dimanche 19 février 2017

Rétrospective Disney - Bilan



Je n'en ai pas parlé sur le blog mais ceux qui me suivent sur Facebook sont certainement au courant : en octobre dernier j'ai décidé de me lancer dans une grande rétrospective avec pour but but le visionnage de tous les Classiques Disney (c'est-à-dire ceux appartenant à cette liste).
L'objectif de cette rétrospective était principalement de pouvoir juger les films avec le regard qui est le mien aujourd'hui et qui est donc bien différent de celui que j'avais enfant, tout en redécouvrant certains grands classiques que je n'avais plus revu depuis plus de 15 ans (et en découvrant totalement ceux que je n'avais jamais vu, essentiellement de la période post-2000). C'était donc l'occasion de (re)découvrir certains films qui ont marqué plusieurs générations de cinéphiles de Blanche-Neige et les Sept Nains (1937) au tout récent Vaiana (2016).

Cela a donc fait en tout 54 films (je n'ai pas revu Les Nouveaux Héros et Zootopie car je l'ai avais tous deux visionné en 2016) visionnés en 3 mois et demi et maintenant que je suis arrivé à la fin, il est temps de dresser le bilan de ce voyage au pays de la firme aux grandes oreilles !


Âge noir, âge d'or, quid de mon ressenti ?



On le sait, Disney a connu des hauts et des bas. Après des débuts tonitruants dans les longs-métrages à la fin des années 30 / début des années 40, la firme s'en enfoncée dans une période creuse de quasiment une décennie en nous ressortant la même recette à chaque fois : compilations de courts-métrages regroupés pour en faire un long (dont la durée varie entre 45 minutes et 1h15). Si j'ai plutôt apprécié certains de ceux-ci (comme Saludos Amigos par exemple), force est de constater que j'ai eu beaucoup de peine à m'enthousiasmer pour ceux-ci. Le sortir de la Seconde Guerre Mondiale n'a donc pas été du tout source d'inspiration pour Disney.

Il faut attendre 1950 et la sortie de Cendrillon pour voir Disney revenir véritablement aux affaires en reprenant la recette qui avait fait de Blanche-Neige un succès : une princesse, des chansons, bref des contes de fées !
Il s'en suivra donc une période très faste pour le studio avec certains de leurs meilleurs films sortis durant cette époque (Alice au pays des merveilles, Peter Pan, La Belle au bois dormant). Celle-ci durera jusqu'au décès de Walt Disney en 1966, après quoi le studio retombera à nouveau dans une période de léthargie, recyclant sans cesse la même recette, jusqu'à voir des films étant quasiment des copié-collés les uns des autres. Si j'ai beaucoup aimé certains films de cette période, il m'a fallu attendre l'arrivée de La Petite Sirène (qui correspond justement au début d'un nouvel Âge d'Or) pour me voir adorer à nouveau un Disney. Toute la période s'étendant jusqu'à la sortie de Fantasia 2000 (en 1999) est celle qui contient mes Disney préférés et probablement ceux que j'ai le plus vus étant petit.

La suite ? Une dégringolade complète avec certains des pires films sortis par le studio (on est encore pire que dans les années 40). Il faudra attendre le rachat de Pixar et l'arrivée de John Lasseter en tant que producteur délégué pour revoir des films dignes d'intérêt mais malheureusement rien qui n'égalera leurs plus grands films des années 50 et 90.

L'évolution de mon ressenti lors de cette rétrospective collait donc de manière générale aux périodes fastes et creuses des studios Disney. J'ai même réévalué fortement à la hausse certains films dont j'avais de très mauvais souvenirs (l'exemple le plus marquant est Bambi) tandis que d'autres ont moins bien supporté le revisionnage (Pocahontas, Hercule).
Force est de constater, néanmoins, que Disney n'a plus le talent des grandes années, malgré quelques très bons films sortis ces dernières années. Les résultats au box-office sont certes très bons mais il est difficile de ne pas ressentir un formatage qui empêche désormais le studio de prendre de véritables risques tels que Pinocchio ou Taram et le Chaudron Magique par exemple.

Après ces quelques éclaircissements, il est donc temps de vous livrer mon Top 10 et mon Flop 10 (car il m'a été demandé aussi) des Classiques Disney, basé fortement sur mon ressenti et avec une très grande part de nostalgie qui rentre en compte, j'ai cependant essayé de rester le plus objectif possible tant que faire se pouvait.


Top 10 des Classiques Disney



1. Mulan (1998) - Mon préféré depuis très longtemps et je ne pense pas que ça bougera. J'en avais d'ailleurs écrit une critique détaillée sur la page Facebook.

2. Le Roi lion (1994) - Celui qui a mis à peu près tout le monde d'accord. Premier Disney à mettre en scène uniquement des animaux sans mention aucune de l'homme, Le Roi lion est une réussite à tous les niveaux : de ses chansons qui sont restées dans la tête de tout le monde à l'animation ébouriffante des animaux en passant par une direction artistique soignée et une retranscription impressionnante de la savane africaine.

3. Aladdin (1992) - Encore un film de cette fameuse période 89-99 qui adapte assez librement différents contes des Mille et Une Nuits pour une franche réussite avec un Génie ayant marqué les esprits (certainement un des personnages Disney les plus réussis) et le meilleur méchant qu'ait créé la firme en la personne de Jafar.

4. Peter Pan (1953) - On remonte dans le temps cette fois-ci avec un film dont j'avais de bons souvenirs mais qui m'a réellement marqué durant cette rétrospective. Un des Disney qui me fait le plus rêver mais également le plus rire (le duo Capitaine Crochet et M. Mouche est exquis).

5. La Petite Sirène (1989) - Le film n'est certes pas exempte de défauts mais il me paraissait impensable de ne pas le mettre dans ce Top tant je suis un fan de Sébastien (version Henri Salvador) et des musiques du film.

6. Rox et Rouky (1981) - Cas un peu particulier puisqu'il provient justement d'une période un peu creuse pour Disney mais il m'a tellement touché que je voulais le faire figurer dans ce Top.

7. La Belle au bois dormant (1959) - La raison principale a un nom : Maléfique, probablement l'antagoniste de plus impressionnant et le plus marquant de la filmographie Disney. L'ambiance très glauque du film m'avait déjà beaucoup marquée à l'époque et c'est toujours le cas aujourd'hui.

8. Alice au pays des merveilles (1951) - Le Disney le plus étrange mais un de ceux que j'aime le plus. Le travail sur l'univers est tellement poussé et le résultat tellement convainquant qu'il mérite sa place dans ce classement.

9. La Belle et la Bête (1991) - Premier Disney à être sorti après ma naissance, le film est un des plus impressionnant techniquement grâce à l'apport de l'animation de synthèse. La musique de Alan Menken est également une des plus grandes réussites du film.

10. Robin des Bois (1973) - Aussi loin que je m'en souvienne, j'ai toujours beaucoup aimé celui-ci. L'histoire me touche beaucoup et, malgré un méchant un peu raté, j'ai à nouveau pris énormément de plaisir devant Robin des Bois.


Flop 10 des Classiques Disney



1. Dinosaure (2000) - Une très mauvaise découverte pour le coup. Je me demande franchement à quoi pensaient les studios Disney quand ils se sont dit que ce serait une bonne idée de faire ça. Tout est moche (ça a vieilli certes mais n'oublions pas qu'un certain Jurassic Park était sorti sept ans auparavant), c'est chiant comme la pluie, poubelle !

2. La ferme se rebelle (2004) - Considéré de manière assez unanime comme l'un des pires Disney, le film n'a pas volé sa réputation. Avec sa direction artistique douteuse et son animation aux fraises, le film échoue à peu près dans tout ce qu'il entreprend. J'avoue (honteusement) avoir rigolé à un moment du film mais je mettrai ça sur le coup de la fatigue ou d'un excès de faiblesse de ma part.
Un triste adieux de Disney à l'animation traditionnelle (heureusement, ils reviendront sur leur décision avec La princesse et la grenouille)

3. Winnie l'ourson (2011) - Ici c'est un ressenti vraiment personnel car je reconnais au film bien des qualités telles que l'animation traditionnelle du plus bel effet ou le capital sympathie de Winnie. Par contre je me suis vraiment ennuyé tout le long (et pourtant c'est court), l'exemple typique du film d'animation dont je ne suis pas du tout la cible.

4. Le Crapaud et le Maître d'école (1949) - Enfin un film de cette fameuse période qui a suivi la guerre et probablement le pire de celle-ci. Le film est divisé en deux histoires distinctes : la première parlant d'un crapaud passionné d'automobile et la seconde étant une adaptation totalement édulcorée de La Légende de Sleepy Hollow qui est une atteinte au bon goût de tous les instants en plus d'être une amère déception pour moi qui adore l'histoire du Cavalier sans tête.

5. Les Trois Caballeros (1944) - Le film reprend la recette de Saludos Amigos (que j'ai aimé) avec une compilation de différents court-métrages mais fait tout en moins bien, moins drôle, mois beau, moins...tout !

6. Chicken Little (2005) - Premier Disney entièrement en animation de synthèse 3D, le film est une piètre entrée du studio dans ce nouveau type d'animation maîtrisé à la perfection par Pixar. Chicken Little est un amoncellement de clichés tous plus insupportables les uns que les autres et a terriblement mal vieilli.

7. La Boîte à musique (1946) - Même recette, mêmes défauts que Les Trois Caballeros ou Le Crapaud et le Maître d'école et film symptomatique de la période dans laquelle il est sorti.

8. La Planète au trésor (2002) - Celui-ci est à l'image de ce que faisait Disney au début des années 2000 : un film sans idées, à la direction artistique paresseuse et l'impression d'avoir vu beaucoup mieux ailleurs.

9. Mélodie Cocktail (1948) - Le quadruplé pour cette période ! Je ne développerai pas plus car ce qui a été dit pour les autres est valable pour celui-ci également.

10. Les Aventures de Winnie l'ourson (1977) - Pour les mêmes raisons que celui de 2011. L'ayant quand même mieux apprécié, j'ai tout de même un problème avec l'univers de Winnie l'ourson qui ne me parle absolument pas et ça ne date pas d'aujourd'hui. J'ai beaucoup hésité entre plusieurs films pour clôturer ce classement mais c'est finalement celui-ci qui s'est imposé, même si ce n'est objectivement pas le plus mauvais de ceux-ci.


Conclusion



Cette rétrospective m'aura permis de redécouvrir certains des films que j'adorais regarder sur VHS quand j'étais gosse (pour le meilleur et pour le pire). Ce top/flop a finalement beaucoup plus une valeur indicative que réellement objective car j'ai beaucoup de mal à laisser totalement de côté l'aspect nostalgique...

Il était très intéressant de constater l'évolution des studios Disney depuis leurs débuts dans les long-métrages d'animation et de mettre en perspective leurs hauts et leurs bas par rapport au contexte de l'époque. Gardons tout de même à l'esprit que, si Disney aujourd'hui est devenu une grosse machine privilégiant les succès au box-office plutôt que la créativité, il n'en a pas toujours été ainsi et il ne faut pas oublier ce que la firme a apporté au cinéma d'animation (mais pas que).
En espérant que ce bilan vous plaira, il est maintenant temps pour moi de voguer vers d'autres horizons cinématographiques !

samedi 11 février 2017

Silence (2017)

Titre : Silence

Date de sortie française : 8 février 2017

Réalisateur : Martin Scorsese

Scénario : Jay Cocks et Martin Scorsese, d'après le livre de Shûsaku Endô

Photographie : Rodrigo Prieto

Montage : Thelma Schoonmaker

Musique : Kathryn Kluge et Kim Allen Kluge

Durée : 2h41

Avec : Andrew Garfield, Adam Driver, Liam Neeson, Tadanobu Asano, Ciarán Hinds, Issei Ogata, Shin'ya Tsukamoto, Yoshi Oida, Yôsuke Kubozuka


Synopsis XVIIème siècle, deux prêtres jésuites (Andrew Garfield et Adam Driver) se rendent au Japon pour retrouver leur mentor, le père Ferreira (Liam Neeson), disparu alors qu’il tentait de répandre les enseignements du catholicisme.Au terme d’un dangereux voyage, ils découvrent un pays où le christianisme est décrété illégal et ses fidèles persécutés. Ils devront mener dans la clandestinité cette quête périlleuse qui confrontera leur foi aux pires épreuves. (Source : Premiere.fr)


Mon avis


La sortie d'un nouveau film de Martin Scorsese est toujours un événement, le réalisateur new-yorkais est en effet très apprécié auprès des cinéphiles et après son sublime Le Loup de Wall Street, il était attendu au tournant pour l'aboutissement d'un projet qu'il cogitait depuis près de 30 ans.
Le papa de Taxi Driver et des Affranchis est principalement connu auprès du grand public grâce à ses histoires de gangsters et de personnages en marge de la société qui finissent par connaître la déchéance. Cependant, même s'il n'a abordé le thème de la religion de manière directe que dans deux films jusque-là (La dernière tentation du Christ et Kundun), celle-ci se retrouve dans à peu près tous les films qu'a tourné Scorsese avec des chemins de croix, et autres réminiscences de Judas.

Avec Silence (qui avait d'ailleurs déjà été adapté en 1971 par Masahiro Shinoda), Scorsese conclut donc sa trilogie sur la foi et on pouvait placer de grands espoirs sur ce film très personnel vu sa longue genèse. Au final, on peut donc être un peu déçu de se retrouver devant un film si bancal qui présente de nombreuses belles choses mais se perd parfois dans des lourdeurs et des fautes de goût qui font que l'on ressort de ces 2h40 avec un arrière-goût d'inachevé dans la bouche.


Ce n'est un secret pour personne, Martin Scorsese est un grand fan du cinéma asiatique, le voir retranscrire le Japon du XVIIème siècle à l'écran est d'ailleurs ce qui fait la plus grande réussite du film : c'est formellement impeccable ! Dès la première scène du film on se retrouve avec des compositions de plans sur plusieurs couches qu'un certain Akira Kurosawa n'aurait pas renié : c'est beau, c'est brumeux, la première impression est vraiment bonne.
Et puis il y a tout le travail de reconstitution qui est vraiment réussi, le film a beau avoir été tourné à Taïwan, l'architecture et les décors renvoient totalement à la culture nippone. Le tout est souligné par la très belle photographie de Rodrigo Prieto (qui opérait déjà sur Le Loup de Wall Street) mettant à l'honneur ces paysages parfois très vastes.

Le souci principal du film est donc à chercher ailleurs : celui-ci est profondément ennuyant durant toute sa première heure. On se retrouve donc balancé avec les pères Rodrigues (Andrew Garfield) et Garupe (Adam Driver) au cœur de ce Japon hostile au christianisme qui recherche activement ses fidèles pour les pousser à l'apostasie sans quoi ceux-ci sont torturés et exécutés (le fait de tuer au nom de dieu renvoie d'ailleurs de manière assez évidente à ce qu'il se passe de nos jours dans le monde avec l'extrémisme religieux). Le problème c'est que je n'avais pas d'attache particulière avec le personnage de Rodrigues et que Andrew Garfield a de la peine à porter le film à lui seul. Adam Driver n'a finalement qu'un rôle assez secondaire alors que je trouve son personnage bien plus intéressant de par le rapport qu'il a envers sa foi (Liam Neeson apparaît encore moins). Nous sommes donc confrontés aux doutes de Rodrigues face au silence de dieu, ce qui aurait pu être profondément passionnant s'il n'y avait pas certaines lourdeurs pour venir ternir le tableau. 


Une première faute de goût qu'on pourrait reprocher au film est cette voix-off qui intervient à plusieurs moments du film (jusqu'à être carrément remplacée vers la fin) et qui brise du coup ce silence que Scorsese s'est donné la peine de respecter en limitant au maximum la musique extradiégétique. Cette lourdeur dispensable m'a sortie du film à plusieurs moments, heureusement qu'elle se fait plus discrète dans la seconde partie. Un tournant majeur a lieu lorsque Rodrigues contemple son reflet dans l'eau et voit venir s'y superposer le visage de Jésus (séquence d'un goût une nouvelle fois assez douteux, un certain Paul Verhoeven représentait la figure sacrée de Rutger Hauer de manière bien plus subtile dans La Chair et le Sang). Dès ce moment, le film devient plus intéressant mais tombe dans d'autres travers tels ces interminables tunnels de dialogues qui se répètent souvent pour dire la même chose. Le spectateur l'a compris depuis un moment : on est face à un dialogue de sourd entre les bouddhistes et les chrétiens qui ne veulent pas entendre la position de l'un et l'autre.

Il faut reconnaître à Scorsese un effort pour ne pas tomber dans le manichéisme et le discours trop orienté (le personnage de Tadanobu Asano est d'ailleurs intéressant à ce niveau). Cependant, la dernière partie du film me pose un problème à ce niveau-là quand Rodrigues se retrouve malgré lui obligé d'apostasier après avoir enfin retrouvé le père Ferreira (Liam Neeson) qui lui force lui-même la main afin d'épargner la vie de quelques fidèles. On pourrait croire à ce moment-là que Scorsese prend finalement le parti des Japonais afin d'équilibrer la balance mais la mise en scène autour du personnage de Liam Neeson jette le doute sur la sincérité de ses propos, tout comme le plan final annule en quelque sorte tout ce que le film a voulu démontrer dans son dernier acte, rapportant à nouveau la foi à quelque chose de matériel et non plus spirituel.


Plus qu'un film sur la foi, Silence parle plutôt du rapport à la foi et c'est un des aspects les plus intéressants du métrage car tout le monde n'est pas égal face à sa foi, rien que les deux pères l'appréhendent d'une manière différente. Cependant, au final, c'est une certaine forme d'incompréhension qui nous gagne car il est difficile de toujours bien voir où veut en venir Martin Scorsese avec son histoire. Ajoutons encore certains personnages très bizarrement représentés (Issei Ogata est assez ridicule par exemple) et nous obtenons un film qui peine à convaincre totalement sur la durée.

C'est donc un sentiment mitigé qui prédomine avec un déséquilibre entre la forme - splendide - et le fond. L'ampleur du projet amenait certainement à des espoirs trop grands mais il faudra sans doute que je visionne le film de 1971 pour pouvoir situer véritablement le film de Scorsese. Dans tous les cas, c'est un film que je conseille quand même car il faut soutenir ce type de productions (le film a déjà fait un four aux Etats-Unis). Attention toutefois, il faut savoir ce que l'on va regarder car ceux qui ont vu Le Loup de Wall Street seront peut-être pris à contre-pied par le côté bien plus austère de Silence...
A réévaluer, peut-être, d'ici quelques temps.


dimanche 8 janvier 2017

La La Land (2017)

Titre : La La Land

Date de sortie française : 25 janvier 2017

Réalisateur : Damien Chazelle (également scénariste)

Photographie : Linus Sandgren

Montage : Tom Cross

Musique : Justin Hurwitz

Durée : 2h08

Avec : Ryan Gosling, Emma Stone, J.K. Simmons, John Legend, Amiée Conn, Terry Walters, Rosemarie DeWitt




Synopsis Au cœur de Los Angeles, une actrice en devenir prénommée Mia sert des cafés entre deux auditions. De son côté, Sebastian, passionné de jazz, joue du piano dans des clubs miteux pour assurer sa subsistance. 
Tous deux sont bien loin de la vie rêvée à laquelle ils aspirent…
Le destin va réunir ces doux rêveurs, mais leur coup de foudre résistera-t-il aux tentations, aux déceptions, et à la vie trépidante d’Hollywood ? (Source : Allociné)


Mon avis



Fin 2014, Damien Chazelle faisait une entrée fracassante à Hollywood avec son premier long-métrage, Whiplash (sur lequel j'avais déjà écrit un article) qui racontait la lutte d'un jeune joueur de batterie face à un professeur de musique particulièrement tyrannique. Le film avait été un gros succès critique et avait permis à J.K. Simmons de décrocher le Graal lors de la cérémonie des Oscars.

Deux ans plus tard, Chazelle reste dans le monde de la musique (et du jazz plus particulièrement) et revient avec un projet très ambitieux, un musical avec Emma Stone et Ryan Gosling dans les rôles principaux (qui se retrouvent donc pour la troisième fois après Crazy, Stupid, Love et Gangster Squad) qui est vendu comme un hommage à l'âge d'or des films musicaux des années 1960. Le genre étant tombé en désuétude, il est désormais rare de voir un réalisateur se risquer à l'exercice et les bons résultats sont encore plus rares. On se rappelle d'un certain Les Misérables, vraiment médiocre ou plus récemment du Jersey Boys de Clint Eastwood que je n'ai pas vu mais qui avait reçu d'assez mauvais retours.

Tout ça pour dire que le jeune réalisateur était attendu au tournant et après l'accueil dithyrambique qu'a reçu le film à la Mostra de Venise j'avais placé de grands espoirs en La La Land et autant mettre fin au suspense tout de suite : j'ai adoré !


Le film s'ouvre à la manière de Whiplash, sur un plan-séquence : une scène musicale sur une autoroute impressionnante de maîtrise et qui risque fortement de rester dans les mémoires. Le ton est tout de suite donné, nous avons un grand film sous les yeux !
Damien Chazelle nous démontre une fois de plus son sens du visuel, c'est toujours très beau, souvent magnifique et on peut déjà apercevoir chez le réalisateur certains "tics" de mise en scène comme les panoramiques très rapides qu'il utilisait déjà dans la scène finale de Whiplash et qu'il magnifie ici ou les gros plans sur les musiciens et leurs instruments (le piano bien sûr mais également la batterie, le saxophone) filmés avec amour en grand passionné de musique qu'est Chazelle.

Le cinéaste démontrait déjà un grand talent de mise en scène dans Whiplash et le montage était extrêmement maîtrisé, tant que ça en devenait un film de sport (on pourrait faire le rapprochement avec un film de boxe) plus qu'un film de musique. Cependant, là où Whiplash avait un rythme effréné, La La Land fait durer ses plans, notamment les chansons qui sont très souvent en plans-séquence et qui se renouvellent continuellement.

Les musiques, parlons-en d'ailleurs. Un bon film musical se doit d'avoir des compositions solides mais il faut également que celles-ci soient bien interprétées (ce qui faisait grandement défaut dans Les Misérables). Le choix de Emma Stone et Ryan Gosling porte ici ses fruits, la première ayant déjà démontré ses talents de chanteuse tandis que Gosling est membre d'un groupe de rock.
Les différentes chansons sont sublimement interprétées par l'un comme par l'autre (épaulés en plus par John Legend), mention spéciale à une scène d'audition avec Emma Stone qui a provoqué chez moi une réaction rarissime, j'ai pleuré pour la première fois depuis bien longtemps !
Et là je me permets un petit encart personnel en déclarant une nouvelle fois ma flamme à Emma Stone qui n'a été dirigée de la sorte que chez Woody Allen. Son regard et son jeu sont d'un magnétisme rare.


Comme dit plus haut, La La Land est un hommage aux grandes comédies musicales des années 50-60. On pense bien évidemment à Jacques Demy (notamment avec ce couple qui rappelle sous certains aspects celui des Parapluies de Cherbourg) mais également à Coup de Coeur de Coppola, film très peu connu du cinéaste et dont La La Land pourrait presque être vu comme un remake. Il faut de ce fait accorder à Damien Chazelle une certaine audace car ce sont des références qui se font rares de nos jours sur grand écran.

Outre l'hommage musical, le film est également un hommage au point de vue de la réalisation, Chazelle voulait en faire un vrai film musical de l'âge d'or : ceci nécessitait donc de tourner les séquences musicales en plan-séquence, exercice difficile de surcroît et pour les acteurs également.
Ryan Gosling a notamment dû apprendre à jouer au piano sans aucune fausse note pendant la durée d'une séquence entière et le résultat est vraiment très crédible, impressionnant même !
On pourra aussi noter une utilisation très bien sentie du Cinémascope dans son format original original (2.55), signe que Damien Chazelle n'a décidément rien laissé au hasard.

Difficile donc de trouver des défauts au nouveau bijou du jeune cinéaste mais en creusant un peu, on remarquera que le film présente finalement le même défaut que Whiplash, c'est-à-dire que les scènes qui ne sont pas chantées, censées donner un fil conducteur à l'histoire en plus de développer les personnages, ne sont pas vraiment intéressantes et elles souffrent clairement de la comparaison par rapport à la maestria de tout le reste. C'est ce qu'il manque encore à Damien Chazelle pour obtenir le chef-d'oeuvre absolu, une plus grande homogénéité dans son écriture. Vu son jeune âge et l'avenir radieux qui lui est promis, nul doute qu'il arrivera à corriger ça, cela n'empêche en tout cas en rien La La Land d'être un grand film.


L'essai est donc transformé pour Damien Chazelle qui nous livre un film ambitieux dans un genre qui se fait rare sur grand écran. Porté par deux acteurs dont l'alchimie à l'écran fait des merveilles et touchants comme rarement, La La Land est un vrai plaisir de cinéma, un régal pour les yeux et les oreilles. Surtout, le film est un grand bol d'air frais à l'heure des remakes et suites formatées à toutes les sauces que nous sert Hollywood.

Déjà cité parmi les favoris des prochains Oscars (Emma Stone également) et acclamé par la critique, le film a de grandes chances de profiter d'un gros buzz positif et espérons que le succès au box-office soit présent, ça encouragera peut-être d'autres réalisateurs à tenter l'expérience d'un genre qui mérite de perdurer car Damien Chazelle a prouvé qu'on pouvait encore en faire de très belles choses.



jeudi 5 janvier 2017

Tops/Flops 2016


2016 est mort, vive 2016 ! Une année de cinéma assez riche quoi qu'on en dise et il est temps, comme d'accoutumée de revenir sur le meilleur et le pire de ce qu'il s'est fait l'an passé dans les salles sombres.
Cette liste se base sur 72 films que j'ai pu voir en 2016 (au cinéma ou non), gardez bien à l'esprit que je n'ai pas pu tout voir, je suis peut-être passé à côté de perles qui auraient mérité leur place dans le top (ou le flop ne sait-on jamais !) mais il y a bien un moment où il faut finaliser le classement.

Top 10


1. La Tortue rouge (Michael Dudok de Wit)


Il aura été très difficile de départager les deux premières places mais j'ai finalement opté pour le premier long-métrage de Michael Dudok de Wit, un film d'une beauté incommensurable qui m'aura ému comme rarement.





Mon avis détaillé figure par ici (il faut scroller un peu).












2. Elle (Paul Verhoeven)


Le grand retour du hollandais violent, en France qui plus est, est marqué par ce thriller malsain au possible. Débutant comme un rape and revenge, le film prend très vite un tournant inattendu où Paul Verhoeven s'amuse, comme à son habitude, à jouer avec les genres, à les esquisser pour mieux les détourner. Au final il nous délivre un film nous faisant passer par tous les états d'âme, violent et dont il est difficile de ressortir indemne.




Mon avis détaillé se trouve ici.










3. The Neon Demon (Nicolas Winding Refn)


Quelle claque celui-ci ! Encore plus après un Only God Forgives qui m'avait complètement laissé sur le carreau. The Neon Demon est un trip visuel et auditif absolu, sorte de film méta sur la propre carrière de son auteur et de sa relation avec les fans et la critique depuis le succès monstre de Drive. Une expérience inoubliable au cinéma.




Mon avis détaillé se trouve ici.











4. The Revenant (Alejandro González Inárritu)


Un des premiers coups de cœur de l'année 2016, le film de Alejandro Inárritu est un western-survival viscéral, froid, magistralement mis en scène et doté d'une photo à tomber par terre !






Mon avis détaillé se trouve ici.











5. Ma Vie de Courgette (Claude Barras)


Petite fierté du classement, le film du valaisan Claude Barras a énormément fait parler de lui en Suisse mais également dans les nombreux festivals où il a été projeté. Film très court (1h05) mais extrêmement touchant de par sa manière dont il aborde l'enfance difficile, Ma Vie de Courgette prouve que c'était décidément une très bonne année pour le cinéma d'animation !



Mon avis détaillé se trouve ici.










6. Jodorowsky's Dune (Frank Pavich)


Un formidable documentaire qui retrace comment nous sommes potentiellement passés à côté du plus grand film de science-fiction de tous les temps. Jodorowsky's Dune est non seulement extrêmement intéressant mais formidablement réalisé avec plein d'anecdotes sur la genèse de l'adaptation de Dune par Alejandro Jodorowsky qui sera finalement annulée en raison de l'ambition jugée démesurée de celui-ci. Une vraie pépite !
















7. La Loi de la jungle (Antonin Peretjatko)


Véritable merveille de comédie absurde, La loi de la jungle est un extraordinaire vent frais qui souffle sur le genre de la comédie française bien trop souvent réduit aux productions sans idées de Dany Boon et consorts.
Envoyé en Guyane afin d'approuver la construction d'une piste de ski couverte (ça ne s'invente pas !), un stagiaire (Vincent Macaigne, superbe) va se perdre dans la jungle en compagnie d'une jeune femme (une magnifique Vimala Pons qui s'affirme de plus en plus comme l'une des actrices les plus douées de sa génération). Le film est très drôle mais également touchant, le couple fonctionne à la perfection et il y a quelques grand moments. A regarder de toute urgence pour ceux qui seraient passés à côté !












8. Premier Contact (Denis Villeneuve)


Que dire sur Premier Contact qui ne l'a pas déjà été ? Denis Villeneuve, un an après le superbe Sicario, nous livre à nouveau un film d'une maîtrise folle. Fresque intimiste de science-fiction d'une grande beauté, le film est un appel à la découverte et la compréhension de l'autre et s'ouvre à plusieurs interprétations. Vivement Blade Runner 2049 !




Mon avis détaillé se trouve sur la page Facebook.











9. Les Huit Salopards (Quentin Tarantino)


Le pari de Quentin Tarantino était risqué : tourner un western en huis-clos en 70 mm et dans un format si large pouvait s'avérer vraiment casse gueule mais c'était sans compter sur la maîtrise et l'amour du réalisateur pour son art. Les Huit Salopards est une véritable oeuvre, peut-être la plus impressionnante cinématographiquement parlant que nous ayons pu voir cette année. Tarantino s'en donne à coeur joie d'enfermer tous ces personnages sans aucune confiance l'un envers l'autre dans cette mercerie, pour un final évidemment très tarantinesque. Peut-être pas le Tarantino le plus intéressant et le plus fin dans son écriture mais clairement un des plus solides visuellement.



Mon avis détaillé se trouve ici.









10. Toni Erdmann (Maren Ade)


Sensation du dernier Festival de Cannes, Toni Erdmann est lui aussi un objet filmique intriguant. Tournant autour de la relation tendue entre un père et sa fille, le film de la réalisatrice allemande Maren Ade est, à l'instar de La loi de la Jungle, une bouffée d'air frais dans un paysage cinématographique de plus en plus formaté. A la fois drôle triste, le film contient certainement un de mes plus grands moments de cinéma en 2016 avec la séquence d'anniversaire, avis aux curieux !



Mon avis détaillé se trouve ici.











Je me permets aussi quelques mentions spéciales qui ont loupé ce top de très peu : Saint-Amour (Benoît Delépine et Gustave Kervern), Sully (Clint Eastwood), 13 Hours (Michael Bay), Green Room (Jeremy Saulnier) et The Assassin (Hou Hsiao-Hsien), la claque esthétique de l'année.


Flop 10



1. Warcraft : Le Commencement (Duncan Jones)


L'étron en or de 2016 ! En plus d'être une énième adaptation ratée de jeu-vidéo, Warcraft échoue dans tout ce qu'il entreprend. Moche à en vomir, intrigue à dormir debout, personnages chiants comme la pluie et terriblement mal joué. Rien n'est réussi, on ne croit pas une seule seconde ce qu'il se passe à l'écran parce que faut pas déconner mais voir des orques numériques qui se battent dans des décors en numérique c'est loin, très loin de me faire bander !




Mon avis détaillé se trouve par ici (à nouveau il faut scroller un peu).








2. Captain America : Civil War (Joe et Anthony Russo)


Captain America : Le Soldat de l'Hiver était déjà un des pires films de 2014, sa suite ne relève pas le niveau, loin de là. Sorte de Avengers 2.5, le film nous raconte la "guerre civile" (comprenez 12 péquenauds qui se tapent dessus en s'excusant de se faire mal) entre les Avengers juste car ils n'ont pas trouvé d'autre moyen de régler leur différend.
Entre idéologie douteuse (Captain America ne veut pas qu'on stoppe ses élans interventionnistes, typiquement américain), combats illisibles (mais bon paraît que c'est trop cool), photographie inexistante et j'en passe, Captain America : Civil War est l'exemple même du film sans aucune idée de cinéma, à l'image des frères Russo, piètres yes-men que Kevin Feige et sa clique peuvent dresser à leur guise.


Mon avis détaillé se trouve ici.







3. Suicide Squad (David Ayer)


Certainement le plus gros gâchis de l'année. Alors qu'il venait de réaliser le très bon Fury, David Ayer prenait les rênes de Suicide Squad qui avait du coup le mérite d'attiser une certaine curiosité. Vendu tout d'abord comme un film sombre, dans la lignée de Batman V Superman, la Warner a très vite rétropédalé en voyant les critiques négatives à l'égard de ce dernier et la promotion de Suicide Squad s'est transformée en quelque chose se voulant fun (style Gardiens de la Galaxie) avec des couleurs flashy partout. Des reshoots ont eu lieu, le montage a été effectué par l'équipe en charge des bandes-annonces (!) pour un résultat calamiteux sous tous ses aspects. Personnages introduits n'importe comment, montage complètement à la ramasse, musique en mode "playlist spotify" (sans aucun rapport avec ce qu'il se passe à l'écran donc), casting mal dirigé, un Jared Leto ridicule en Joker, une esthétique souvent douteuse...Bref un fiasco total !









4. La 5ème Vague (Jonathan Blakeson)


Nouvelle adaptation insupportable de "littérature" jeunesse, La 5ème Vague est un amoncellement de tous les clichés du genre : personnages qui prennent systématiquement les mauvaises décisions, triangle amoureux, intrigue écrite par un gosse de 11 ans. Laissez le cinéma en paix s'il-vous plaît !




Mon avis détaillé se trouve par ici.












5. Assassin's Creed (Justin Kurzel)


Oh tiens, une adaptation de jeu-vidéo ! Assassin's Creed était une adaptation dans les petits papiers d'Ubisoft depuis quelques temps maintenant mais ils auraient pu très largement s'en passer. Le film est inintéressant au possible, j'ai cru véritablement mourir d'ennui à plusieurs moments dans le film. Les séquences dans le présent sont d'une banalité totale (et elles représentent au moins le 70% du film !) et celles dans le passé sont presque uniquement consacrées à de l'action filmée n'importe comment par ce pauvre Justin Kurzel qui démontre une nouvelle fois à quel point un réalisateur intéressant peut se faire détruire par la machine hollywoodienne.



Mon avis détaillé se trouve sur la page Facebook.









6. Hardcore Henry (Ilya Naishuller)


Fausse bonne idée par excellence, Harcore Henry est complètement raté. Le film donne rapidement mal à la tête, le scénario est complètement anecdotique et on se retrouve une nouvelle fois avec des musiques en mode jukebox (décidément c'est la tendance). Pourquoi avoir fait ça sérieusement ? Entre les adaptations de jeu-vidéo foireuses et les films qui se prennent pour des jeux-vidéo on est vraiment pas sortis de l'auberge.















7. S.O.S. Fantômes (Paul Feig)


Pourquoi ?
Pourquoi faire ça ? L'idée de faire un troisième S.O.S. Fantômes existait depuis longtemps mais pourquoi diable rebooter entièrement la franchise avec un casting féminin ? Je n'ai rien contre l'idée en soi mais quand on voit le résultat ça ressemble plus à une vengeance vicieuse tant les personnages masculins sont méprisés dans celui-ci (ils sont soit débiles soit de gros connards alors que le premier film avait le mérite d'avoir une femme forte en la personne de Sigourney Weaver).
Et en plus on doit se taper un humour hyper lourdingue pendant 2h, qu'a-t-on fait pour mériter ça ?












8. Insaisissables 2 (Jon M. Chu)


Insaisissables 2 c'est le premier mais en pire ! Tours de magie made in CGI, ficelles scénaristiques en veux-tu en voilà, explications des tours complètement foireuses (t'as pas compris ? Ta gueule c'est magique !), un casting en roue libre total. A un moment il faudrait peut-être arrêter de prendre les spectateurs pour des cons non ?




Mon avis détaillé se trouve par ici.












9. Danish Girl (Tom Hooper)


La belle daube à Oscars pour faire pleurer dans les chaumières est là ! Infâme biopic rempli de pathos, réalisé par un filmeur de tapisseries et avec un Eddie Redmayne plus insupportable que jamais avec ses mimiques ("Donnez-moi l'Oscar siouplé !"), Danish Girl c'est le film typique que je ne supporte pas, fait uniquement pour plaire à l'Académie, j'appelle ça de la prostitution moi !
Heureusement que Alicia Vikander est là pour sauver le film du naufrage total.



Mon avis détaillé se trouve par ici.











10. Tarzan (David Yates)


C'est quand même fou que l'énième adaptation d'une histoire telle que Tarzan qui se passe dans la jungle se fasse battre à pleines coutures par un certain La loi de la jungle, pourtant c'est le cas !
Ce Tarzan de David Yates est une horreur visuellement, les animaux sont en numérique, la jungle est en numérique (Jon Favreau le réussissait beaucoup mieux dans Le Livre de la Jungle). En plus ça se prend hyper au sérieux cette connerie, on a Alexander Skarsgard qui joue un des pires Tarzan possible (qui lance des regards très méchants car il est très énervé), Christoph Waltz qui fait du Christoph Waltz, c'est chiant au possible et totalement inintéressant.












Voilà donc pour ces tops/flops de l'année 2016. Si vous voulez mon classement intégral de tous les films que j'ai pu visionner l'année dernière, je vous invite à vous rendre sur ma liste Senscritique (en plus les films sont notés, c'est pas beau ça ?).

Maintenant cap sur 2017 avec je l'espère de grandes émotions dans les salles !

dimanche 25 décembre 2016

Rogue One : A Star Wars Story (2016)

Titre : Rogue One: A Star Wars Story

Date de sortie française : 14 décembre 2016

Réalisateur : Gareth Edwards

Scénario : Chris Weitz et Tony Gilroy, d'après une histoire de John Knoll et Gary Whitta. Basé sur les personnages créés par George Lucas

Photographie : Greig Fraser

Montage : John Gilroy, Colin Goudie et Jabez Olssen

Musique: Michael Giacchino

Durée : 2h14

Avec : Felicity Jones, Diego Luna, Alan Tudyk, Donnie Yen, Wen Jiang, Ben Mendelsohn, Forest Whitaker, Riz Ahmed, Mads Mikkelsen, Jimmy Smits

Synopsis Dans une période de guerre civile, les populations doivent faire face à la nouvelle arme de l'Empire galactique, l'Étoile de la mort. Cette nouvelle arme fait également office de base militaire, elle est capable d'anéantir des planètes entières. Un groupe de résistants s'unit pour en voler les plans. Agissant pour le compte de l'Alliance rebelle, une jeune femme solitaire (Jyn Erso) est chargée de cette mission-suicide, aidée par son coéquipier (le capitaine Cassian Andor) et par une équipe de mercenaires ainsi que par un ancien droïde impérial. Leur périple les conduira sur différentes planètes comme Jedha, une planète ayant abrité les premiers adeptes de la Force ou encore la planète tropicale Scarif, contrôlée par l'Empire et disposant d'une installation militaire importante. En chemin, ils seront confrontés aux forces impériales, équipées d'immenses véhicules terrestres (AT-ACT) et de vaisseaux spatiaux. Sous les ordres directs du cruel directeur Orson Krennic qui contrôle la mise en place de l'Étoile de la mort, les stormtroopers impériaux, les Shoretroopers et les Death troopers doivent à tout prix repousser les rebelles. Le terrible Dark Vador supervise en effet de près les opérations. (Source : Wikipédia)


Mon avis


ATTENTION : Cet article contient de légers spoilers !

Avec le rachat de Lucasfilm par Disney, la folie Star Wars est repartie de plus belle grâce à (à cause de ?) la marvelisation subie par la franchise qui aura désormais droit à un nouvel épisode principal tous les deux ans, entrecoupé de spin-off qui sortiront entre deux films de la nouvelle trilogie.
"Au cours de la bataille, les Rebelles ont réussi à dérober les plans secrets de l'arme absolue de l'Empire: l'ETOILE NOIRE, une station spatiale dotée d'un armement assez puissant pour annihiler une planète tout entière". C'est sur cette simple phrase contenue dans le célébrissime texte déroulant du premier Star Wars qu'est basé toute l'histoire de ce premier A Star Wars Story, à savoir les péripéties de Jyn Erso (Felicity Jones) et plusieurs autres membres de la Rébellion pour voler les fameux plans de l'étoile Noire qui était au centre de Un Nouvel Espoir.

Un an après le médiocre Episode VII tellement enfermé dans son fan-service qu'il en oubliait de faire quelque chose de véritablement original et intéressant, l'arrivée de Gareth Edwards sur le projet était à la fois enthousiasmant et inquiétant. Enthousiasmant car Edwards est l'auteur de l'excellent Monsters, film de science-fiction a très petit budget qui avait charmé par sa beauté et son traitement des personnages. Inquiétant parce que ce même Edwards s'est fait totalement saboter sur son Godzilla qui avait été une très grosse déception et que de le voir à nouveau à la tête d'un projet où il n'avait que peu de chances de pouvoir imposer totalement son style n'était pas forcément rassurant.


On le sait, la genèse de Rogue One : A Star Wars Story a été très chaotique, le film ayant dû subir de nombreux reshoots (on parle de 40% !) après une première version n'ayant apparemment pas du tout plu à Disney. C'est le médiocre Tony Gilroy qui s'est occupé de ces reshoots (tandis que son frère John s'est occupé du montage) alors qu'il avait déjà effectué le même travail sur Godzilla. Le problème, c'est que tous ces soucis ne pouvaient pas aboutir à un bon film et se ressentent tout au long de celui-ci tant il est schizophrène. Ainsi, la première partie (une interminable exposition) doit fait partie de ce qui se fait de pire au niveau de la gestion du rythme. Une si longue exposition pour finalement n'avoir aucun véritable approfondissement des personnages relève clairement d'un gros problème d'écriture car oui, les personnages de Rogue One sont tous plus insipides les uns que les autres, un comble pour une franchise qui a toujours eu son lot de personnages emblématiques et charismatiques.
Le problème des protagonistes de Rogue One, c'est qu'il sont uniquement fonctionnels, il n'y pas de réel développement ce qui limite toute empathie à leur égard. Ceci fait que la disparition de ceux-ci (car le film est très meurtrier à ce niveau-là) ne provoque aucune émotion particulière.

Une fois passé cette première partie extrêmement pénible (difficile de garder l’œil ouvert), le film commence enfin et prend déjà un peu plus d'ampleur. Ce n'est véritablement que lors de la grande bataille finale que Gareth Edwards peut enfin montrer l'étendue de sa mise en scène. Alors ce n'est pas non plus quelque chose d'exceptionnel mais l'idée de filmer cette fameuse bataille sur plusieurs plans (en orbite, sur les plages et dans la tour où sont situés les plans de l'Étoile noire) est plutôt bonne car elle donne une véritable sensation de vertige par moments. Cette seconde partie du film est également plus intéressante car ça devient alors une vraie "guerre des étoiles" mais dans le style de Edwards, caméra à l'épaule et le plus souvent proche des personnages mais en gardant tout de même une certaine pudeur à leur égard.


Ce dernier acte est aussi l'occasion pour Gareth Edwards d'aborder certaines des thématiques dont il est accoutumé comme la peur d'une catastrophe nucléaire. Les séquences où l'Étoile Noire envoie son rayon sont assez parlantes à ce niveau-là, il y a d'ailleurs un très beau plan vers la fin du film où l'onde de choc se rapproche de Jyl et Cassian au loin. Malheureusement, cette séquence n'a quasiment aucun impact émotionnel à cause, une nouvelle fois, du manque total d'empathie envers les personnages.

C'est d'autant plus pénalisant que les enjeux du film sont déjà connus par quiconque ayant vu Un Nouvel Espoir au moins une fois dans sa vie. C'est-à-dire que le ce spin-off aurait tout gagné à déplacer ses enjeux du côté de ses personnages en les approfondissant bien plus que ce n'est le cas. Il y a des tentatives intéressantes comme le personnage incarné par Donnie Yen qui apporte sa maîtrise des arts martiaux à la franchise mais qui n'est pas assez exploité pour être vraiment marquant (en plus d'être assez insupportable à répéter tout le temps la même chose). L'idée d'avoir un véritable commando suicide est aussi bonne mais sans personnages attachants ça perd un peu de son intérêt.
Le personnage le plus réussi est finalement Dark Vador malgré son temps de présence à l'écran très limité mais son aura est telle qu'il vole sans trop de problème la vedette aux autres protagonistes. C'est notamment le Seigneur Sith qui aura droit à la meilleure séquence du film, très tournée vers le fan-service certes, mais vraiment réussie.


On pourra regretter aussi que Michael Giacchino (qui a remplacé au pied levé Alexandre Desplat parti en cours de production) n'ait eu qu'un peu plus de 4 semaines pour composer les musiques du film, tant celles-ci manquent d'envergures et restent trop prisonnière de l'aura de John Williams, sans jamais réussir à les transcender. A nouveau, la production chaotique se ressent sur la qualité du travail car on ne peut pas décemment demander des merveilles à un compositeur en si peu de temps.

C'est là toute la tragédie de Rogue One: A Star Wars Story : un film avec énormément de potentiel qui aurait pu s'imposer comme l'un des meilleurs épisodes de son illustre franchise mais qui pèche par de trop nombreux problèmes : une exposition interminable, des personnages transparents, des choix douteux (le nouveau robot-droïde censé être le comic relief de l'histoire)...
Pourtant, il serait difficile d'en vouloir à Gareth Edwards qui a été dépossédé de son film et dont la seule faute serait, en étant un poil cynique, d'avoir accepté le projet. Les moments où sa réalisation parvient enfin à s'exprimer contiennent de très bonnes choses et permettent tout de même au film de se placer dans la moyenne plutôt haute des blockbusters de cette année (assez abominable pour le genre) et également au-dessus de l'Episode VII et son fan-service incessant.

Maintenant, ce serait bien que Kathleen Kennedy et les exécutifs de chez Disney accorde plus de confiance à leurs réalisateurs car en prendre des prometteurs pour ensuite les brider totalement n'est pas une démarche vraiment plus glorieuse que de prendre un yes-man qui vous obéira au doigt et à l’œil...


jeudi 15 décembre 2016

(Re)visionnages récents - 5


X-Men: Days of Future Past, the Rogue Cut (2015) - Bryan Singer


Alors que j'avais déjà adoré Days of Future Past lors de sa sortie au cinéma en 2014, je n'avais pas encore eu l'occasion de regarder la Rogue Cut, montage alternatif avec une durée augmentée de 17 minutes qui présente le film tel que Bryan Singer l'avait pensé à l'origine.
Comme son nom le laisse présager, cette version alternative met le personnage de Malicia (Anna Paquin) bien plus en avant que la version cinéma dans laquelle elle n'apparaissait qu'en tant que caméo à la toute fin.
La principale différence avec le montage d'origine est l'inclusion de deux séquences inédites : l'une présente un dialogue pas forcément intéressant entre Mystique (Jennifer Lawrence) et le Fauve (Nicholas Hoult). Par contre, toute la séquence inédite du sauvetage de Malicia permet à Singer de se faire vraiment plaisir en proposant un montage alterné entre Magnéto vieux (Ian McKellen) qui s'infiltre dans le manoir avant d'échapper aux Sentinelles et son homologue jeune (Michael Fassbender) qui s'en va récupérer son casque.
La séquence avec Fassbender était déjà présente dans la version cinéma mais le nouveau montage fait gagner toute la scène en rythme, en plus de la réalisation toujours maîtrisée de Bryan Singer.
Je dois dire que cette version Rogue Cut me conforte dans mon idée que Days of Future Past est sans aucun doute le meilleur film de super-héros depuis Watchmen. La vision d'auteur que Singer injecte dans ses films fait vraiment du bien au milieu de la masse informe de blockbusters super-héroïques qu'on nous balance à la figure actuellement. Des séquences comme celle des portails ou de Quicksilver j'en redemande, et je veux que ce soit un type comme Bryan Singer, qui sait filmer l'action sans jamais tomber dans l'exagération, qui me l'apporte.


Pusher (1996) - Nicolas Winding Refn


Depuis le triomphe de Drive, chaque film de Nicolas Winding Refn est attendu au moins autant qu'il divise à sa sortie. Son esthétisme à outrance charme les uns et à tendance à en agacer d'autres. Pourtant, à ses débuts, le cinéma de Refn n'était pas encore exactement celui que l'on connaît aujourd'hui, même si on pouvait déjà y déceler certains signes précurseurs.
Ayant de grosses lacunes dans la filmographie du cinéaste, je me suis lancé plein d'enthousiasme dans son premier film, Pusher, premier volet d'une trilogie extrêmement appréciée des cinéphiles.
Et il faut dire que c'est une petite claque ! Filmé intégralement en caméra à l'épaule, Refn nous emmène au cœur du quotidien d'un trafiquant de stupéfiants à Copenhague. Étalé sur une durée de une semaine, le film est magnifiquement bien rythmé et embelli par la réalisation de Refn et ses très longs plans, on a peut-être là le meilleur long-métrage jamais tourné en caméra-épaule, rien que ça ! Comme je l'ai dit, on y voit déjà apparaître certains éléments visuels qui deviendront si chers au cinéaste par la suite, particulièrement cette attirance pour les néons et les lumières très vives (beaucoup de scènes se passent dans des bars ou des boites de nuit illuminées de toutes parts) qui contrastent avec la grisaille extérieure de la capitale danoise.
Il y a aussi ce casting de "gueules" : Mads Mikkelsen bien entendu mais surtout Kim Bodnia qu'on ne lâchera pratiquement pas d'une semelle durant ses péripéties. Un gros tour de force pour un premier film !


Pusher 2 : Du sang sur les mains (2004) - Nicolas Winding Refn


Essai transformé pour Nicolas Winding Refn ! Après l'échec cuisant enregistré par Inside Job, sa première réalisation en langue anglaise avec John Turturro, le réalisateur danois revient dans son pays natal pour faire une suite à son premier film. Pusher 2 se concentre cette fois-ci sur le personnage de Tonny (Mads Mikkelsen), l'ami du protagoniste principal du premier Pusher, qui vient de sortir de prison et qui retourne chercher du boulot auprès de son père, un gangster sans scrupules.
Si je parle d'essai transformé, c'est que le film réussi la prouesse d'être au niveau du premier alors que NWR lui-même avait peur de ternir le succès de son premier film. L'histoire est à nouveau racontée du point de vue du personnage principal avec cette incroyable caméra à l'épaule hyper dynamique qui permet, comme dans Pusher premier du nom, de maintenir un rythme effréné tout du long. C'est simple, jamais on ne s'ennuie, il se passe toujours quelque chose alors que l'on suit Tonny dans cette Copenhague froide, toujours représentée de manière très peu accueillante par Refn.
Si Inside Job prenait à contre-pied ce qu'il avait fait jusque là avec un rythme très lent des des plans très fixes (à se demander parfois s'il s'agissait bien du même réalisateur que Pusher et Bleeder), Refn revient ici à ses premiers amours avec toujours cette attirance pour les ambiances nocturnes et les lumières rouges (ça doit d'ailleurs être son film qui en contenait le plus jusque là), il imprime de ce fait sa patte si particulière sur le métrage et augure déjà un peu le tournant ultra esthétique que prendra sa carrière quelques années plus tard. Un grand film !


Pusher 3 : L'ange de la mort (2006) - Nicolas Winding Refn


Pour conclure sa trilogie, Nicolas Winding Refn décide cette fois-ci de suivre un des personnages secondaire des deux premiers volets, Milo (Zlatko Buric), un baron de la drogue serbe qui doit s'occuper d'organiser l'anniversaire de sa fille qui fête ses 25 ans.
Comme les deux premiers Pusher, l'histoire tourne autour du trafic de stupéfiants à Copenhague avec une réalisation toujours aussi maîtrisé caméra-épaule de Refn (ce sera d'ailleurs son dernier film à être tourné de façon aussi nerveuse).
Le film est clairement le moins bon des 3, principalement parce que le personnage principal souffre un peu de la comparaison avec Kim Bodnia et, surtout, Mads Mikkelsen. Alors certes il a de la présence en raison de sa carrure, mais il en imposait clairement plus quand il était un personnage secondaire, surtout dans le premier. Après ça reste très bon, Refn a le mérite d'avoir fait 3 films très semblables formellement parlant mais avec à chaque fois un autre personnage au centre de son histoire (là où, de nos jours, les trilogies suivent généralement le parcours d'un unique protagoniste principal).
Si l'attirance de Refn pour les personnages déviants n'est pas sans rappeler un certain Martin Scorsese, la froideur avec laquelle celui-ci filme Copenhague lorgne plutôt du côté de chez Kubrick (qui sera d'ailleurs son influence principale pour Bronson). Avec sa trilogie, le cinéaste danois s'est pourtant forgé son propre style, qu'il tournera de plus en plus vers l'ultra-esthétisme par la suite.


Midnight Special (2016) - Jeff Nichols


Alors que je l'attendais avec une grande impatience, Midnight Special n'a jamais daigné montrer le bout de son nez dans les salles romandes. Ayant enfin eu l'occasion de le voir, je peux enfin donner mon avis sur la première plongée de Jeff Nichols dans la science-fiction.
Si j'ai moins apprécié dans l'ensemble que Take Shelter qui est pour l'instant mon Nichols préféré, le réalisateur nous livre ici un très bon film de science-fiction, très spielbergien et avec toujours ce petit soupçon de Malick que le réalisateur arkansasais aime tant. Comme souvent chez Nichols, le film nous plonge directement dans le feu de l'action : on ne sait pas vraiment où on est, qui est ce jeune garçon, on sait juste que lui et son père biologique sont poursuivis par la police pour enlèvement.
Là où bon nombre de gros films de science-fiction actuels tentent par tous les moyens de nous en mettre plein la vue, Midnight Special a le mérite de ne pas trop en montrer jusqu'à la toute fin. On ne sait pas vraiment d'où proviennent les pouvoirs du gamin et quelle est véritablement sa missions.
Mais surtout, c'est beau, c'est très beau même, comme on en a pris l'habitude avec Jeff Nichols. Certains plans aériens notamment m'ont vraiment soufflé, tout comme la partie finale, très impressionnante mais que j'ai également trouvé très poétique.
Je retiens aussi une excellente bande-son qui accompagne très bien la tension (car il y en a, encore une chose que le réalisateur maîtrise bien).
Je reprocherais au film au défaut en particulier, c'est un problème de rythme vers le début du film, les premières scènes avec Adam Driver notamment (alors qu'il est très bon, là n'est pas le souci) qui ne font pas vraiment avancer l'histoire.
Midnight Special est de nouveau une réussite pour Jeff Nichols qui nous livre un film de science-fiction se recentrant sur l'essentiel : la cellule familiale et l'amour d'un père pour son enfant...De quoi attendre avec une certaine impatience Loving, le prochain film du réalisateur qui a d'ailleurs déjà été présenté à Cannes cette année.


Zootopie (2016) - Byron Howard, Rich Moore & Jared Bush


Gros carton de ce début d'année, Zootopie était intéressant sur le papier car il marquait le retour de Disney à un genre qui a donné naissance à de très grands films : l'anthropomorphisme.
La seule bande-annonce (qui était plutôt un extrait) que j'avais vu, avec le paresseux m'avait bien fait sourire et j'étais donc curieux de voir le résultat final.
Finalement, le film est un peu à l'image de ce que fait Disney depuis quelques années : c'est beau, c'est plutôt sympa mais ça reste très classique !
On suit en effet le parcours le Judy, premier lapin à intégrer le service de police de la ville de Zootopie où ne vivent que des animaux. Elle va devoir prouver sa valeur et va vite se retrouver confronter à une histoire d'enlèvement et d'animaux qui deviennent enragés (les prédateurs), elle va donc s'attacher les services de Nick, un renard spécialisé dans les arnaques (et dont le design m'a beaucoup fait penser à Fantastic Mr. Fox) pour résoudre cette affaire.
Et le problème, c'est justement que le métrage suive un schéma totalement classique d'enquête policière où au final, des personnages présentés comme gentils vont finalement s'avérer être de grands méchants.
Surtout que, arrivé à la fin du film, pas grand chose n'a changé, tout le monde se retrouve pour danser sur du Shakira mais il n'y a pas de réelle remise en question (principalement concernant le travail de la police ou de cette "utopie" qui n'en est pas vraiment une).
A la fin je me suis donc retrouvé à me dire "meh", c'est certes très solide techniquement et la direction artistique a un charme certain, mais je n'ai pas eu l'impression d'avoir vraiment quelque chose de neuf devant les yeux et c'est vraiment dommage.


Une histoire vraie (1999) - David Lynch


Finissant petit à petit la filmographie de David Lynch, il me restait un film que je n'avais pas encore vu de lui, celui relatant l'histoire vraie (comme le titre pouvait potentiellement mettre la puce à l'oreille) d'un vieillard de 73 ans qui va parcourir plus de 550km au volant d'une tondeuse à gazon pour aller rendre visite à son frère qui a été victime d'un infarctus.
Je n'en attendais pas grand chose pour tout dire, je savais que c'était un film passablement éloigné du style très torturé du cinéaste et beaucoup plus accessible qu'un Lost Highway ou un Mulholland Drive pour ne citer qu'eux.
Eh bien quel coup de coeur ça a été ! Lynch nous livre ici un magnifique road-trip, assez extravagant vu le moyen de locomotion utilisé par Alvin Straight mais d'une beauté sans pareil.
Je ne m'étais jamais attaché autant rapidement à un personnage, il faut dire que Richard Farnsworth livre une prestation incroyable de justesse en faisant passer énormément d'émotion par son regard. Plusieurs fois j'ai eu la larme à l'oeil en voyant Alvin croiser sur sa route différentes personnes à qui il raconte sa vie, ses bonheurs mais également ses malheurs, sans que jamais il ne soit jugé de telle ou telle manière. Le tout est agrémenté de la magnifique musique de Angelo Badalamenti qui souligne à merveille l'ambiance très mélancolique qui se dégage de cette virée parmi ces paysages si sublimement mis en avant par David Lynch.
Une histoire vraie est un film très simple dans sa forme mais avec un gros travail de fond derrière. Si jusqu'alors, Blue Velvet avait ma préférence dans la filmographie de Lynch, celui-ci vient de se faire chiper sa place par ce pur morceau de cinéma, ce pur morceau de beauté. Un chef-d'oeuvre !


Holy Motors (2012) - Leos Carax


Difficile de parler d'un tel film, tant son étrangeté risque d'en laisser pas mal sur le carreau. Ne connaissant pas Leos Carax, mais étant familier avec la très bonne réputation du film, je me suis donc lancé avec curiosité et j'ai vraiment aimé, sans être une claque non plus.
Pendant tout le film, nous suivons une journée de M. Oscar (Denis Lavant), un homme dont le métier est de changer constamment d'apparence, de se mettre dans la peau de différents personnages afin d'aller à plusieurs rendez-vous. Tout le film, ou presque, se construit donc sur le schéma M. Oscar monte dans la limousine - il est informé de son prochain rendez-vous - il se prépare, se déguise - va au rendez-vous - remonte dans la limousine - etc. Ce qui est très fort, c'est la performance de Denis Lavant qui arrive à nous faire croire à tous les personnages qu'il incarne, que ce soit un père de famille, un tuer professionnel, Merde (un personnage tiré du court-métrage du même nom de Carax), même un vieux sur son lit de mort qui est saisissant de réalisme alors qu'on sait qui est la personne se cachant sous le maquillage. Lavant effectue en fait le travail que fait un acteur traditionnel sur plusieurs films mais le concentre en un seul métrage mais garde quand même une certaine distance avec ses personnages (si ceux-ci meurent, M. Oscar reste en vie, la séquence du tueur est d'ailleurs assez représentative de cet aspect).
Alors certes, toutes les saynètes ne se valent pas - j'ai adoré la séquence des égouts et l'entracte aux accordéons (juste génialissime !) mais j'ai par contre moins aimé la séquence avec Kylie Minogue ou celle du vieil homme que je trouve vraiment trop longues pour ce qu'elles racontent.
Une chose est sûre, c'est que Leos Carax sait mettre en scène son histoire (la scène du studio d'animation est assez folle visuellement) que je ne me risquerai pas à essayer d'interpréter, si tant est qu'il existe une interprétation. Un film que je conseille pour son concept et le formidable Denis Lavant.


Warcraft : Le Commencement (2016) - Duncan Jones


Incroyable...j'en reste sans voix. Il y a de ces films dont vous n'attendez absolument rien, éventuellement qu'ils soient un poil divertissant et dont vous ressortez quand même déçu. Disons-le tout de suite, Warcraft : Le Commencement en fait partie, tant nous tenons là une des pires merdes de l'année.
C'est effarant. On te balance dans l'histoire sans aucun développement des personnages, on ne sait pas où on est, qui sont ces gens, moi qui n'ai jamais joué à Warcraft je n'ai absolument rien pigé à quels étaient les enjeux de ce gros bordel. Là on est face à un film sans doute prévu pour faire plaisir aux fans mais j'ai horreur de ça ! Un film, même tiré d'un autre média, devrait pouvoir réussir à contenter tout le monde, pas cracher à la gueule de ceux qui débarquent.
Pis mon dieu qu'est-ce que c'est moche, entre les orcs tous plus ignobles les uns que les autres, des CGI parfois à la ramasse, rien n'est vrai, ce ne sont que des personnages vides qui s'excitent devant des fonds verts dégueulasses.

Pis ce n'est pas l'immense profondeur des personnages (et du casting surtout) qui va sauver ça quand on voit la gueule du roi et de la reine qui n'ont l'air d'avoir aucune idée de ce qu'ils foutent là, la femme mi-orc, mi-humaine (appelons-là humorc, j'ai oublié son nom de toute manière) qui après quelques heures s'attache au personnage principal et réciproquement.
Et le gros méchant orc alors, qu'est-ce qu'il branle pendant la grosse bataille finale (qui d'ailleurs se fait complètement sodomiser par n'importe quel affrontement du Seigneur des Anneaux) ? Tout le monde se tape dessus mais lui on ne le voit jamais sauf quand il faut venir gueuler sur ses soldats, il est quand même censé être surpuissant le mec...On a même droit au roi qui prend le temps, alors que toute son armée se fait égorger autour de lui, de débiter les banalités habituelles à l'humorc sur comment elle doit prendre le relai, qu'il se sacrifie, blablabla...
Mes yeux et mon corps entier n'étaient pas prêts pour ça, je n'ai pas de mots...et le pire c'est qu'il y aura sûrement une suite vu le sous-titre français du film. Duncan Jones aurait vraiment dû rester éloigné de ces conneries.


Croix de fer (1977) - Sam Peckinpah


Je ne suis pas un fin connaisseur du cinéma de Sam Peckinpah, le seul souvenir que j'ai d'un de ses films concerne Les Chiens de paille mais c'est vraiment lointain.
Je me suis donc attaqué à un de ses derniers films, considéré comme le plus abouti de sa riche carrière : Croix de fer.
Premier fait original à constater, le film se positionne du côté Allemand, peu après la Bataille de Stalingrad, sur le front russe. On y suit l'unité du Sergent Rolf Steiner (campé par le formidable James Coburn), chef désabusé, cynique, opposé à l'idéologie nazie et qui estime n'avoir de comptes à rendre à personne si ce ne sont ses hommes qu'il apprécie comme sa propre famille.
Ce qui est génial, c'est qu'on s'attache vite à Steiner et à ses hommes, on veut qu'ils survivent alors que les soldats de l'armée allemande sont plutôt dépeints comme les méchants de l'histoire dans bon nombre de films traitant de la Seconde Guerre mondiale. Peckinpah n'en fait pas pour autant un film manichéen, des salauds il y en a des deux côtés (dont notamment l'officier allemand qui convoite la croix de fer plus que tout)

Le film met toutefois une baffe visuelle assez folle, tant le réalisateur californien est un patron de la mise en scène. Croix de Fer est certainement le film de guerre le plus réaliste qu'il soit, que ce soit dans sa façon de reconstituer l'armement (Peckinpah a notamment réussi à utiliser les vrais tank soviétiques utilisés durant la guerre) ou dans sa manière de filmer les combats. Son utilisation des ralentis est toujours autant pertinente afin d'appuyer encore plus la violence des affrontements (car le film est très violent), il n'hésite pas non plus à suivre les soldats caméra à l'épaule dans un style quasi-documentaire pour nous emmener au coeur de l'action.

Croix de Fer est un film de guerre majeur et demeure, même 40 ans après, d'une modernité assez incroyable. Le film n'a pas pris une ride et continue d'influencer certains réalisateurs qui s'essaient au genre (comme le récent Fury de David Ayer). Un chef-d'oeuvre que je ne peux que vous conseiller !


Swiss Army Man (2016) - Daniel Scheinert et Daniel Kwan


Au menu des étrangetés qui avaient attiré ma curiosité, Swiss Army Man figurait en tête de liste. Premier long métrage des Daniels (primés pour leur mise en scène au Festival Sundance) comme ils s'appellent eux-mêmes, le film relate l'histoire d'un homme, Hank (Paul Dano), échoué sur une minuscule île déserte et qui tente de se suicider. Il fait alors la connaissance d'un cadavre pétomane pas vraiment mort nommé Manny (Daniel Radcliffe) avec qui il va se lier d'amitié. Le macchabée va également révéler avoir certains pouvoirs qui vont aider  Hank à survivre et retrouver la civilisation (d'où le titre du film qui fait références aux célèbres Swiss Army Knives ou couteaux suisses dans la langue de Molière).
Au vu de ce synopsis complètement hallucinant et de la bande-annonce, je m'attendais à un truc absurde à souhait, il s'avère que c'est au final une espèce de patchwork des différentes idées que l'on retrouve dans les courts-métrages réalisés par les Daniels.
Le film est certes drôle mais il est raconté d'un ton plutôt sérieux, comme si les cinéastes avaient tenté de livre une sorte de poésie absurde et décalée. Le problème c'est que ça ne marche pas tout le temps, surtout quand c'est accompagné de certaines réflexions pas franchement subtiles. Il n'empêche que les deux réalisateurs montrent un certain talent de mise en scène et que l'alchimie entre Dano et Radcliffe fonctionne vraiment bien. Il en résulte certains passages très drôles, certaines belles séquences mais également d'autres plus déconcertantes.
Si le concept est vraiment respecté du début à la fin, je ne peux m'empêcher de ressentir une certaine déception, je pense que j'aurais préféré un film sans queue ni tête où il n'y a aucun question à se poser sur ce que l'on voit à l'écran (comme le fait bien Quentin Dupieux par exemple). Le film reste quand même une expérience vraiment agréable que je conseille ne serait-ce que pour son concept assez génial.


Ma Loute (2016) - Bruno Dumont


Dans le paysage cinématographique français, Bruno Dumont est un cas particulier, une exception, une des pattes les plus reconnaissables qu'il soit. Son cinéma, très orienté vers le vrai dans son sens le plus pur, ne m'a pas toujours séduit mais j'ai toujours reconnu chez lui une maîtrise formelle. Parfois ça me transporte complètement (Hadewijch, son meilleur film à mes yeux), d'autres fois beaucoup moins (Hors Satan ou Twentynine Palms).
Il est intéressant de constater à quel point le cinéma de Dumont ne cesse d'évoluer : après avoir dirigé pour la première fois un acteur professionnel (en l'occurrence Juliette Binoche dans Camille Claudel 1915) et s'être tourné vers la comédie (lui plutôt habitué aux drames sociaux) avec le très bon téléfilm P'tit Quinquin, le cinéaste nordiste reste dans le même registre avec Ma Loute, sa première comédie dédiée au cinéma.
Il faut très peu de temps pour voir à qui on a à faire : ces paysages du Nord si magnifiquement filmés, ces personnages en décalage avec leur monde mais toujours magnifiés par le cinéaste. Nous avons ici un beau film, peut-être la plus belle comédie de l'année d'un point de vue purement formel.
Le film peut décontenancer car ce n'est pas une comédie comme les autres et son absurde pourra laisser sur le carreau. N'en déplaise aux détracteurs du cinéaste qui lui reprochent souvent d'avoir du mépris pour les habitants du Nord, ce sont eux qui sont le mieux dépeints ici, sans qu'ils ne soient blancs comme neige évidemment (ce serait mal connaître Bruno Dumont). Les dindons de la farce, ce sont clairement les nobles, incarnés entre autres par un Fabrice Luchini et une Juliette Binoche en contre-emploi total, qui exagèrent toutes leurs paroles et leurs gestes de manière complètement hilarante. Dans Ma Loute, c'est clairement la bourgeoisie qui est tournée en dérision.
Le choix de Dumont de choisir des acteurs professionnels pour jouer la noblesse et des amateurs pour jouer le "petit peuple" fait sens ici, il n'aurait en effet pas été facile pour n'importe qui de jouer les bouffonneries auxquelles on assiste (la séquence du repas de famille est un festival de n'importe quoi, dans le bon sens).
Ma Loute fait du bien, c'est une bouffée d'air dans la comédie française trop souvent réduite aux grosses productions avec Kev Adams, Franck Dubosc ou Dany Boon en tête d'affiche. S'il ne devait y avoir un seul reproche à lui adresser, ce serait sa durée (2h c'est un poil trop long) mais ce n'est clairement pas rédhibitoire. Je pense toutefois qu'il est quand même nécessaire de connaître un minimum le cinéma de Dumont pour pouvoir comprendre ses intention et ainsi entrer totalement dans le film. Il ne faut non plus pas être totalement allergique à son style bien évidemment...


Insaisissables 2 (2016) - Jon M. Chu


Insaisissables avait été une grosse déception à sa sortie. Ne connaissant presque rien du film, j'étais allé le regarder pour voir des tours de magie (moi qui aime ça) et m'étais au final retrouvé devant un déluge de tours en CGI tous plus capillotractés les uns que les autres.
Le film avait cependant bien fonctionné au box-office, et comme tout film qui rencontre un gros succès ces temps, une suite a vite été annoncée. Autant dire que cette fois-ci je n'en attendais rien, j'espérais éventuellement qu'il soit mieux que le premier mais il n'en est rien, pire, il réussit à être encore pire, la faute à une surenchère permanente.
Insaisissables 2, ce sont tous les défauts du premier qui resurgissent : des "tours" totalement impossibles, des explications sans queue ni tête, des ficelles de scénario grosses comme le bras et cette sensation permanente qu'on me prend vraiment pour un débile. Non parce qu'il faut voir la gueule des "twists" du film, principalement celui de fin (alors déjà faudra m'expliquer comment les Cavaliers ont pu revenir à Londres depuis la Chine alors qu'ils sont recherchés par le FBI) où, par un concours de circonstances tout ce qu'il y a de plus improbable, nos 4 compères réussissent à la perfection leur final car les méchants sont assez intelligents pour aller exactement là où les magiciens voulaient qu'ils aillent. D'ailleurs parlons-en des "méchants" (parce qu'on ne sait jamais trop, parfois ils sont méchants, ensuite amis) : Daniel Radcliffe débarque dans ce gros bordel et constitue l'antagoniste principal alors qu'il n'est pas crédible pour un sou, sans parler de ce pauvre Michael Caine qui n'en finit plus d'enchaîner les rôles à des années-lumières de son véritable talent (tout comme Freeman d'ailleurs). Au final, encore un film où je suis arrivé à la fin énervé de voir qu'on se fout de ma gueule à ce point là (je ne parlerai pas de la fille et de l'histoire d'amour qui sort d'on ne sait où, c'est au-dessus de mes forces).
Insaisissables 2 est finalement à l'image de la majorité des blockbusters de cet été (et de l'année de manière plus générale) : fade et sans idées, se retrouvant obligé d'user d'artifices débiles pour nous faire croire que ça marche, mais personne n'est dupe (en tout cas pas moi). A éviter donc, le vrai tour de magie ce serait que le film se soit planté au box-office et qu'une suite ne voit jamais le jour...


Les Sept Samouraïs (1954) - Akira Kurosawa


En pleine découverte de la filmographie de Kurosawa, il fallait bien que je commence par quelque part et mon choix s'est tourné vers ce qui est considéré comme son plus grand film, celui qui l'a fait connaître en occident, je veux bien sûr parler de Les Sept Samouraïs !
Sa durée (à peine moins de 3h30) pourrait en rebuter quelqu'un mais ce serait mal connaître le génie de Akira Kurosawa pour raconter des histoires, en l'occurrence celle de 7 samouraïs qui ont pour mission de protéger un village de paysans d'une attaque imminente de bandits.
Jamais je n'ai senti le temps passer durant le film, il y a une exposition qui nous présente simplement les tenants et aboutissants mais, surtout, cette galerie de personnages tous plus attachants les uns que les autres (dont un Toshiro Mifune en clown de service juste savoureux !), même ceux qui sont plus secondaires. Digne héritier des chanbara traditionnels japonais (revisité à la sauce Kurosawa), Les Sept Samouraïs est un chef-d'oeuvre total et un monument de mise en scène ! Jamais je n'avais vu quelqu'un maîtriser à ce point le 1.37, la composition de cadre est constamment retravaillée au point de nous donner des plans juste hallucinants de beauté sans jamais surcharger l'image.
Puis il y a ce dynamisme, il se passe toujours quelque chose à l'écran et le choix de Kurosawa de filmer l'action en longue focale n'est pas anodin, tout comme l'utilisation de ralentis qui étaient déjà précurseur - allez savoir - du cinéma d'un certain Sam Peckinpah.
L'humanisme qui se dégage de la fresque du maître Kurosawa (présentant à la fois les samouraïs et les paysans avec leurs bons côtés et leurs défauts) couplé à cette perfection formelle font de Les Sept Samouraïs un film total, un chef-d'oeuvre ultime pour l'éternité.


Il était une fois dans l'Ouest (1968) - Sergio Leone


Après avoir connu la gloire internationale avec sa Trilogie du Dollar (principalement grâce au carton énorme de Le Bon, la Brute et le Truand), Sergio Leone n'a pas mis longtemps à se pencher sur son nouveau projet, Il était une fois dans l'Ouest, première pierre de se qui constituera au final une nouvelle trilogie centrée cette fois-ci sur plusieurs périodes clés de l'histoire américaine.
Cette fois-ci, exit Clint Eastwood et autres Lee Van Cleef qui sont remplacés (dans des rôles assez similaires) par Charles Bronson et Henry Fonda.
Je ne pouvais passer à côté de l'occasion de redécouvrir ce qui est considéré comme la quintessence du western spaghetti sur grand écran, je me suis donc rendu à la Cinémathèque excité comme une puce et en suis ressorti émerveillé.
Dès la superbe séquence d'introduction, Sergio Leone nous rappelle à quel point il est un réalisateur hors-paire. Tout le reste du film sera du même acabit, tout est réglé au millimètre : les travellings, le cadrage (notamment ces fameux très gros plans centrés sur les yeux et si chers à Leone), cette photographie dorée à en tomber d'émerveillement.
Le réalisateur italien a également un don pour iconiser instantanément ses personnages. A l'instar de l'homme sans nom dans la Trilogie du dollar, l'homme à l'harmonica est présenté en un seul long plan et il nous sera expliqué que tout à la fin qui il est vraiment à l'aide - à nouveau - d'une unique séquence et d'une seule ligne de dialogue. C'est clair, concis mais diablement efficace, beaucoup de scénaristes actuels pourraient d'ailleurs s'en inspirer au lieu de se perdre dans des développements interminables.
Puis il y a ce duel final entre ces deux gueules légendaires du cinéma hollywoodien classique (des gueules telles qu'on en voit plus d'ailleurs) que sont Fonda et Bronson, rythmé par ce qui est certainement une des meilleures compositions de l'éternel Ennio Morricone...Un de mes plus grands moments de cinéma assurément ! Que l'on aime ou non, il serait impensable de ne pas considérer Il était une fois dans l'Ouest comme un des westerns majeurs de l'histoire, qui se démarque (comme le faisait déjà la Trilogie du dollar) par son ambiance très baroque, profondément dramatique mais avec ces quelques pointes d'humour que Leone sait si bien doser.


Café Society (2016) - Woody Allen


Woody Allen me plaît ces derniers temps ! Après son magnifique Magic in the Moonlight (véritable coup de cœur il y a deux ans) et son très bon - bien que moins marquant - L'homme Irrationnel, le réalisateur new-yorkais continue son rythme de 1 film/an et nous emmène cette fois-ci dans les Etats-Unis des années 1930 où un jeune homme, Bobby (Jesse Eisenberg) quitte New-York pour essayer d'aller percer à Hollywood.
Comme à son habitude, Woody Allen injecte de sa propre personne dans ses personnages, dont Bobby, jeune homme juif originaire de New-York. Je dois dire que même si le talent de Allen pour filmer ses actrices est intact (je ne trouve pas Kristen Stewart particulièrement jolie en temps normal mais il parvient à la rendre mignonne), Emma Stone manque un peu car il s'agit à mes yeux de la plus belle muse qu'ait jamais filmé Woody Allen et il est donc difficile de passer après.

Mis à part ce détail complètement subjectif, autant dire que le charme opère : le Hollywood des années '30 est magnifiquement reconstruit et, comme c'est souvent le cas chez le metteur en scène, la photographie est chatoyante et de toute beauté. L'alchimie entre Eisenberg et Stewart fonctionne vraiment bien et leur romance est vraiment crédible bien qu'assez classique. C'est d'ailleurs le seul petit défaut que je pourrais vraiment lui trouver c'est que le film est un peu en-dessous au niveau de l'écriture, c'est assez classique et je ne me sens pas forcément très concerné. La fin est par contre très belle, Allen arrive à éviter certains pièges dans lesquels il aurait pu tomber (en ce qui concerne la relation amoureuse sans en dire plus).
C'est donc à nouveau une bonne cuvée Allen qui, mine de rien, de bonifie vraiment avec le temps. Alors c'est certes inférieur à Magic in The Moonlight mais ça tient la distance par rapport à L'homme Irrationnel (je cite ces deux-là parce que c'est ceux dont je me rappelle le mieux). Un bon moment à passer, en plus ça ne dure qu'1h40 !


La Tortue rouge (2016) - Michael Dudok de Wit


Wow...parfois, les mots ne suffisent pas pour décrire ce que vous ressentez après le visionnage d'un film, La Tortue Rouge en fait partie mais je vais tout de même essayer d'écrire quelques mots.
Je suis un grand fan des courts-métrages de Michael Dudok de Wit, notamment son formidable Le Moine et le Poisson que je considère à titre personnel comme un petit chef-d'oeuvre d'animation.
Pourtant, le néerlandais ne s'était encore jamais essayé au format long, il a donc passé près d'une décennie, avec l'aide des studios Ghibli, à préparer La Tortue Rouge qui est sorti dans nos salles cet été et que j'ai eu le malheur de rater au cinéma.
Oh oui, quel malheur quand je vois le résultat, peut-être un des plus beaux films d'animation qu'il m'ait été donné de voir. L'histoire est simple et elle commence in media res avec cet homme échoué sur une île déserte sans vraiment d'autre explication. Alors qu'il essaye de nombreuses fois, sans succès, de quitter l'île, tel une Sisyphe transportant inlassablement sa pierre, ce homme va se résigner et se voir contraint à passer le reste de sa vie sur cette île.
Sans dialogues et d'une beauté à en tomber (avec un chara-design qui rappelle beaucoup les dessins de Hergé), le film est une ode à la poésie (on ressent la touche Ghibli), un récit universel sur la naissance, l'amour et la mort tandis qu'on passe de la tristesse à la colère en passant par une angoisse profonde (la séquence dans l'espère de grotte) et un bonheur éphémère.
Les dessins sont épurés, beaucoup d'émotion passe par la mise en scène et la magnifique musique parfaitement utilisée sans qu'elle ne soit trop envahissante. L'absence de dialogue (les rares fois où les personnages s'expriment c'est avec des cris) est formidable car il n'y en a pas besoin, tout passe par l'image, ce qui en fait une magnifique oeuvre visuelle, un pur film de cinéma.

La Tortue Rouge, ce n'est pas un film de survie mais plutôt un film sur l'homme face à la nature avec cet aspect fantastique lié à la fameuse tortue, justement, et à ce qu'elle advient (ce que je ne révélerai pas ici). Les très nombreux plans larges donnent une idée de l'échelle et nous rappelle à quel point nous sommes petits, à l'image des grains de sable de la plage sur laquelle va s'échouer tant de fois ce pauvre homme.
Au moment où j'écris ces lignes, quelques heures après le visionnage, j'en ai encore la gorge serrée, bouleversé par ce que je viens de voir, signe que le cinéma d'animation, quand il est entre les mains de tels artistes, a encore de magnifiques jours devant lui.