.

Nolan a vite présenté ses intentions de faire de Dunkerque une expérience sensorielle avant tout. Cela signifie donc une immersion totale et très peu de dialogues, le récit se concentrant vraiment sur ce que vivent les protagonistes et c'est malheureusement à double tranchant car autant Nolan (et son chef opérateur Hoyte Van Hoytema) est un très bon artisan de l'image, le scénario et l'écriture des personnages ont beaucoup de peine à suivre.
Pourtant le film commence sur des chapeaux de roues avec une séquence présentant Tommy et d'autres soldats anglais en train de fuir les rues de Dunkerque en direction de la plage. Cette séquence est probablement une des meilleures du film et montre que Nolan a un sens certain de la mise en scène en décidant de ne pas montrer d'où vient la menace, comme si celle-ci était invisible.

Une entrée en matière enthousiasmante donc mais qui va rapidement laisser place à un des défauts majeurs du film : son manque d'émotions ! Avant d'être un film de guerre, Dunkerque est d'abord un film de survie et pour entrer dedans, il faut craindre pour les personnages, ressentir de l'empathie pour eux. Or aucun de ceux-ci n'est véritablement développé et ils sont tous assez mal écrits. Comment voulez-vous obtenir un film de survie convainquant quand les personnages eux-mêmes ne vivent pas à l'écran, qu'ils sont uniquement des coquilles vides ? Iñarritu y arrivait bien dans The Revenant car son cinéma sait être viscéral quand il le faut, ce qui n'est pas le cas de celui de Nolan qui est beaucoup trop froid pour ça. Au final, on se retrouve donc avec un film que l'on regarde plus qu'on ne vit et c'est vraiment dommageable quand l'objectif avoué du film est justement de faire vivre une expérience au spectateur.


J'avais déjà relevé un problème de mixage sonore dans Interstellar mais ça ne dérangeait pas outre mesure car la BO de Hans Zimmer était de qualité. Sur Dunkerque, le compositeur allemand collabore une nouvelle fois avec Christopher Nolan et on retrouve à nouveau le même problème mais bien plus dérangeant car la musique de Zimmer dessert totalement le film et la possibilité d'immersion dans celui-ci. Pour donner une idée, toutes ses compositions sont basées sur des tic tacs en crescendo très grossiers sensés appuyer le suspense. Le problème c'est que si Nolan avait plus confiance en ses propres images, il n'utiliserait pas autant la musique : on sait qu'il y a du suspense, de la tension, pas besoin de venir le souligner pendant 1h40 avec la musique. Et c'est là où le bât blesse véritablement, au lieu d'être pris dans le film on en est tenu à l'écart par la lourdeur des "bruits" de Hans Zimmer.
Pourtant le film ne manque pas de passages vraiment tendus et anxiogènes mais il manque la simplicité, la sobriété que devrait donner Nolan à ses images. Certaines des plus belles séquences du métrage, comme celle où un Spitfire en panne sèche perd de l'altitude et est filmé en travelling latéral (avec d'ailleurs une vue sur des bâtiments totalement anachroniques en arrière-plan mais passons), perdent beaucoup en émotion à cause des compositions de Zimmer qui arrive avec ses gros souliers.

C'est très frustrant d'en arriver là car Nolan n'a pas lésiné sur les moyens pour reconstituer la bataille de Dunkerque : milliers de figurants, utilisation des trucages numériques à son minimum, utilisation de vrais Destroyers...L'arrivée de Hoyte Van Hoytema en tant que chef opérateur depuis Interstellar en remplacement de Wally Pfister n'a été que du bonus pour Nolan, Dunkerque étant probablement son plus beau film (les séquences aériennes n'ont pas à rougir face à un film comme La Bataille d'Angleterre par exemple). La question est : peut-on vraiment se contenter d'un beau film lorsque le film échoue dans sa véritable entreprise ? Quand on connaît le potentiel de Christopher Nolan, la réponse est sans appel : non !


Le constat est donc mitigé : nul doute que Dunkerque est un film agréable, qui offre probablement la meilleure reconstitution possible de l'Opération Dynamo et qui a le mérite de ne pas être trop long (1h46, rappelons que Interstellar durait 1 heure de plus). Il est cependant regrettable que Nolan recherche en permanence la sidération, quitte à user d'effets qui desservent sa mise en scène. Sa collaboration avec Hans Zimmer atteint clairement ses limites et peut-être qu'il serait temps pour le cinéaste de chercher de nouveaux horizons au risque de s'enliser dans un style dont il commence déjà à être prisonnier.

Nul doute que certains spectateurs réussiront à entrer dans le film pour le vivre véritablement de la façon pensée par le réalisateur, mais peut-on réellement s'en contenter ? Là où beaucoup de grands réalisateurs ont signé de très grands films de guerre (voir la liste non exhaustive plus haut), Christopher Nolan signe malheureusement un de ses films les plus oubliables, incapable de vraiment décoller et nous laissant finalement comme simples spectateurs qui suivent passivement un groupe de personnages sans vie.

Le métrage va évidemment fonctionner en salles, la question qui se pose aujourd'hui est plutôt : que va faire le cinéaste maintenant ? Va-t-il enfin prendre conscience qu'il est un très bon artisan d'image et nous proposer enfin ce fameux film de la "maturité" ou va-t-il revenir à ce qu'il faisait avec Inception et Interstellar où ses défauts étaient plus facilement noyés dans le grandiose permanent ? C'est à lui-même qu'il appartient de répondre à cette question.


dimanche 6 septembre 2015

Apocalypse Now (1979) - Version Redux (2001)

Titre : Apocalypse Now

Date de sortie française : 26 septembre 1979 (sortie nationale)

Réalisateur : Francis Ford Coppola

Scénario : John Milius, Francis Ford Coppola, Michael Herr (d'après la nouvelle Heart of Darkness de Joseph Conrad)

Directeur de la photographie : Vittorio Storaro

Montage : Lisa Fruchtman, Gerald B. Greenberg, Walter Murch

Musique : Carmine Coppola, Francis Ford Coppola

Durée : 2h21 (Version Redux : 3h14)

Avec : Marlon Brando, Martin Sheen, Robert Duvall, Frederic Forrest, Sam Bottoms, Laurence Fishburne, Albert Hall, Harrison Ford

Synopsis Cloîtré dans une chambre d'hôtel de Saïgon, le jeune capitaine Willard, mal rasé et imbibé d'alcool, est sorti de sa prostration par une convocation de l'état-major américain. Le général Corman lui confie une mission qui doit rester secrète : éliminer le colonel Kurtz, un militaire aux méthodes quelque peu expéditives et qui sévit au-delà de la frontière cambodgienne. (Source : Allociné).

Mon avis


Alors que je voulais à la base juste écrire quelques lignes sur Apocalpyse Now (comme je le fais depuis peu), je me suis rendu compte que j'avais finalement beaucoup à dire sur l'un des plus grands chefs-d'oeuvre de l'histoire, que ce soit au niveau du film en lui-même ou de tout ce qui a entouré sa production chaotique.
Je parlerai ici de la version Redux, sortie en 2001, et qui ajoute près de 50 minutes de scènes supplémentaires par rapport au montage qui avait obtenu la Palme d'Or au Festival de Cannes en 1979, date de sa première sortie.

La nouvelle de Joseph Conrad, Au Coeur des Ténèbres (publiée en 1899) a tout d'abord intéressé Orson Welles qui a été le premier à vouloir l'adapter sur grand écran. N'ayant pas reçu le soutien espéré des studios de production, Welles abandonne le projet pour se lancer dans la réalisation de Citizen Kane, avec le succès que l'on connaît.
Bien plus tard, George Lucas est pressenti pour réaliser le film mais il préfère se consacrer à son premier Star Wars. C'est donc Francis Ford Coppola qui s’attelle à la tache alors qu'il est tout fraîchement auréolé du succès immense des deux premiers volets du Parrain.

Coppola décide de transposer l'histoire de Conrad (qui se passe à l'origine en Afrique) au Vietnam alors que les Etats-Unis sont encore meurtris par la longue guerre qui s'est achevée à peine un an avant le début du tournage.
L'histoire est celle du capitaine Benjamin Willard (Martin Sheen) qui reçoit l'ordre des services secrets américain d'aller exterminer le colonel Kurtz (Marlon Brando), qui a perdu l'esprit et s'est retranché au Cambodge où les tribus locales le considèrent comme un demi-dieu.
Willard va donc devoir remonter le fleuve en compagnie de ses acolytes afin de retrouver Kurtz.
Lors de son voyage et en lisant le dossier de ce dernier, Willard va au fur et à mesure se rendre compte de la personnalité de Kurtz et réaliser qu'il n'est pas du tout l'homme qu'il avait imaginé.


Apocalypse Now est une des toute première oeuvre de fiction à parler de la guerre du Vietnam (il n'y a guère que Voyage au Bout de l'Enfer qui l'ait précédé) mais ce n'est finalement pas un film réellement centré sur la guerre. Passé les 45 premières minutes avec notamment la mythique scène de l'attaque des hélicoptères sur un air de Richard Wagner et les séquences avec le lieutenant-colonel Kilgore (l'énorme Robert Duvall), le film se calme pour nous plonger dans la moiteur de la jungle en compagnie des occupants du bateau.
A partir de ce moment, le film relate un voyage, celui de l'embarcation qui les mènera jusqu'à Kurtz mais également le voyage intérieur de Willard qui, va se mettre à douter de plus en plus au fur et à mesure qu'il en apprendra plus sur Kurtz et son passé.

Si le film est considéré par beaucoup comme légendaire, ce n'est pas pour rien. Difficile de ne pas être ébouriffé par les visuels qui nous sont proposés : le napalm qui rase une forêt, les hélicoptères devant le soleil, cette photographie...tout respire le Coppola.
Mais le cœur du film, ce qui nous subjugue, nous bouleverse même, c'est ce trip (émotionnel et visuel), ce voyage au bout de la folie, de la démence, ces regards hallucinés, cette violence crue, cette ambiance malsaine. On a les mains moites, comme l'atmosphère, comme cette jungle.

Le personnage de Kurtz est magnifiquement iconifié par Coppola, nous avons en premier sa voix en tout début de film, puis viendront ses textes, puis des photos, toute cette montée en tension pour finalement le voir arriver, tel le demi-dieu qu'il est, après 2h40 de film (!). A cet instant, dès qu'on entend ses déblatérations philosophiques, on en vient à se demander nous-même s'il est réellement fou, s'il n'est pas finalement qu'un énième homme brisé par la guerre...


D'ailleurs, qui de mieux que Marlon Brando, lui-même légende vivante (à l'époque) du cinéma pour se mettre dans la peau de ce personnage aux contours mystiques ? On sait que le tournage avec lui a été difficile (en plus de tout le reste dont je parlerai en fin d'article) et que Coppola a décidé de le filmer en grande partie dans la pénombre et en contre-plongée (et parfois avec une doublure) pour dissimuler son obésité, reste que le résultat est saisissant, encore plus avec la manière dont Brando déblatère ses textes sans jamais vraiment bien articuler, renforçant ce côté inquiétant du personnage.

Je parle de Brando mais le reste du casting n'est pas en reste, Martin Sheen campe son personnage à la perfection, en témoigne cette première séquence dans la chambre d'hôtel qui montre déjà toute la folie qui campe Willard.
Robert Duvall apparaît une trentaine de minutes dans le film mais quelles 30 minutes ! Kilgore est peut-être un des personnages les plus emblématique du métrage grâce à ses nombreuses répliques cultes, on peut, à ce niveau-là, un peu le comparer au Sergent Hartman dans Full Metal Jacket qui volait la vedette à tout le monde dans la première moitié du film. Duvall sera d'ailleurs nominé pour l'Oscar du meilleur acteur dans un rôle secondaire l'année suivante, comme quoi les vieillards de l'académie ont quand même du flaire parfois.

Il est vrai que ces trois gaillards là tirent une grande partie du rideau mais il ne faudrait pas oublier toute la clique qui accompagne Willard sur leur embarcation, que ce soit Laurence Fishburne (qui avait 15 ans au moment du tournage et qui a dû mentir sur son âge pour le rejoindre), Frederic Forrest et sa magnifique moustache, Sam Bottoms ou le commandant du bateau, Albert Hall.


Comme je l'ai mentionné, Apocalypse Now doit sa renommée légendaire à sa maîtrise formelles certes, mais également grâce au tournage qui est devenu de nos jours presque plus connu que le film en soi.
Lors de sa présentation au Festival de Cannes en 1979, Coppola résumait simplement ce qu'avait été Apocalypse Now pour lui : "Ce n'est pas un film sur le Vietnam, c'est le Vietnam", comparant le tournage à ce que les américains avaient vécu lors de la guerre.

Entre dépassement de budget (Coppola a dû mettre de sa poche une grande partie), changement d'acteur principal (après une semaine, Harvey Keitel qui devait jouer Willard est remplacé par Martin Sheen car Coppola était mécontent de ses premières scènes), conditions météo désastreuses aux Philippines (lieu du tournage) et une tendance pour Coppola à devenir de plus en plus paranoïaque au fil du tournage, la production a été un véritable enfer pour toute l'équipe.
Pour en rajouter une couche, il y a aussi eu les caprices de Brando (qu'il voulait absolument dans le film) : cachet mirobolant, surpoids, il arrivait sur le plateau sans savoir ses textes.

Que de soucis en plus pour Coppola qui a en plus dû faire face aux problèmes de santé de Martin Sheen qui fera un infarctus peu après le tournage de la fameuse scène dans la chambre d'hôtel.
Il faut savoir que Sheen, qui avait énormément bu pour se mettre dans la peau de son personnage, n'a pratiquement pas été dirigé pour cette scène particulière, tant Coppola trouvait qu'il habitait bien Willard.
La suite je l'ai expliquée : crise cardiaque, arrêt de travail de 3 semaines (et contre les recommandations du médecin) et obligation pour Coppola de tourner des plans larges avec une doublure car le tournage avait déjà pris beaucoup trop de retard.

Si l'envers du décor vous intéresse, je vous conseille d'ailleurs vivement le documentaire filmé en amateur par la femme de Francis Ford Coppola sur le tournage du film : Aux cœurs des ténèbres : l'apocalypse d'un metteur en scène, qui revient de manière très intéressante sur cette production gargantuesque.


Tout ceci pour au final obtenir le film que l'on connaît et qui est considéré encore aujourd'hui comme un grand classique du cinéma américain.
S'il y a quelque chose que l'on ne peut pas enlever à Francis Ford Coppola, c'est son amour pour le cinéma et sa foi en ce projet qu'il aura soutenu jusqu'au bout, quitte à se mettre au bord de la faillite et à donner de sa personnes (il aura tout de même perdu 40 kilos pendant les 238 jours de tournage) pour faire aboutir un projet qui lui tenait autant à cœur.
Au final, cette abnégation aura payé car le film recevra un excellent accueil critique et marchera très bien en salles, permettant à Coppola d'éviter le gouffre financier auquel il semblait promis.

Alors que Le Parrain revient souvent dans les bouches des gens quand il s'agit de parler du chef-d'oeuvre du réalisateur, Apocalypse Now reste certainement le plus marquant et portera toujours sur lui ce côté un petit peu "mystique" quand on sait tout ce qu'a vécu l'équipe pour lui faire prendre vie.
La version Redux apporte certes quelques longueurs, mais elle ne dénature en rien le premier montage qui n'aura qu'encré encore plus Coppola parmi les plus grands réalisateurs que le cinéma américain ait connu.


jeudi 30 octobre 2014

Fury (2014)

Titre : Fury

Date de sortie française : 22 octobre 2014

Réalisateur : David Ayer (également scénariste)

Directeur de la photographie : Roman Vasyanov

Musique : Steven Price

Durée : 2h14

Avec : Brad Pitt, Shia LaBeouf, Logan Lerman, Michael Peña, John Bernthal







SynopsisAvril 1945. Les Alliés mènent leur ultime offensive en Europe. À bord d’un tank Sherman, le sergent Wardaddy et ses quatre hommes s’engagent dans une mission à très haut risque bien au-delà des lignes ennemies. Face à un adversaire dont le nombre et la puissance de feu les dépassent, Wardaddy et son équipage vont devoir tout tenter pour frapper l’Allemagne nazie en plein cœur… (Source Allocine)

Mon avis


Les films de guerre, qui pullulaient il n'y a pas si longtemps que ça, se font de plus en plus rare de nos jours. Les bons films de guerres sont encore moins courant. 
Le genre a intéressé bon nombre de réalisateurs renommés au fil des années : Steven Spielberg (Il faut sauver le soldat Ryan), Brian De Palma (Outrages), Terrence Malick (La ligne Rouge), Ridley Scott (La chute du Faucon Noir) ou encore Clint Eastwood (diptyque IwoJima) pour ne citer qu'eux.
Depuis les années 2010, c'est plutôt le calme plat et c'est donc avec une certaine appréhension que je suis allé voir Fury, dernière réalisation de David Ayer (à qui on doit le médiocre Sabotage sorti il y a quelques mois). Voici ce que j'en ai pensé.

Le film se passe à la toute fin de la Seconde Guerre Mondiale, alors que les forces alliées avancent de plus en plus au coeur de l'Allemagne nazie. L'intrigue est centrée sur les 5 membres d'équipage d'un char américain, le Fury.
Dès le tout début du film, le décor est posé. On se retrouve happé par le réalisme brutal du film (que je déconseillerais d'ailleurs aux âmes sensibles), on y va pas par quatre chemins : c'est la guerre avec toute la violence qui s'y rapporte. La photographie du film est en parfait accord avec le sujet, celle-ci est plutôt froide, avec un brouillard quasi permanent pour souligner encore plus la grisaille permanente. Cette esthétique est nuancée de manière surprenante, mais finalement assez réussie, par l'usage de balles traçantes durant les combats, rendant ceux-ci parfaitement lisibles ainsi que par un final à l'ambiance quasi apocalyptique.

Après la mort de leur artilleur, les 4 occupants du Fury restants, qui combattent ensemble depuis de nombreuses années, se voient attribuer un "bleu" comme remplaçant (Norman Ellison, incarné par Logan Lerman). Celui-ci n'a jamais connu la bataille et n'a aucune formation militaire mais il n'y a pas la place pour les bons sentiments, l'équipage ne lui fera pas de cadeau et lui font clairement comprendre que s'ils veulent rester en vie, celui-ci devra mettre la main à la pâte.
De part son inexpérience et ses peurs, Norman représente le personnage auquel le public va s'identifier, à travers lequel il va ressentir l'impact émotionnel que de tels combats engendrent.


Le char a évidemment une place centrale dans l'histoire mais, contrairement à ce qu'on pourrait penser, l'accent n'est pas mis sur l'aspect claustrophobique de cet espace confiné. Les protagonistes sont très proches l'un de l'autre, à tel point qu'on pourrait les comparer à une famille dont le char serait la maison, l'endroit où ils se sentent le plus en sécurité au milieu des nombreux guet-apens tendus par les SS.

Comme déjà dit plus haut, le film est violent, très violent même et il faudra avoir le cœur bien accroché pour regarder certaines séquences. Le film est cependant entrecoupé de certains moments plus légers, servant essentiellement au développement psychologique des personnages. Une séquence de romance m'ayant particulièrement marquée se trouve au milieu du film, dans un village venant juste de tomber aux mains des alliés (je n'en dirai pas plus pour ne pas spoiler). La séquence casse certes le rythme que le film avait entretenu jusque là mais je l'ai trouvée très bien venue et plutôt touchante, sans parler du fait qu'elle marque également un tournant dans les relations qu'entretiennent certains des personnages entre eux.

Puisque nous en sommes aux personnages, parlons justement des acteurs.
Plus de cinq ans après Inglourious Basterds, Bradd Pitt se retrouve donc de nouveau dans la peau d'un personnage qui tue des nazis, l'humour si particulier de Tarantino en moins, bien évidemment. Il livre ici une prestation correcte, interprétant son personnage très "borderline" avec justesse.

Shia LaBeouf, comme à son habitude, en a de nouveau fait des tonnes pour rentrer dans son rôle : il a notamment refusé de se doucher pendant de longues semaines pour se sentir comme un soldat des tranchées. Il s'est également arraché lui même une dent et s'est mutilé le visage régulièrement car il trouvait que les cicatrices faites par la maquilleuse n'étaient pas crédibles.
Ces frasques à volonté ont-elles portées leur fruit ? Personnellement je ne trouve pas, mais je prendrai ici un peu de recul car il s'agit d'un acteur que je n'ai jamais apprécié et je l'ai trouvé vraiment faux à plusieurs moments dans le film. Force est de constater tout de même que l'alchimie avec Brad Pitt est efficace.
Michael Peña (qui avait déjà été dirigé par Ayer dans End of Watch) et John Bernthal s'en sortent également très bien, tout comme Logan Lerman (ce qui m'a d'ailleurs agréablement surpris car je n'avais pas du tout aimé sa prestation dans Noé).



Comme je l'avais dit dans mon précédent article, j'avais beaucoup aimé le travail de Steven Price pour Gravity. Nous le retrouvons à nouveau à la composition pour Fury et j'ai été une nouvelle fois conquis.
La musique passe à merveille de tonalités tout en puissance à des thèmes beaucoup plus mélo qui m'ont donné plusieurs fois des frissons.
Tout comme dans Gravity, on retrouve beaucoup de thèmes avec choeurs qui accompagnent à merveille les moments dramatiques du film (mention spéciale au thème accompagnant le plan zénithal final qui m'a tout bonnement émerveillé).

La caméra de David Ayer filme la guerre telle qu'elle est, de manière très directe et très violente. Ici, peu d'actes de bravoure, pas d'affrontements sous la bannière étoilée, c'est sale, sanglant, boueux et les personnages nous sont finalement présentés comme étant pratiquement des "machines à tuer les nazis", qu'ils soient hommes, femmes, enfants ou infirmes.
Si on pourra reprocher au film sa fin un peu trop convenue et un poil irréaliste, ce serait dommage de bouder son plaisir et de passer à côté de Fury qui nous offre enfin le bon film de guerre que l'on attendait depuis un moment.