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dimanche 21 juin 2015

Jurassic World (2015)

Titre : Jurassic World

Date de sortie française : 10 juin 2015

Réalisateur : Colin Trevorrow

Scénario : Colin Trevorrow, Derek Connolly, Rick Jaffa et Amanda Silver (inspiré des personnages créés par Michael Crichton)

Directeur de la photographie : John Schwartzman

Montage : Kevin Stitt

Musique : Michael Giacchino

Durée : 2h04

Avec : Chris Pratt, Bryce Dallas-Howard, Nick Robinson, Vincent D'Onofrio, Ty Simpkins, Irrfan Khan, Omar Sy

Synopsis L'Indominus Rex, un dinosaure génétiquement modifié, pure création de la scientifique Claire Dearing, sème la terreur dans le fameux parc d'attraction. Les espoirs de mettre fin à cette menace reptilienne se portent alors sur le dresseur de raptors Owen Grady et sa cool attitude. (Source : Allociné)

Mon avis


Que celui qui n'a pas des étoiles plein les yeux en repensant à l'univers de Jurassic Park me jette la première pierre ! La saga entamée par Steven Spielberg en 1993 est l'une des plus populaires du cinéma auprès du grand public et elle est de retour aujourd'hui dans nos salles 14 ans après un troisième volet considéré par beaucoup (dont moi) comme le vilain petit canard de la franchise.
Il était difficile de vraiment s'enthousiasmer pour ce nouveau volet au vu des différents trailers, sans compter qu'il s'agit du premier à ne pas utiliser d'animatroniques (ou du moins presque pas, Trevorrow est resté assez flou à ce sujet) alors que c'est ce qui donne tout ce cachet au premier film qui, même 20 ans après, n'a pas pris une ride.

Le film se situe, de l'aveu même de Colin Trevorrow, à la suite du premier, faisant donc complètement abstraction du Monde Perdu et de Jurassic Park III et présente pour la première fois le parc ouvert au public (idée que Spielberg, producteur sur celui-ci, avait d'ailleurs en tête depuis longtemps).
Afin de conserver l'intérêt du public envers les dinosaures, l'équipe du parc concentre ses efforts dans la création d'espèces hybrides grâce au génie génétique. Leur dernière création, l'Indominus Rex, promet d'être l'attraction la plus spectaculaire du parc et doit ouvrir bientôt au public.
Mais, comme vous vous en douter, ça ne va pas se passer selon leur plan et ils vont complètement sous-estimer l'intelligence de la bête qui va réussir à s'évader de son enceinte et semer la terreur dans le parc.


Avant d'entrer dans le vif du sujet, je tiens à préciser que je n'attendais pas grand-chose de ce film, les bande-annonces laissaient entrevoir un fan-service absolu sans réelle ambition pour venir chapeauter tout ça. Ceci fait qu'au final je n'ai pas été déçu dans l'absolu, mais je suis quand même assez mitigé.
Le film commence plutôt bien, Trevorrow arrive à recréer une sensation de redécouverte du parc et même un petit peu d'émerveillement quand retentit pour la première fois le thème de John Williams.
Le fan service ne m'a pas dérangé plus que ça, le problème c'est que Colin Trevorrow n'a clairement pas le talent de mise en scène de Spielberg (qui arrivait quand même à rendre épique un atterrissage d'hélicoptère !) et que le film manque cruellement d'identité à cause de ça.
Là où Spielberg arrivait à iconiser le T-Rex avec cette montée en tension jusqu'à le voir en entier pour la première fois, Trevorrow se plante et n'arrive pas à rendre l'Indominus Rex réellement "imposant" (et menaçant), alors qu'il est censé être encore plus grand !

Pourtant, on sent que l'envie est là, le film est plutôt généreux dans ce qu'il nous offre et se permet même un format 2.00:1 devenu extrêmement rare au cinéma afin de faire tenir les humains et les dinosaures dans un même plan et ainsi jouer sur les échelles.
Le film est également assez violent par moments, on y découvrira par exemple ce que je considère comme la mort la plus cruelle de la quadrilogie. On aura même droit à des giclées de sang (enfin au moins une dans mes souvenirs), ce qui n'est de loin pas toujours acquis de nos jours dans un blockbuster PG-13 américain.

Le casting s'en sort bien, Chris Pratt fait le job et Bryce Dallas Howard, outre le fait qu'elle réussit l'exploit de courir pendant tout le film avec ses talons hauts, a le mérite de s’offrir le plus grand moment de bravoure à la fin du film. Omar Sy apparaît plus de temps à l'écran que je ne l'aurais pensé et c'est plutôt agréable car il n'en fait jamais trop, son personnage étant plutôt sérieux (même si, ne nous le cachons pas, il ne sert pas à grand-chose le bougre).
Colin Trevorrow a décidé lui-même de ne pas faire revenir d'anciens personnages, à l'exception du Dr Wu (B.D. Wong) que l'on apercevait furtivement dans le premier Jurassic Park...choix compréhensible mais, quitte à rester dans le fan-service, je n'aurais pas craché sur un petit caméo du Dr. Malcolm (Jeff Goldblum) par exemple.


Le personnage de Vincent D'Onofrio, par contre, est complètement raté. Non seulement c'est un enfoiré fini et un cliché ambulant, mais le plan qu'il a dans la tête est tellement con qu'on sait parfaitement que ça ne marchera jamais (non mais sérieusement, une armée de raptors ??). Je ne parlerai pas des deux gosses car niveau charisme il faudra repasser...
D'ailleurs, au niveau connerie, le film contient son lot de moments complètement incohérents ou ridicules : je citerai par exemple les Raptors qui se choisissent un nouvel alpha avant de changer de nouveau d'avis en 15 secondes quand Chris Pratt les regarde dans les yeux...niveau n'importe quoi on n'est pas très loin de la "Pokéflûte" de Jurassic Park III, sans compter que ça casse complètement la thématique qui avait été entretenue dans tous les autres films, c'est-à-dire l'imprévisibilité de la nature et la théorie du chaos si bien expliquée par le Dr. Malcolm dans le premier film. Que dire aussi de la manière complètement ridicule dont se finit le combat entre le T-Rex et l'I-Rex (qui est pourtant jouissif à regarder dans sa globalité) ? Que dire du "Raptor ex machina" qui m'a presque fait hurler de rire dans la salle ?
Le film comprend tout de même un certain nombre de fautes de goût qui, même si elles ne plombent pas le film, m'auront fait soupirer quelques fois.

Comme c'était déjà le cas dans le 3ème film, on ne retrouve pas John Williams à la composition, cette fois-ci c'est Michael Giacchino (qui a beaucoup collaboré avec Brad Bird et J.J. Abrams) qui s'occupe de la musique et c'est là que l'on voit à quel point ça doit être difficile de passer après Williams qui avait largement contribué à faire de Jurassic Park ce qu'il est aujourd'hui...En effet, mis à part les thèmes que Giacchino a repris de son aîné (qui ont fait vibrer ma fibre nostalgique, je dois bien l'avouer), je n'ai retenu absolument aucune musique et je serais même incapable de dire si celle-ci est de qualité ou non.


Le film a été post-converti en 3D par la même équipe qui s'était occupée de la conversion de Jurassic Park. Je n'avais pas vu ce dernier lors de sa ressortie, je ne peux donc pas dire si la qualité était au rendez-vous, sur ce Jurassic World par contre je n'ai jamais ressenti la profondeur...jusqu'à en oublier carrément que je regardais un film en 3D (et non ce n'est pas un bon point car c'est typiquement le genre de film qui peut être très impressionnant si l'effet marche bien).

J'en ressors donc mi-figue mi-raisin, Jurassic World est un film généreux dans ce qu'il propose et un divertissement plutôt agréable à regarder. Malheureusement, le film pèche par excès de fan-service qui, même s'il ne m'a pas dérangé au premier abord, le rend très générique...surtout qu'il n'y a pas vraiment d'idées de réalisation derrière. On ne s'ennuie jamais vraiment, mais on n'est jamais transcendé non plus, si ce n'est peut-être pour le combat entre les deux Rex qui ne se conclut pas vraiment de manière très inspirée.
A mes yeux, le film s'impose quand même comme étant meilleur que Jurassic Park III (que la réalisation de Joe Johnston sauvait du naufrage complet) mais n'arrive clairement pas à la cheville des deux premiers dans l'ombre desquels il est certainement condamné à demeurer.


mardi 12 mai 2015

Minority Report (2002) - Collaboration avec Les Lectures à la pleine lune

Titre : Minority Report

Date de sortie française : 2 octobre 2002

Réalisateur : Steven Spielberg

Scénario : Scott Frank et Jon Cohen (adapté de la nouvelle "The Minority Report" de Philip K. Dick)

Directeur de la photographie : Janusz Kaminski

Montage : Michael Kahn

Musique : John Williams

Durée : 2h25

Avec : Tom Cruise, Colin Farrell, Max Von Sydow, Samantha Morton, Kathryn Morris, 


Synopsis : A Washington, en 2054, la société du futur a éradiqué le meurtre en se dotant du système de prévention / détection / répression le plus sophistiqué du monde. Dissimulés au coeur du Ministère de la Justice, trois extra-lucides captent les signes précurseurs des violences homicides et en adressent les images à leur contrôleur, John Anderton, le chef de la "Précrime" devenu justicier après la disparition tragique de son fils. Celui-ci n'a alors plus qu'à lancer son escouade aux trousses du "coupable"...Mais un jour se produit l'impensable : l'ordinateur lui renvoie sa propre image. D'ici 36 heures, Anderton aura assassiné un parfait étranger. Devenu la cible de ses propres troupes, Anderton prend la fuite. Son seul espoir pour déjouer le complot : dénicher sa future victime ; sa seule arme : les visions parcellaires, énigmatiques, de la plus fragile des Pré-Cogs : Agatha. (Source : Allociné)

Avant-propos


Comme l'annonce si bien le titre de ce petit article, il s'agit ici de la troisième collaboration que j'effectue avec le blog des Lectures à la pleine lune. Une fois n'est pas coutume c'est moi qui ai proposé de parler de cette oeuvre en particulier et je vous conseille chaudement de vous attaquer à l'article rédigé sur la nouvelle par ici avant de passer à la lecture de la partie dédiée au film.

Mon avis


S'il y a bien un réalisateur qui parle à tout le monde, des plus petits aux plus grands, et qui a su marquer plusieurs génération de son empreinte, c'est bien Steven Spielberg.
Minority Report représente dans sa filmographie une de ces œuvres qui a marqué un tournant avec des films beaucoup plus matures à partir de la fin des années 90 et le début des années 2000.

A peine un an après son A.I. Intelligence artificielle, également adapté d'une nouvelle (et qui devait être réalisé par Kubrick mais a été repris par Spielberg après sa mort), le père de Jurassic Park et Indiana Jones reste donc dans la science-fiction et nous livre un film dont la portée donne encore matière à réfléchir plus de 10 ans après.

L'intrigue se passe à Washington, dans un avenir proche, où les meurtres ont été complètement éradiqués grâce aux visions des précogs qui arrivent à prédire un crime proche grâce à certains signes précurseurs. Les noms du futur criminel ainsi que celui de la future victime sont envoyés aux agents de la Précrime dont le chef, John Anderton (Tom Cruise), analyse les images envoyées par les précogs afin de déterminer l'endroit exact où doit se produire le meurtre.
La majorité des meurtres n'étant plus prémédités, les agents de Précrime n'ont donc que quelques minutes pour agir et arrêter la personne qui s'apprête à passer à l'acte.
Tout va cependant basculer quand John va assister à une vision le mettant lui-même en scène. N'ayant pas d'autre choix, il fuit et va se retrouver confronté non seulement à son passé, mais également à son avenir.


Ce qui frappe tout de suite, c'est l'atmosphère résolument dystopique, délicieusement appuyée par la photographie très froide de Janusz Kaminski.
Le monde, au début du film, nous paraît totalement déshumanisé, avec les technologies qui prennent totalement le contrôle sur l'être humain. Ici, les publicités sont omniprésentes et agressives et tout le monde est surveillé perpétuellement. C'est tout le génie visionnaire de Philip K. Dick qui se retrouve ici, il avait déjà compris (en 1956 !) ce que les technologies pouvaient avoir de néfaste avec cet aspect surveillance (NSA ou les réseaux sociaux d'aujourd'hui) et cette publicité omniprésente qui surgit à la manière de nos pop-up actuels.

Il voyait également se profiler ce qu'on pourrait appeler aujourd'hui la tolérance zéro et ses dérives ultra-sécuritaires. Car c'est ce dont il s'agit, on n'arrête pas des criminels, on arrête des futurs criminels (qui ne le sont donc pas encore au moment de leur arrestation, vous suivez toujours ?).

Il en résulte donc tout un paradoxe dans l'essence même de l'idée de la Précrime. Philosophiquement parlant, le film livre une réflexion bien sentie sur le déterminisme et tout ce qu'il implique, à savoir le fait que tout événement découle d'un autre par une relation de cause à effet. Selon Laplace, une personne ayant une connaissance totale de toutes les variables et des situations des individus composant un moment donné serait capable de prédire le futur de manière certaine.

Aidée de ses précogs, la Précrime est donc une police proactive à 100% qui arrête des meurtriers qui ne le sont pas encore. Si nous vivions dans un monde totalement déterministe, on ne pourrait pas décemment condamner quelqu'un pour avoir tué une tierce personne car il ne pouvait pas en être autrement. On peut donc se poser la question du bien fondé de cette organisation.




L'essence du film se retrouve également dans le développement du personnage de John Anderton qui va passer en l'espace de quelques minutes du chasseur au chassé. L'histoire prend dès lors une tournure beaucoup plus humaine tandis que l'on suit Anderton dans sa cavale. Persuadé de ne vouloir commettre aucun crime, il va être confronté à son passé (et son avenir !) et la question se pose alors de savoir jusqu'à quel point décide-t-on de ses actions...Il y a un glissement du déterminisme vers un aspect beaucoup plus tourné vers le libre-arbitre.

Au fur et à mesure des recherches de John, on apprend comment il a perdu son fils et qu'il se sent responsable. Il faut d'ailleurs souligner que Tom Cruise livre une excellente prestation et permet au spectateur de se prendre d'affection pour son personnage malgré son côté  un peu sombre (il est devenu accro à une drogue de synthèse depuis la disparition de son fils par exemple).

Spielberg arrive vraiment à transcender son histoire avec cette caméra très libre qui nous offre parfois des mouvements très audacieux. Une scène particulièrement marquante est celle où John se repose après avoir subi une greffe des yeux et que des agents du Précrime arrivent pour "scanner" l'iris de toutes les personnes présentes dans l'immeuble à l'aide d'araignées robotisées.
Cette scène est impressionnante par le suspense qui s'en dégage mais également car elle est filmée en plan-séquence assez virtuose où la caméra va passer d'un appartement à l'autre en filmant toujours l'action du dessus, splendide !


J'ai parlé de Tom Cruise plus haut mais tout le casting s'en sort bien, même Colin Farrell alors qu'il a tendance à m'agacer un peu dans certains de ses rôles. Samantha Morton (Agatha) joue parfaitement son rôle "d'humain déshumanisé" et son impact sera considérable à la résolution de l'intrigue.
Une intrigue qui est d'ailleurs très bien dosée, avec son lot de rebondissements pas forcément très surprenants mais qui fonctionnent plutôt bien. On aurait peut-être pu espérer un peu plus de folie de la part de Spielberg mais ce serait chipoter sur pas grand chose car le rythme est vraiment très bon.

Pour ce film, John Williams a pu composer la musique après avoir vu une version quasi-définitive du film. Souhaitant être lui aussi fidèle à l'ambiance, il livre une partition plus expérimentale que ce qu'on a l'habitude d'entendre chez lui, avec des sons mélangeant orchestre symphonique classique et synthétiseur. D'ailleurs, Spielberg lui-même a déclaré que le score de Williams se "ressentait" plus qu'il ne s'entendait, on ne saurait lui donner tort...

Minority Report, bien qu'il n'entre pas dans mes Spielberg préférés, est donc un bon ambassadeur du "tournant" (mais le mot est peut-être un peu fort) qu'a pris la filmographie du cinéaste à l'aube du troisième millénaire. En plus d'être une fois de plus une excellente adaptation d'une oeuvre de Philip K. Dick (il n'a clairement pas à rougir vis-à-vis de films comme Blade Runner ou Total Recall pour ne citer qu'eux), le film arrive à encadrer son sujet à merveille. La réflexion sur le déterminisme et les dérives d'un système ultra-contrôlé donne de quoi réfléchir, on en arriverait presque à se demander s'il existe vraiment un mur entre la science-fiction et la réalité.
Les thématiques abordées démontrent non seulement la vision extrêmement visionnaire de Philip K. Dick mais n'ont en plus jamais été aussi actuelles en cette époque où on ne sait jamais vraiment où et quand nous sommes surveillés.