lundi 8 juin 2015

(Re)visionnages récents


J'ai le plaisir de vous annoncer la venue d'un nouveau genre d'article sur le blogs. Ceux-ci passeront en revue certains des films que j'ai vu récemment et sur lesquels je n'ai pas assez à dire pour donner un avis complet.
Je compte poster ici de petits avis concis afin de donner mes impressions sans vraiment aller plus en profondeur. J'espère que ce concept vous plaira !


Hacker (2015) - Michael Mann



Enfin le grand retour de Michael Mann sur grand écran, plus de 5 ans après un Public Enemies qui avait énormément divisé.
Hacker a été plutôt froidement accueilli par la critique et a fait un four au box-office, autant aux Etats-Unis qu'à l'international (il n'est d'ailleurs même pas sorti en Suisse-romande !). Ce lynchage est injustifié à mes yeux car avec ce film, Mann réinvente en quelque sorte son cinéma tout en parlant du monde numérique qui n'est finalement que la continuation logique de la carrière du réalisateur qui avait été un des tous premiers à tourner une grosse production entièrement numérique (Collateral, dont la photographie nocturne reste encore à ce jour l'une des plus belles jamais vues).
Avec Hacker, Mann nous prouve qu'il n'a rien perdu de sa virtuosité en nous offrant à nouveau une réalisation atmosphérique avec certains plans d'une beauté à en pleurer et qui nous rappellent que très peu arrivent à jouer dans la même catégorie que Mann dès qu'il s'agit de filmer la ville.
Alors certes ça n'atteint pas le niveau de chef-d'oeuvre d'un Heat ou d'un Collateral (qui reste à ce jour mon Mann et un de mes films préférés), mais c'est bien au-dessus du niveau moyen des films d'action récents et je suis attristé de voir que le nom de Michael Mann n'attire plus les foules aujourd'hui car il demeure l'un des cinéaste majeur de notre temps et ce n'est pas dit qu'il continue à réaliser pendant encore longtemps...



Ex Machina (2015) - Alex Garland



Première réalisation du scénariste de 28 jours plus tard et Dredd. Ex Machina est un film de science-fiction traitant du sujet de l'intelligence artificielle. Rien de bien original certes mais force est de constater que c'est très réussi.
Se passant majoritairement en huis clos, le sujet est traité de manière très sobre, sans que le spectateur ne soit tenu par la main.
Le métrage est également sobre dans sa réalisation, Garland nous montrant ce qu'il faut voir sans en faire des caisses.
L'intrigue se base autour du test de Turing et va amener le spectateur à se poser lui-même des questions sur l'humanité de Ava (l'IA du film), qui prend ici la forme d'une jolie jeune femme.
Le casting est également minimaliste mais c'est du très bon avec un Oscar Isaac barbu dans un rôle assez dérangeant et Domhnall Gleeson dont j'ai adoré le personnage plutôt naïf qui se prend d'affection pour Ava. Je pense que le spectateur pourra s'identifier dans trop de problèmes à lui.
Très agréable surprise donc que ce "petit" film de science.fiction, j'ai vraiment passé un excellent moment, du début jusqu'à cette fin ouverte mais extrêmement bien réussie qui risque peut-être d'en surprendre quelques-uns.



Le Septième Fils (2014) - Sergueï Bodrov



Inspiré du bouquin L'apprenti Epouvanteur de Joseph Delaney, Le Septième Fils est une de ces énièmes adaptation de littérature pour ados qui envahissent les salles de cinéma ces derniers temps. Entaché d'une production chaotique le film a été repoussé plusieurs fois avant de sortir finalement chez nous en décembre dernier.
Eh bien autant dire qu'il aurait mieux fait de ne pas sortir du tout, tant c'est mauvais du début à la fin.
Rien ne va, c'est moche et on se fait chier en permanence. Je pense que c'est l'un des premiers films Fantastique du genre où je n'ai vu aucun moment épique, aucun, c'est quand même un comble !. C'est un enchaînement d'absurdités et de non-enjeux à la fois horriblement prévisibles et inintéressants.
Mon dieu que c'est moche quoi, le film se permet même de s'offrir une espèce de filtre flou complètement dégueulasse qui fait mal au yeux pendant tout le long.
C'est vraiment à se demander ce que sont venus foutre ce pauvre Jeff Bridges (qui fait vraiment de la peine à voir) et Julianne Moore dans cette mascarade, ils n'en avaient vraiment pas besoin (surtout que cette dernière tient déjà un rôle dans les derniers Hunger Games). A éviter absolument !



Horns (2014) - Alexandre Aja



On reste dans le fantastique avec quelque chose de bien meilleur.
Horns a toutes les qualités qu'on est en droit d'attendre de ce genre de film, avec un concept assez génial en plus d'avoir quelqu'un qui sait tenir une caméra derrière.
Le film est truffé de bonnes idées et le fait d'avoir pris Daniel Radcliffe dans le rôle principal est à mes yeux un excellent choix de casting car ça lui permet vraiment de jouer sur son image (en bien comme en mal) et ça fonctionne vraiment bien, c'est qu'il est en train de se construire une carrière intéressante le bonhomme !
Le film met un peu trop de temps à réellement se lancer à mon goût mais une fois passé cette première partie, j'ai vraiment pris mon pied.
Le film est relativement second degré mais arrive quand même à poser certains enjeux dramatiques et plutôt sombres alors que le film se passe plutôt dans un univers jeune.
En particulier, j'ai adoré le passage où le personnage de Radcliffe "pète un cable" et se met à punir certaines personnes en fonction de leurs péchés...cette partie m'a d'ailleurs beaucoup fait penser à Se7en, ce qui n'est clairement pas pour me déplaire tant l'adoration que j'ai pour le film de Fincher se passe de superlatifs.




Diversion (2015) - Glenn Ficarra et John Requa



Film que j'attendais particulièrement car il marque enfin le retour de Will Smith dans un premier rôle (et après After Earth et Un Amour d'hiver je commençais à avoir un peu de peine pour lui).
Le résultat n'est pas vraiment transcendant...mais n'est pas non plus mauvais pour autant. Le film joue très bien son rôle de divertissement et je ne me suis jamais ennuyé devant cette histoire d'escrocs.
Alors certes c'est bon de revoir Will Smith et son charisme habituel, mais c'est également toujours agréable de voir la délicieuse Margot Robbie à l'écran...le couple marche très bien, il n'y a aucun problème là-dessus.
Je reprocherai surtout au film une utilisation ad nauseam de twists, si bien que ça devient vite prévisible et assez incohérent par moments. C'est vraiment dommage car le film commençait très bien de ce point de vue mais il s'embourbe un peu trop vite et se fait prendre à son propre jeu.
Les fans de Will Smith (comme moi) seront certainement ravis de le revoir sur grand écran mais j'ai quand même ressenti une pointe de déception car il y a un réel potentiel qui n'est jamais exploité à 100%...dommage !



Projet Almanac (2015) - Dean Israelite



Encore un film de science-fiction qui part avec une idée plutôt originale, le voyage temporel filmé en found footage.
L'idée du voyage dans le temps et des paradoxes temporels a déjà été passé à toutes les sauces au cinéma, j'espérais donc voir quelque chose d'un peu différent.
Et il se trouve que j'ai plutôt bien aimé ! Certes ce n'est pas très subtil (étant produit par Michael Bay ça peut se comprendre) mais ça se laisse vraiment regarder. J'y ai retrouvé un petit air de Chronicle qui n'est pas pour me déplaire (même si j'ai quand même largement préféré ce dernier).
Après, on arrive à ce qui est souvent inhérent aux films qui se penchent sur le voyage temporel : la cohérence. C'est là que le bât blesse car le film en est bourré, dès le moment où il commence à y avoir plusieurs timelines en parallèle ça devient vite la fête au n'importe quoi.
J'aurais bien voulu voir une once d'ambition artistique en plus, quelque chose qui fasse vraiment passer le film un cran en-dessus mais je ne l'ai malheureusement pas trouvé.
Projet Almanac reste cependant un petit film plutôt agréable si vous laissez de côté ces problèmes et les amateurs de films pour ados (et de science-fiction au passage) en trouveront probablement pour leur compte.



San Andreas (2015) - Brad Peyton



Quand le réalisateur de Comme Chiens et Chats 2 (!) s'essaie au film catastrophe (un genre un peu délaissé ces derniers temps), ça donne San Andreas...et que vaut-il concrètement ? Il faut dire que j'y allais sans attentes particulières si ce n'était de voir Dwayne Johnson voler avec son hélicoptère entre cinq building qui s'effondrent tout en réussissant à sauver tout le monde en passant (et bien sûr Alexandra Daddario que les fans de True Detective connaissent très bien !).
Le résultat est décevant...pas décevant par rapport à mes attentes (qui comme je l'ai dit étaient minimes) mais plutôt par rapport à ce qu'on serait en droit d'attendre d'un film catastrophe de cette envergure.
San Andreas, c'est à peu près tous les clichés possibles et imaginables du genre, avec des deus ex machina toutes les 10 minutes, un pseudo-histoire d'amour qui sort de nulle part et qui est tellement mal fichue qu'elle a même commencé à m'énerver à partir du milieu du film, un beau père qui s'avérera être le dernier des couards, un drapeau américain qui flotte au milieu du plan pour montrer c'est qui les patrons...
Ajoutez à ça des personnages pas franchement intéressants, dénués de toute ambiguïté et ça devient vite pénible à regarder.
Merde quoi, même The Rock je l'ai trouvé trop effacé alors qu'il est censé crever l'écran, ce mec c'est quand même un monstre de charisme en temps normal !

Le film est plutôt bien fichu, la destruction est bien retranscrite mais il y a quand même des CGI très laids qui se promènent par-ci par-là, je pense par exemple à la toute première scène avec la voiture qui tombe dans le ravin, j'ai cru saigner des yeux tellement c'est grossier.
J'ai vu le film en 3D mais celle-ci n'a absolument aucun intérêt...et pourtant y'avait de quoi donner de la profondeur avec les nombreux plans aériens (George Miller l'avait parfaitement réussi avec le dernier Mad Max) mais ça reste désespérément plat.
Après, je ne me suis pas vraiment ennuyé, c'est l'essentiel me direz-vous mais j'estime être en droit d'attendre bien mieux, même s'il ne s'agit "que" d'un film catastrophe.



À La Poursuite de Demain (2015) - Brad Bird


Drôle de film que ce Tomorrowland (dont le titre n'a pas pu être conservé en Europe pour des raisons de droits), dernière production Disney réalisée par le génial Brad Bird et dont la promotion complètement foireuse laissant présager depuis longtemps un camouflet au box-office.
Pourtant, l'idée est là et Bird arrive à nouveau à proposer un univers original (dans la même veine que ce que nous avaient proposé les Wachowski avec Jupiter Ascending en début d'année) à une époque où les suites et les remakes/reboots sont légions dans le cinéma hollywoodien.
En plus, Bird sait vraiment mettre en scène son sujet et ça fait du bien de voir ça car le film nous offre certains plans de grande beauté : la première fois que l'héroïne arrive à Tomorrowland ou le décollage de la fusée à Paris (juste génial et putain ce que c'est beau !) pour ne citer que ceux qui me reviennent à l'instant.
Et pourtant...je reste un peu sur ma faim, la faute à un rythme parfois un peu bancal, je n'ai jamais réussi à vraiment rentrer dans le film. Je ne me suis pas vraiment attaché à l'héroïne principale qui a tendance à en faire un peu trop par moment, je lui ai largement préféré le personnage de George Clooney qui est à mes yeux le plus intéressant du film.
Cet arrière-goût amer provient peut-être aussi du fait que je n'ai jamais vraiment ressenti de réels enjeux ou une réelle ambition : le personnage de Hugh Laurie, qui est censé être l'antagoniste du film, apparaît peu et ne sert finalement pas à grand-chose, peut-être aurait-il mieux fallu ne pas mettre de méchant du tout...

Je compte le revisionner prochainement car je pense être passé à côté de certains aspects, il faut dire que je ne l'ai pas vu dans les meilleures conditions (je sortais d'une quasi nuit blanche).
Il n'empêche que c'est vraiment rafraîchissant de voir encore des auteurs qui osent prendre des risques en proposant des univers originaux, le film ne mérite clairement pas d'être boudé comme il l'est (quand on voit qu'à côté San Andreas cartonne). Il manque malheureusement ce petit quelque chose qui m'aurait permis de rentrer dedans et de me laisser transporter à Tomorrowland...un petit peu à la manière des Rêveurs du film.


Les Indestructibles (2004) - Brad Bird


Faute de m'avoir pleinement convaincu, Tomorrowland m'aura au moins donné envie de regarder Les Indestructibles que je n'avais jamais vu malgré tout le bien qui se dit sur celui-ci.
Erreur désormais corrigé et quelle claque ! Alors que Pixar traverse une période où ils sont quelque peu en panne artistique, le film de Brad Bird vient mettre tout le monde d'accord et met la grosse pâtée à tous ces films de super-héros peu inspirés sortis ces derniers temps.
Pixar ayant adoré le travail de Bird sur le Géant de Fer lui a laissé carte blanche totale et qu'est-ce que ça en jette !
L'animation en images de synthèse lui permet des mouvements de caméras qui seraient beaucoup trop contraignants à effectuer sur un tournage live. Ici tout est toujours parfaitement lisible, on sait ce qu'il se passe et les scènes d'action restent encore un modèle du genre (coucou Avengers !). Et qu'est-ce que c'est beau putain ! L'animation est vraiment scotchante.
La direction artistique très inspirée permet de s'attacher profondément à cette famille pas comme les autres qui s'inspire sans se cacher des 4 Fantastiques (avec la femme élastique, la femme invisible, le bébé torche humaine et M. Indestructible qui rappelle La Chose de par sa force).
De belles références à James Bond se retrouvent également dans les scènes d'infiltration où même la musique n'a rien à envier à un film du célèbre agent secret.
Rajoutez à tout ça un méchant dont le plan machiavélique est pour une fois plus élaboré que simplement "détruire" le monde et vous obtenez un des meilleurs films d'animation de ces 10 dernières années tout simplement. 
J'attends désormais avec impatience la suite qui a été confirmée pour 2016, en espérant que Bird conserve sa virtuosité et son originalité.


Contact (1997) - Robert Zemeckis


Depuis Interstellar, j'avais ajouté Contact dans la liste de mes films à voir afin de pouvoir enfin me rendre compte de mes propres yeux s'il y avait tant de points communs que ça.
Je dois avouer que mis à part la présence de Matthew McConaughey et de trous de ver à la fin du film, j'ai trouvé assez peu de points communs entre le film de Nolan et celui de Zemeckis.
Au final ce n'est pas très folichon. Le problème principal du film c'est qu'on s'ennuie tout simplement et venant du mec qui nous a pondu les Retour vers le Futur c'est quand même sacrément décevant.
Il n'y a pas vraiment de mise en scène, Zemeckis se contente de filmer simplement son sujet...je veux bien mais encore une fois ça rend le truc chiant et vraiment lourd au bout d'un moment.
J'ai eu aussi du mal avec le scénario qui nous promet une rencontre du 3ème type avec des petits bonhommes venus d'une autre galaxie, j'aurais kiffé ça moi ! Malheureusement, la partie où on emprunte les trous de ver ne dure même pas 15 minutes (et j'en suis sûr car je viens de vérifier !), j'étais dégoûté.
La romance entre McConaughey et Jodie Foster n'est clairement pas assez développée pour ressentir une once d'attachement pour eux, c'est dommage car les personnages pris séparément sont plutôt intéressants.
Le film n'est pas foncièrement mauvais, je lui reconnais des qualités, mais il souffre clairement d'un gros manque de rythme. En outre, je comprends le rapprochement avec Instersellar mais je n'ai pas vu tant de points communs de ça, après réflexion j'aurais plutôt tendance à le rapprocher du Abyss de James Cameron.


Monty Python : Sacré Graal ! (1975) - Terry Gilliam


ATTENTION, CLASSIQUE EN APPROCHE !
J'avais de vagues souvenirs du premier film de la cultissime troupe des Monty Python, l'ayant vu il y a fort longtemps de ça à une époque où je n'étais pas encore forcément en mesure de comprendre l'humour absurde des bonhommes.
Première réalisation de Terry Gilliam, le "discret" de la bande, Sacré Graal est une parodie de la légende du roi Arthur (Graham Chapman) et de sa quête pour trouver le Graal.
Je ne sais pas vraiment quels superlatifs utiliser pour décrire à quel point le film est génial en plus d'être un des plus drôles que j'aie vu. Des moments cultes, il y en a un à pratiquement chaque plan : le Chevalier Noir, le Chevalier français, les Chevaliers qui disent "Ni!", la Sainte-Grenade d'Antioche et le lapin carnivore...toutes les vannes font mouche et leur potentiel est totalement transgénérationnel.
En plus d'être hilarant du début à la fin, le film bénéficie d'une mise en scène exemplaire pour le genre, Terry Gilliam et sa troupe avaient décidément tout compris !
Etant un grand amateur d'humour absurde, j'ai été plié de rire, il n'y a pratiquement pas un moment de répit tout au long des différents chapitres de l'histoire.
Définitivement un des plus grands classique (le plus grand ?) du genre, Sacré Graal atteint un niveau qui ne sera certainement plus jamais atteint par les comédies formatées et débiles qui sortent aujourd'hui, un pur régal !


Monty Python : La Vie de Brian (1979) - Terry Jones


Sur ma lancée, je me suis droit attaqué à leur second film qui est cette fois-ci une satire de la religion et du fanatisme religieux plus particulièrement.
Contrairement à Sacré Graal, le film n'est pas une succession de sketchs mais un vrai film à part entière avec une histoire tirée d'une traite du début à la fin.
Le film n'atteint certes pas la maestria absolue de son prédécesseur mais il vient se situer juste après celui-ci.
Terry Gilliam laisse ici la place à son homonyme Jones derrière la caméra et le résultat est à nouveau extrêmement drôle et finement écrit.
On retrouve l'humour absurde habituel de la troupe anglaise mais celui-ci sert réellement au développement de l'histoire, si bien que le film est d'une cohérence folle avec des idées géniales disséminées un peu partout.
La Vie de Brian est à nouveau une pépite du genre, les Monty Python ne se gênent pas pour faire du politiquement incorrect, ayant même été contraints de censurer certains passages du film à sa sortie.
Comme d'habitude, tous les rôles principaux sont tenus par les six énergumènes mais tout fonctionne si bien que ça passe comme une lettre à la poste.
Avec La Vie de Brian, les Monty Python confirment leur génie absolu et enfoncent encore plus profondément leur univers dans les annales de la comédie. De plus, quoi de mieux que de conclure le film par la célèbre chansonnette d'Eric Idle "Always Look on the Bright Side of Life", espèce d'hymne à la bonne humeur qui vous enverra au dodo un grand sourire sur les lèvres.


Monty Python : Le Sens de la Vie (1983) - Terry Jones



Je termine la trilogie Monty Python avec celui que je considère comme le moins bon des trois : Le Sens de la Vie.
Le film reste complètement ancré dans l'univers absurde de la troupe et ça marche toujours très bien, c'est finement écrit et le film est clairement le plus ambitieux des trois avec cette véritable fresque sur la vie, de la naissance à la mort.
Le film reprend le principe des sketchs qu'il y avait déjà dans Sacré Graal et c'est finalement le plus grand défaut que je lui trouve, contrairement à ce premier, toutes les saynètes ne se valent pas.
On retiendra bien entendu le fameux passage du restaurant avec Mr Creosote qu'à peu près tout le monde connaît, la scène de la guerre Zoulou ou celle de la naissance.
Le fait est que j'ai trouvé les Monty Python bien plus "sages" que dans leurs deux précédents films. Certes ça reste politiquement très incorrect mais je n'ai pas ressenti la même folie que d'habitude, du moins pas sur l'entièreté du film.
Finalement, c'est celui où j'ai le moins ri mais ça reste une comédie de très haut niveau que je conseille évidemment à tous, ne serait-ce que pour boucler la boucle du collectif anglais.



Kung Fury (2015) - David Sandberg



Je finis pas une petite bizarrerie, LE phénomène internet dont tout le monde parle en ce moment j'ai nommé Kung Fury. Financé via Kickstarter, il s'agit d'un court-métrage d'une trentaine de minutes qui rend hommage aux années 80 (et à tous les clichés qui les accompagnent).
Le film se veut résolument kitsch avec un filtre à l'effet VHS qui colle bien à l'ambiance mais qui n'est pas forcément toujours très agréable à l’œil. Les références sont évidemment très nombreuses et c'est peut-être finalement le plus gros reproche que je pourrais lui faire, c'est qu'il joue vraiment la référence pour la référence, sans jamais vraiment essayer de faire un vrai film de cinéma derrière.
Le film assume complètement son format de série B et il faut avouer que ça fonctionne vraiment bien. Alors certes c'est débile à souhait mais il y a vraiment certaines bonnes idées comme la partie avec Hitler qui sort des saluts nazi façon Kung Fu qui m'a bien fait rire ou la séquence beat em all qui m'a un peu fait penser au fameux plan-séquence de Old Boy mais dans l'autre sens.
Bref, une petite curiosité bien sympathique qui ne pète pas plus haut que ça, je serais quand même très curieux de voir ce que ça pourrait donner ce genre de délire au format long.

samedi 16 mai 2015

Mad Max : Fury Road (2015)

Titre : Mad Max : Fury Road

Date de sortie française : 14 mai 2015

Réalisateur : George Miller

Scénario : George Miller, Brendan McCarthy et Nick Lathouris

Directeur de la photographie : John Seale

Montage : Margaret Sixel

Musique : Junkie XL

Durée : 2h

Avec : Tom Hardy, Charlize Theron, Nicholas Hoult, Hugh Keays-Byrne, Rosie Huntington-Whiteley, Zoë Kravitz


Synopsis Hanté par un lourd passé, Mad Max estime que le meilleur moyen de survivre est de rester seul. Cependant, il se retrouve embarqué par une bande qui parcourt la Désolation à bord d'un véhicule militaire piloté par l'Imperator Furiosa. Ils fuient la Citadelle où sévit le terrible Immortan Joe qui s'est fait voler un objet irremplaçable. Enragé, ce Seigneur de guerre envoie ses hommes pour traquer les rebelles impitoyablement…(Source : Allociné)

Mon avis


Max is back ! 30 an après un 3ème volet raté, un des anti-héros les plus emblématiques des années '80 fait son grand retour sur grand écran. Exit Mel Gibson, trop âgé, c'est Tom Hardy qui reprend le rôle du road warrior dans ce nouvel opus toujours dirigé par le visionnaire George Miller.
Fait assez rare, le film est un reboot réalisé par la même personne que les films originaux, on était donc en droit de s'attendre à ce que l'esprit de la franchise soit respecté, tout en y ajoutant cette dose de folie supplémentaire.

Il existe de ces films, où dès le premier plan, dès la première séquence, vous savez d'emblée que vous allez assister à quelque chose d'exceptionnel, Fury Road en fait partie.
Ce premier plan présentant Max à côté de sa fidèle Interceptor, sa voix expliquant brièvement qui il est, son aspect complètement bestial avec ses longs cheveux et ses grognements et, surtout, cette poursuite endiablée au terme de laquelle Max se fera capturer.
Le ton est donné, l'univers est posé.
A l'instar des premiers films, on se retrouve à nouveau dans un univers post-apocalyptique où la population se bat pour l'essence et l'eau. La désolation est encore mieux retranscrite car il n'y a rien à part du désert à perte de vue.

La "tribu" qui a capturé Max est dirigée par Immortan Joe (Hugh Keays-Byrne, qui jouait d'ailleurs également dans le premier Mad Max), qui entretien un culte de la personnalité et se sert de "femmes escalves" pour procréer.
Alors qu'il envoie Furiosa (Charlize Theron), une de ses impératrices, récolter de l'essence à bord d'un camion, cette dernière le trahi et s'éloigne du chemin. Immortan Joe remarque que 5 de ses femmes ont disparu et il envoie donc toute son armée à sa poursuite.

Max, étant donneur universel de sang, est utilisé comme poche de sang pour un de ces guerriers, Nux (Nicholas Hoult) et est attaché à l'avant de l'un des bolides.
Il s'en suite une course poursuite dantesque qui occupera une bonne partie de l'intrigue.


Si vous cherchez le blockbuster d'action de l'année (et même de la décennie ? nous sommes légitimement en droit de se poser la question), pas besoin de chercher plus loin. George Miller (à 70 ans !) ne fait pas dans la dentelle et vient donner une leçon de film d'action dont l'impact résonnera pendant encore longtemps à Hollywood.
La poursuite finale de Mad Max 2 restait, encore de nos jours, une référence du genre, Fury Road vient faire encore plus fort en nous proposant une poursuite à travers le désert d'une folie rarement atteinte.

Miller se permet tout et de la manière la plus réaliste possible. En effet, très peu de fonds verts ont été utilisés et la grande majorité de ce que vous voyez à l'écran est vrai.
Ajoutez à ça une gestion de l'espace extraordinaire et des chorégraphies jouissives au possible et tout y est : on y croit !
Je pourrais écrire 1000 lignes sur le film, je pense que je n'arriverai jamais à décrire ce que j'ai ressenti durant la première demi-heure du film, une sorte d'extase permanente, le souffle coupé en permanence devant ce que j'avais devant les yeux, une jouissance de tous les instants, ce ne sont que quelques-uns des superlatifs qui peuvent décrire ce nouveau Mad Max.

Comme je l'ai mentionné, la grande majorité de ce qu'on voit à l'écran est vrai, cependant, même les rares plans en numériques mettent tout le monde d'accord. La séquence à l'intérieur de la tempête de sable par exemple est une des choses les plus incroyables qu'il m'ait été donné de voir dans un cinéma.

Les bandes-annonces promettaient déjà un rendu visuel assez dingue, la photographie de John Seale contribue énormément à donner ce cachet si particulier au film. La journée, les couleurs sont très jaunes / orangées et très saturées par moment (je pense notamment à la séquence à l'intérieur de la tempête de sable). La photographie souligne parfaitement la chaleur du désert en journée mais n'est pas en reste lors des séquences de nuit avec un bleu très profond et presque surréaliste.


Les nombreux plans larges du film nous permettent de contempler les paysages de Namibie que l'on n'a pas beaucoup l'occasion de voir au cinéma.
Le travail de Miller est d'ailleurs assez remarquable car il arrive à conserver les notions de distance alors que le film entier se passe dans le désert. Les personnages ne semblent perdus à aucun moment et le spectateur non plus.

Les personnages, d'ailleurs, sont très fidèle à l'univers Mad Max : difformes, inquiétants pour certains, délirants pour d'autres. On retrouve tout ce qui faisait le charme de la trilogie.
Le personnage de Max est fidèle à lui-même, très peu bavard et encore plus bestial que jamais. Il n'est pas vraiment présenté mais pourquoi en aurait-il été autrement ? C'est quand même un personnage qui existe depuis plus de 30 ans, pas besoin de perdre du temps dans des présentations redondantes.
Ceci fait que Max est assez discret au début, il en est même un peu relégué au second plan derrière Furiosa qui s'avérera être le miroir de celui-ci au fil de l'intrigue (principalement le miroir du Max du premier épisode, avec un développement assez similaire).

Personnellement, le fait que Max ne soit pas autrement mis en avant de m'a pas dérangé, principalement parce que le personnage de Furiosa est vraiment énorme.
Ce n'est d'ailleurs pas la seule, Nux est également très bien écrit et les personnages secondaires s'en sortent très bien de manière générale.
Ce n'était pas un tâche facile pour Tom Hardy de remplacer Mel Gibson, il en était d'ailleurs conscient. Son but était d'offrir un Max différent de celui des années 80 et le résultat est vraiment convainquant, tant Max n'a jamais semblé autant "Mad". Le jeu de regard de Hardy joue beaucoup là-dedans, couplé au fait qu'il ne s'exprime pratiquement que par des grognements en début de film.


Un mystère qui régnait autour du film était de savoir si la course-poursuite endiablée allait se poursuivre durant l'intégralité du film, ce n'est pas le cas.
Certains moments de repos bienvenus permettent au spectateur de souffler un peu avant la prochaine salve. Ceux-ci permettent également le développement des personnages et leur rapprochement, on en apprendra plus sur le passé de Furiosa notamment.
Il y a, en particulier, un "ventre mou" au milieu du film mais ça ne pose pas vraiment problème, si le film avait été une poursuite non-stop, il y avait le risque que le spectateur se lasse ou ne soit plus impressionné au bout d'un moment.
Tout repart ensuite de plus belle pour une poursuite finale peut-être pas autant impressionnante que la première, mais qui contient son lot de plans extraordinaires. Voir Max traverser l'écran sur une perche pendant que 3 véhicules explosent derrière, ça vaut son pesant de cacahuètes !

Fury road reste fidèle à l'ambiance opéra rock complètement raccord avec le post-apocalyptique steampunk dans lequel se déroulent les événements. A ce niveau, Junkie XL a énormément travaillé sur la musique. On pouvait s'attendre au pire, il faut dire qu'il n'avait pas vraiment brillé sur le dernier 300 (ou sur Night Run plus récemment), mais le résultat final est plutôt surprenant même si on n'aurait pas craché sur plus de thèmes différents. Je retiens surtout le thème principal (celui que l'on entend dans la bande annonce) qui revient plusieurs fois durant le film.
On ressent clairement une influence zimmerienne dans certains thèmes avec un petit peu trop de percussions (ceux qui connaissent le travail de Hans Zimmer verront de quoi je parle) mais ce n'est pas dérangeant dans la mesure que la musique est très souvent noyée dans les effets sonores du film, renforçant encore la sensation de chaos dans le rendu.

Même la post-conversion 3D est réussie, la profondeur est vraiment visible, ça se ressent particulièrement sur certaines séquences (comme la tempête de sable, à nouveau). J'ai entendu dire qu'un technicien spécialisé dans la 3D était présent sur le tournage, ça expliquerait la qualité de la conversion. Je pense également que Miller a regretté de ne pas avoir tourné le film directement dans ce format, il s'est donc assuré que la post-conversion soit de la meilleure qualité possible.


En plus d'être complètement fidèle à l'univers Mad Max des années 80, Fury Road fait donc encore mieux et détrône le second épisode à mes yeux. Cette maîtrise dans le chaos de George Miller atteint des proportions que je ne pensais jamais voir au cinéma.
Je n'ai peut-être pas encore le recul nécessaire pour écrire cet article, mais je tenais vraiment à vous faire part de mes impressions à chaud, quitte à ce que ce soit un peu désorganisé...

Après le ratage total qu'a été le dernier Avengers (dont je parle ici), Mad Max : Fury Road vient donner une leçon à tous ces blockbusters formatés qui ne prennent aucun risque sortis ces derniers mois. Non seulement il relève la barre, mais il la place à un niveau qu'il sera extrêmement difficile d'atteindre.
Je suis également heureux de voir que la Warner a accepté de prendre ce risque avec George Miller qui restait quand même sur un gros échec au box-office avec Happy Feet 2, ça montre qu'un réalisateur peut faire des choses incroyables quand on lui donne les moyens et qu'on ne le bride pas dans ses choix créatifs. J'espère de tout cœur que ce Fury Road va cartonner dans les salles pour que sa suite, déjà prévue, soit confirmée à 100%.

Avec ce film, j'ai renoué avec la sensation de ressortir d'une salle de cinéma soufflé, en ayant l'impression d'avoir vraiment vu quelque chose de grand, chose qui ne m'était plus arrivée depuis un petit moment désormais.
Pour tout ceci je dis merci à George Miller et j'espère que Fury Road fera office de référence pour la suite et que les producteurs oseront se décoincer plus qu'ils ne le sont actuellement, le cinéma ne pourra que en ressortir gagnant.


mardi 12 mai 2015

Minority Report (2002) - Collaboration avec Les Lectures à la pleine lune

Titre : Minority Report

Date de sortie française : 2 octobre 2002

Réalisateur : Steven Spielberg

Scénario : Scott Frank et Jon Cohen (adapté de la nouvelle "The Minority Report" de Philip K. Dick)

Directeur de la photographie : Janusz Kaminski

Montage : Michael Kahn

Musique : John Williams

Durée : 2h25

Avec : Tom Cruise, Colin Farrell, Max Von Sydow, Samantha Morton, Kathryn Morris, 


Synopsis : A Washington, en 2054, la société du futur a éradiqué le meurtre en se dotant du système de prévention / détection / répression le plus sophistiqué du monde. Dissimulés au coeur du Ministère de la Justice, trois extra-lucides captent les signes précurseurs des violences homicides et en adressent les images à leur contrôleur, John Anderton, le chef de la "Précrime" devenu justicier après la disparition tragique de son fils. Celui-ci n'a alors plus qu'à lancer son escouade aux trousses du "coupable"...Mais un jour se produit l'impensable : l'ordinateur lui renvoie sa propre image. D'ici 36 heures, Anderton aura assassiné un parfait étranger. Devenu la cible de ses propres troupes, Anderton prend la fuite. Son seul espoir pour déjouer le complot : dénicher sa future victime ; sa seule arme : les visions parcellaires, énigmatiques, de la plus fragile des Pré-Cogs : Agatha. (Source : Allociné)

Avant-propos


Comme l'annonce si bien le titre de ce petit article, il s'agit ici de la troisième collaboration que j'effectue avec le blog des Lectures à la pleine lune. Une fois n'est pas coutume c'est moi qui ai proposé de parler de cette oeuvre en particulier et je vous conseille chaudement de vous attaquer à l'article rédigé sur la nouvelle par ici avant de passer à la lecture de la partie dédiée au film.

Mon avis


S'il y a bien un réalisateur qui parle à tout le monde, des plus petits aux plus grands, et qui a su marquer plusieurs génération de son empreinte, c'est bien Steven Spielberg.
Minority Report représente dans sa filmographie une de ces œuvres qui a marqué un tournant avec des films beaucoup plus matures à partir de la fin des années 90 et le début des années 2000.

A peine un an après son A.I. Intelligence artificielle, également adapté d'une nouvelle (et qui devait être réalisé par Kubrick mais a été repris par Spielberg après sa mort), le père de Jurassic Park et Indiana Jones reste donc dans la science-fiction et nous livre un film dont la portée donne encore matière à réfléchir plus de 10 ans après.

L'intrigue se passe à Washington, dans un avenir proche, où les meurtres ont été complètement éradiqués grâce aux visions des précogs qui arrivent à prédire un crime proche grâce à certains signes précurseurs. Les noms du futur criminel ainsi que celui de la future victime sont envoyés aux agents de la Précrime dont le chef, John Anderton (Tom Cruise), analyse les images envoyées par les précogs afin de déterminer l'endroit exact où doit se produire le meurtre.
La majorité des meurtres n'étant plus prémédités, les agents de Précrime n'ont donc que quelques minutes pour agir et arrêter la personne qui s'apprête à passer à l'acte.
Tout va cependant basculer quand John va assister à une vision le mettant lui-même en scène. N'ayant pas d'autre choix, il fuit et va se retrouver confronté non seulement à son passé, mais également à son avenir.


Ce qui frappe tout de suite, c'est l'atmosphère résolument dystopique, délicieusement appuyée par la photographie très froide de Janusz Kaminski.
Le monde, au début du film, nous paraît totalement déshumanisé, avec les technologies qui prennent totalement le contrôle sur l'être humain. Ici, les publicités sont omniprésentes et agressives et tout le monde est surveillé perpétuellement. C'est tout le génie visionnaire de Philip K. Dick qui se retrouve ici, il avait déjà compris (en 1956 !) ce que les technologies pouvaient avoir de néfaste avec cet aspect surveillance (NSA ou les réseaux sociaux d'aujourd'hui) et cette publicité omniprésente qui surgit à la manière de nos pop-up actuels.

Il voyait également se profiler ce qu'on pourrait appeler aujourd'hui la tolérance zéro et ses dérives ultra-sécuritaires. Car c'est ce dont il s'agit, on n'arrête pas des criminels, on arrête des futurs criminels (qui ne le sont donc pas encore au moment de leur arrestation, vous suivez toujours ?).

Il en résulte donc tout un paradoxe dans l'essence même de l'idée de la Précrime. Philosophiquement parlant, le film livre une réflexion bien sentie sur le déterminisme et tout ce qu'il implique, à savoir le fait que tout événement découle d'un autre par une relation de cause à effet. Selon Laplace, une personne ayant une connaissance totale de toutes les variables et des situations des individus composant un moment donné serait capable de prédire le futur de manière certaine.

Aidée de ses précogs, la Précrime est donc une police proactive à 100% qui arrête des meurtriers qui ne le sont pas encore. Si nous vivions dans un monde totalement déterministe, on ne pourrait pas décemment condamner quelqu'un pour avoir tué une tierce personne car il ne pouvait pas en être autrement. On peut donc se poser la question du bien fondé de cette organisation.




L'essence du film se retrouve également dans le développement du personnage de John Anderton qui va passer en l'espace de quelques minutes du chasseur au chassé. L'histoire prend dès lors une tournure beaucoup plus humaine tandis que l'on suit Anderton dans sa cavale. Persuadé de ne vouloir commettre aucun crime, il va être confronté à son passé (et son avenir !) et la question se pose alors de savoir jusqu'à quel point décide-t-on de ses actions...Il y a un glissement du déterminisme vers un aspect beaucoup plus tourné vers le libre-arbitre.

Au fur et à mesure des recherches de John, on apprend comment il a perdu son fils et qu'il se sent responsable. Il faut d'ailleurs souligner que Tom Cruise livre une excellente prestation et permet au spectateur de se prendre d'affection pour son personnage malgré son côté  un peu sombre (il est devenu accro à une drogue de synthèse depuis la disparition de son fils par exemple).

Spielberg arrive vraiment à transcender son histoire avec cette caméra très libre qui nous offre parfois des mouvements très audacieux. Une scène particulièrement marquante est celle où John se repose après avoir subi une greffe des yeux et que des agents du Précrime arrivent pour "scanner" l'iris de toutes les personnes présentes dans l'immeuble à l'aide d'araignées robotisées.
Cette scène est impressionnante par le suspense qui s'en dégage mais également car elle est filmée en plan-séquence assez virtuose où la caméra va passer d'un appartement à l'autre en filmant toujours l'action du dessus, splendide !


J'ai parlé de Tom Cruise plus haut mais tout le casting s'en sort bien, même Colin Farrell alors qu'il a tendance à m'agacer un peu dans certains de ses rôles. Samantha Morton (Agatha) joue parfaitement son rôle "d'humain déshumanisé" et son impact sera considérable à la résolution de l'intrigue.
Une intrigue qui est d'ailleurs très bien dosée, avec son lot de rebondissements pas forcément très surprenants mais qui fonctionnent plutôt bien. On aurait peut-être pu espérer un peu plus de folie de la part de Spielberg mais ce serait chipoter sur pas grand chose car le rythme est vraiment très bon.

Pour ce film, John Williams a pu composer la musique après avoir vu une version quasi-définitive du film. Souhaitant être lui aussi fidèle à l'ambiance, il livre une partition plus expérimentale que ce qu'on a l'habitude d'entendre chez lui, avec des sons mélangeant orchestre symphonique classique et synthétiseur. D'ailleurs, Spielberg lui-même a déclaré que le score de Williams se "ressentait" plus qu'il ne s'entendait, on ne saurait lui donner tort...

Minority Report, bien qu'il n'entre pas dans mes Spielberg préférés, est donc un bon ambassadeur du "tournant" (mais le mot est peut-être un peu fort) qu'a pris la filmographie du cinéaste à l'aube du troisième millénaire. En plus d'être une fois de plus une excellente adaptation d'une oeuvre de Philip K. Dick (il n'a clairement pas à rougir vis-à-vis de films comme Blade Runner ou Total Recall pour ne citer qu'eux), le film arrive à encadrer son sujet à merveille. La réflexion sur le déterminisme et les dérives d'un système ultra-contrôlé donne de quoi réfléchir, on en arriverait presque à se demander s'il existe vraiment un mur entre la science-fiction et la réalité.
Les thématiques abordées démontrent non seulement la vision extrêmement visionnaire de Philip K. Dick mais n'ont en plus jamais été aussi actuelles en cette époque où on ne sait jamais vraiment où et quand nous sommes surveillés.


lundi 4 mai 2015

Avengers : L'Ère d'Ultron (2015)

Titre original : Avengers: Age of Ultron

Date de sortie française : 22 avril 2015

Réalisateur : Joss Whedon

Scénario : Joss Whedon, inspiré des personnages créés par Stan Lee et Jack Kirby

Directeur de la photographie : Ben Davis

Musique : Brian Tyler et Danny Elfman

Durée : 2h22

Avec : Robert Downey Jr., Chris Evans, Chris Hemsworth, Mark Ruffalo, Scarlett Johansson, Jeremy Renner, Aaron Taylor-Johnson, Elizabeth Olsen, James Spader, Paul Bettany, Don Cheadle, Samuel L. Jackson



Synopsis : Alors que Tony Stark tente de relancer un programme de maintien de la paix jusque-là suspendu, les choses tournent mal et les super-héros Iron Man, Captain America, Thor, Hulk, Black Widow et Hawkeye vont devoir à nouveau unir leurs forces pour combattre le plus puissant de leurs adversaires : le terrible Ultron, un être technologique terrifiant qui s’est juré d’éradiquer l’espèce humaine.Afin d’empêcher celui-ci d’accomplir ses sombres desseins, des alliances inattendues se scellent, les entraînant dans une incroyable aventure et une haletante course contre le temps… (Source : Allociné)

Mon avis


Dernier né du Marvel Cinematic Universe, Avengers: L'Ère d'Ultron regroupe pour la deuxième fois tous les super-héros emblématique du petit monde de Marvel, 3 ans après un premier opus plutôt réussi.
Etant l'avant-dernier film de ce qui constitue la Phase 2 du MCU (celle-ci va s'achever avec la sortie de Ant-Man en juillet prochain), le film promettait d'apporter certaines réponses à l'intrigue développée dans les différents films sortis ces deux dernières années, et plus particulièrement à celle mise en avant dans Captain America : Le Soldat de l'Hiver dont ce nouveau Avengers est la suite directe.

Déjà garanti d'un carton historique au box-office, le film est-il à la hauteur des attentes et des enjeux posés ou est-ce que le MCU commence véritablement à perdre son souffle ?

Pas besoin de tergiverser bien longtemps : c'est mauvais, voire même très mauvais par moments.
Il existe de ces films où on sait dès le premier plan qu'on va avoir à faire à quelque chose de médiocre, cet Avengers en fait partie.
L'histoire s'ouvre sur l'attaque d'une base HYDRA par les Vengeurs avec pour but de s'emparer du sceptre de Loki. Cette scène débute en fait par un plan-séquence en numérique où la caméra passe d'un Vengeur à l'autre (à la manière de ce qui avait été fait dans le premier Avengers) avant de finir par le fameux plan, déjà visible dans les bande-annonces, où tous les héros sont côte-à-côte, au ralenti. Le ton est vite donné, tant la séquence est kitsch.


De retour à leur base, Tony Stark (Robert Downey Jr.), aidé à contrecœur par Bruce Banner (Mark Ruffalo), décide d'utiliser le temps qu'il a en possession du sceptre pour concrétiser un projet de longue date : Ultron, une intelligence artificielle destinée à assurer la paix dans le monde en éliminant toute menace (extraterrestre essentiellement).
J'aborde justement ici ce que je considère comme un des plus gros problèmes du film (et c'est d'ailleurs un comble), c'est Ultron lui-même.
Ce dernier décide en effet d'éliminer ce qu'il considère comme la plus grande menace pour l'humanité : l'humanité elle-même ! On peut éventuellement saluer cet aspect qui touche assez juste au vu de ce qu'il se passe dans le monde actuellement, mais le problème vient du fait que Ultron se retrouve donc comme le grand méchant de l'histoire sans véritable raison, ça le rend donc tout de suite inintéressant. Dans son ensemble, celui-ci est complètement raté : il ne dégage aucune impression de puissance, aucun charisme et même le doublage de James Spader n'est pas à la hauteur, il faut dire qu'il n'est pas non plus aidé par les dialogues attribués à Ultron qui, lorsqu'il n'est pas en train d'expliquer son plan machiavélique pour exterminer les humains, se perd à citer du Nietzsche...ça fait peine à voir, on est bien loin du charisme d'un Loki (qui a d'ailleurs été coupé au montage pour la version cinéma).

Ce qui choque également, c'est l'absence totale d'enjeux. C'est d'ailleurs vraiment dommageable d'avoir un film de cette envergure censé apporter des réponses à certaines des "grandes" questions laissées en suspens dans les films précédents et n'avoir finalement que le néant scénaristique dans le produit final.
On sent malgré tout que Joss Whedon a essayé d'instaurer une ambiance plus sérieuse et plus pesante que ce qu'on trouve habituellement chez Marvel. Cependant, et il fallait s'y attendre, ceci est complètement gâché par de la dédramatisation à toutes les sauces. On commence à avoir des enjeux dramatiques ? Ça se passe mal pour nos Vengeurs ? Hop, on a une petite blague qui arrive et qui casse complètement le truc ! Ce problème était déjà présent dans le premier Avengers mais c'était bien moins handicapant qu'ici.


Du coup, les enjeux sont très vite détruits et tout devient extrêmement prévisible. Tout ceci sans parler du fait que le film souffre d'un énorme problème de rythme. Il commence en effet sur les chapeaux de roue avec la séquence dans la base HYDRA puis va ensuite enchaîner les moments de tension et de relâchements de manière assez anarchique. En guise de gros ventre mou, je me sens obligé de mentionner cette scène un peu surréaliste où les Avengers se réfugient dans la maison de Hawkeye (Jeremy Renner) perdue au milieu de nulle part dans un décor qui n'a rien à envier à "La petite Maison dans la Prairie".
Forcément, entre le rythme à la ramasse et l'absence totale d'enjeux, difficile de vraiment s'enthousiasmer. C'est d'ailleurs le premier Marvel où je me suis profondément ennuyé durant la quasi-totalité du film, c'est quand même extrêmement rédhibitoire.

Au niveau des personnages, on retrouve la "petite" clique du premier opus mais le développement des personnages est clairement inégal. Le personnage de Hawkeye, par exemple, a droit à un traitement particulièrement poussé dans L'Ère d'Ultron, si bien que je me demande si Jeremy Renner n'aurait pas été frustré d'avoir un rôle si anecdotique dans le premier film et aurait demandé à la production de mettre plus en avant son personnage.
Un développement particulier est également accordé à la relation entre Bruce Banner et Natasha Romanoff (Scarlett Johansson), c'est bien beau mais, encore une fois, ça ne sort de nulle part et c'est complètement inintéressant en plus d'être pénible à regarder.

Chez les petits nouveaux, on fait la rencontre des jumeaux Maximoff : Quicksilver (Aaron Taylor-Johnson) et Scarlet Witch (Elizabeth Olsen), tout d'abord du côté de l'HYDRA (qui leur a donné leurs pouvoirs grâce au sceptre de Loki) puis d'Ultron, avant de se ranger du côté des Vengeurs en découvrant le véritable plan du principal antagoniste.
Les personnages sont plutôt intéressants mais ils ne sont pas exploités de la même manière. Wanda est plutôt intéressante et joue un rôle intéressant vers la fin de l'histoire.
Pietro avait un gros potentiel mais il a malheureusement été gâché, le personnage étant complètement sous-exploité et inutile au récit. On est bien loin du Quicksilver de Bryan Singer dans X-Men: Days of Future Past qui apparaissait assez peu mais qui en jetait vraiment.
Au vu de tout le teasing qu'il y avait eu autour des deux jumeaux à la fin du dernier Captain America, on était vraiment en droit de s'attendre à mieux.


L'Ère d'Ultron voit également l'arrivée de Vision (Paul Bettany), en quelque sorte une personnification de Jarvis, qui est finalement l'un des personnages les plus intéressants, que ce soit au niveau du design où de la place qu'il pourrait prendre dans l'histoire. Il n'est malheureusement pas assez exploité à mon goût, n'apparaissant que dans le dernier quart du film. J'espère cependant qu'il reviendra dans le futur car il y a vraiment moyen d'en faire quelque chose (et Paul Bettany a vraiment la classe !).

Niveau réalisation, c'est déjà bien plus agréable à regarder que le dernier Captain America et ses combats filmé par des parkinsoniens. Il y a certaines bonnes idées mais ça reste somme toute classique pour un blockbuster dans le genre, il y a tout de même certaines séquences dont le rendu fait vraiment faux (à nouveau, le plan-séquence introductif). Il faut par contre de nouveau se coltiner la post-conversion en 3D made in Marvel qui est toujours autant ratée, tant le film n'est pas du tout pensé pour le format. J'ai désespérément cherché un peu de profondeur dans l'image durant toute la projection, en vain (mis à part les sous-titres...). Préférez donc une projection classique si vous en avez l'occasion, vous économiserez le prix de la 3D (ce qui est un moindre mal).

Pour en finir avec tout ce qui ne va pas, il faut se farcir une énième fois la soupe musicale insipide de Brian Tyler qui n'aide vraiment à rendre la chose épique, tant c'est le bordel par moment. Même ce pauvre Danny Elfman est venu participer au naufrage, à croire qu'il avait besoin d'arrondir ses fins de mois...

Peu de bonnes choses à retenir donc de cette deuxième réunion des Avengers, l'effet de surprise qui avait grandement contribué à rendre le premier opus franchement agréable s'est estompé et on se retrouve avec un long-métrage pénible à regarder sans aucun enjeu digne d'intérêt (et on ne me fera pas croire que la version longue y changera quelque chose). De l'aveu même de Joss Whedon, le tournage a été extrêmement éprouvant et on ne le retrouvera d'ailleurs pas pour les deux parties de Infinity War qui ont été confiées aux frères Russo, peu rassurant quand on voit leur travail sur le dernier Captain America.


Au-delà de L'Ère d'Ultron, j'aimerais également passer un coup de gueule contre la machine Marvel qui rouille de plus en plus au fil des films : le constat est très net, sur les quatre derniers films estampillés MCU, trois étaient mauvais, seuls Les Gardiens de la Galaxie avait réussi à se démarquer en proposant un vent de fraîcheur bienvenue chez le géant des comics. Il serait peut-être temps de se remettre en question, mais je doute fortement que Kevin Feige (le grand gourou du MCU) ne modifie ne serait-ce qu'une ligne de son cahier des charges.
Tout n'est pas perdu cependant, avec la Phase 3 qui va voir débarquer son lot de personnages inédits au MCU, chacun ayant son propre film (Docteur Strange, Black Panther ou même Spiderman sur lequel Marvel a récupéré les droits). C'est peut-être là l'occasion d'apporter quelque chose de neuf à cet Univers qui s'enfonce de plus en plus dans la médiocrité, c'était d'ailleurs le grand espoir que je portais en Ant-Man...jusqu'à ce que Edgar Wright quitte le projet l'an dernier.

Pour conclure, je dirais que Infinity War s'annonce sous de très mauvais augures, tant il va être compliqué de gérer le grand nombre de personnages qui vont venir se greffer aux Vengeurs.
Si vous êtes allergique au genre super-héroïque, vous allez donc devoir souffrir en silence encore un long moment car la mode n'est de loin pas prête de s'arrêter.


jeudi 9 avril 2015

Big Eyes (2015)

Titre : Big Eyes

Date de sortie française : 18 mars 2015 (25 mars en Suisse)

Réalisateur : Tim Burton

Scénario : Scott Alexander et Larry Karaszewski

Directeur de la photographie : Bruno Delbonnel

Musique : Danny Elfman

Durée : 1h46

Avec : Amy Adams, Christoph Waltz, Jason Schwartzman, Krysten Ritter, Danny Huston, Terence Stamp




Synopsis Big Eyes raconte la scandaleuse histoire vraie de l’une des plus grandes impostures de l’histoire de l’art. À la fin des années 50 et au début des années 60, le peintre Walter Keane a connu un succès phénoménal et révolutionné le commerce de l’art grâce à ses énigmatiques tableaux représentant des enfants malheureux aux yeux immenses. La surprenante et choquante vérité a cependant fini par éclater : ces toiles n’avaient pas été peintes par Walter mais par sa femme, Margaret. L’extraordinaire mensonge des Keane a réussi à duper le monde entier. Le film se concentre sur l’éveil artistique de Margaret, le succès phénoménal de ses tableaux et sa relation tumultueuse avec son mari, qui a connu la gloire en s’attribuant tout le mérite de son travail. (Source : Allociné)

Petit retour sur Burton


Avant de parler du film en soi, je tenais à revenir, le temps de quelques lignes, sur un réalisateur que pratiquement tout le monde connaît, je veux bien entendu parler de Tim Burton.
Il faut dire que j'entretiens avec le personnage une "relation" qui n'est pas toujours au beau fixe. Je suis parfaitement conscient qu'il a su se forger son propre univers fantastique et gothique, reconnaissable au premier coup d’œil, et j'ai un certain respect à son égard vis-à-vis de ça. Cependant, ça fait maintenant quelques années qu'il semble perdu dans ce même univers, sans vraiment réussir à en faire quelque chose de neuf.

Si Burton est principalement connu auprès du grand public pour ses collaborations avec Johnny Depp et sa femme, Helena Bonham Carter (au point que c'en est presque devenu un running gag), ce sont véritablement ses deux films Batman qui lui ont permis de se faire un nom au début des années 1990. Il a depuis été assez prolifique, alternant le très bon (Ed Wood, Sleepy Hollow, Big Fish) et le mauvais (La Planète des Singes, l'épisode le plus ignoble de la franchise ou Alice au Pays des Merveilles qui est vraiment de mauvais goût).
De manière plus générale, j'ai vraiment l'impression que Burton est en train de s'essouffler depuis une dizaine d'années : c'est-à-dire l'époque de Charlie et la Chocolaterie et Les Noces Funèbres. Depuis, il tombe sans cesse dans l'auto-parodie avec cet univers gothique et ces personnages principaux solitaires, les yeux cernés et exposés à la méchanceté du monde extérieur (et avec toujours Johnny Depp et Helena Bonham Carter !).
Je n'ai rien contre son style gothique, c'est juste qu'il y a un fossé immense entre l'univers très mature d'un Batman et l'univers gothique tel que vu par les yeux d'un enfant de ses films récents,

Récemment, nous avons eu droit à Dark Shadows, qui avait du potentiel mais qui a été gâché, et à Frankenweenie que je n'ai pas encore eu l'occasion de voir mais dont j'ai eu de bons retours.
Avec l'annonce de Big Eyes et le retour de Burton au biopic plus de 20 ans après Ed Wood, nous étions légitimement en droit d'espérer un film qui s'écarterait enfin des sentiers tracés par le cinéaste depuis tant d'années.


Mon avis


Inspiré de faits réels, Big Eyes raconte l'histoire de Margaret Ulbrich (Amy Adams) qui quitte son mari avec sa fille pour aller vivre à San Francisco. Elle espère y trouver un travail grâce à son talent : la peinture. Les opportunités étant peu nombreuses, elle se retrouve à peindre des portraits en public qu'elle revend à des prix dérisoires.
C'est là qu'elle rencontre Walter Keane (Christoph Waltz), lui-même peintre (ou prétendu l'être), qui remarque tout de suite le talent et le style particulier de Margaret : tous ses tableaux représentent en effet des enfants avec de très grands yeux, son modèle principal étant sa propre fille.
Pour éviter d'avoir à céder la garde de sa fille, Margaret épouse Walter et prend par la même occasion son nom de famille.

Walter souhaite absolument que les peintures de sa femme soient affichées dans une galerie d'art. En voyant que les tableaux n'ont pas le succès escompté, il décide petit à petit de s'attribuer la paternité des tableaux, sachant qu'ils auront plus de succès si le public est au courant qu'ils sont l'oeuvre d'un homme. Celui-ci va petit à petit en vouloir toujours plus et Margaret va se sentir de plus en plus mal de vivre dans l'ombre et de voir son mari récolter tout le mérite à sa place.

Comme attendu, ce qui choque au premier coup d’œil dans le film est l'absence totale de la patte de Tim Burton, exit les univers loufoques. L'essentiel de l'intrigue se passe en effet à San Francisco, nous avons donc droit à certains plans quasi-inédits chez le cinéaste puisqu'il filme une ville existant réellement.
On remarque toutefois assez vite qu'il s'agit très certainement d'un des films les plus personnels de Burton quand on sait à quel point l'art (et les artistes en général) l'intéresse. Ce n'est pas non plus un hasard s'il a choisi l'histoire de Margaret Keane et de ses tableaux de filles aux grands yeux car c'est certainement la partie du corps qu'il a le plus souvent mis en avant dans sa filmographie, bon nombre de ses personnages possédant des yeux disproportionné (Les Noces Funèbres, Charlie et la Chocolaterie, Frankenweenie, même l'Etrange Noël de M. Jack dont il est scénariste).
Ainsi, même si son style ne se retrouve pas au niveau visuel, il se devine parfois aux thématiques abordées.


En raison du budget, 10 millions de dollars contre plus de 150 millions pour Alice et Dark Shadows, Burton s'est retrouvé obligé de tourner en numérique, meilleur marché, lui qui était toujours resté fidèle à la pellicule jusque-là. Il en résulte une image différente de ce qu'on a l'habitude de voir chez lui mais je dois admettre que ça rend vraiment bien à l'écran. Le mérite revient principalement à Bruno Delbonnel (qui avait déjà oeuvré chez Jean-Pierre Jeunet et les frères Coen) qui nous livre une photographie débordante de couleur, parfois à la limite du réaliste et penchant presque vers le décor de carte postale par moment (je pense notamment au passage à Hawaï).
Tout ceci est bien évidemment en raccord avec le sujet même du film, certains plans faisant véritablement penser à des tableaux vivants.

D'une manière générale, la mise en scène est assez classique, il n'y a pas vraiment d'extravagance comme on en trouve dans le reste de la filmographie de Burton. On peut même se demander si le cœur y était vraiment quand il a filmé son histoire quand on sait qu'il n'était pas censé le réaliser à la base (il devait uniquement être producteur et les deux scénaristes devaient le réaliser). Ça m'a quand même permis de me rendre compte que je dois avoir un problème avec le style Burton en général car je pense que c'est le plus beau film que j'aie vu de lui depuis Big Fish (qui était différent de ses autres films par l'image mais moins par les thématiques).

Autre fait rare chez Burton, il s'est attaché les services de deux acteurs avec qui il n'avait jamais tourné, laissant complètement de côté ses traditionnels acteurs fétiches. Il s'agit en effet de son premier film en images réelles depuis Big Fish (encore une fois !) à ne pas avoir Johnny Depp ou Helena Bonham Carter au casting. Encore une fois je trouve ça très intéressant qu'il arrive à se renouveler de ce côté-là, de plus Christoph Waltz, Amy Adams et surtout Jason Schwartzman sont des acteurs que j'apprécie énormément (même si ce dernier apparaît très peu à l'écran).


Ce choix s'avère payant car tous les acteurs jouent très bien. Amy Adams est touchante dans la peau de cette femme déchirée entre la frustration de vivre dans l'ombre de son mari et la peur de ce que ce dernier pourrait lui faire si elle révélait leur secret. Adams arrive à faire passer énormément d'émotions avec son regard, ce qui n'est pas anodin quand on est devant un film qui s'appelle Big Eyes.
Étrangement, j'ai eu un peu de mal avec le jeu de Christoph Waltz au tout début du film, sans que je n'arrive vraiment à expliquer pourquoi. J'ai trouvé qu'il cabotinait un peu et j'ai eu de la peine à m'intéresser au personnage dans les premières minutes. Ça s'arrange nettement par la suite quand il commence à être attiré par l'appât du gain et ça se termine en beauté avec son immense pétage de câble au tribunal.

Tous les autres personnages sont vraiment secondaires mais je tenais à mentionner vite fait le critique d'art John Canaday (Terence Stamp) qui est un des seuls à trouver les tableaux de Keane "honteux" et de "mauvais goût". Il tient d'ailleurs un discours intéressant en disant que ce n'est pas parce que les gens aiment que ça devient de l'art, on a peut-être ici un message subtile de Burton à ses détracteurs mais il est possible que je surinterprète, surtout que le film s'ouvre sur une citation de Warhol qui dit plus ou moins le contraire.

Danny Elfman, qui a composé la musique de quasiment tous les films de Burton, nous livre ici une partition assez discrète et qui ne restera pas dans les mémoires, bien qu'elle soit plutôt agréable.
Les chansons sont interprétées par Lana Del, dont je ne suis déjà pas fan à la base, et ne collent absolument pas au film car elles arrivent à des moments complètement improbables. Je n'ai rien contre une bonne musique durant le générique mais là ça sonnait vraiment bizarre en plus de ne pas être nécessaire.


Big Eyes est donc un film vraiment très agréable en plus d'être une bouffée d'air frais dans l'univers résolument étrange de Tim Burton. Dire qu'il commence à se racheter une crédibilité artistique avec ce film serait un peu fort, mais on sent vraiment qu'il a voulu faire quelque chose de vraiment personnel sur un sujet qui le touche vraiment.
Il y a un parti pris flagrant de Burton envers Margaret et ça se sent dans la manière dont est traité le personnage de Walter qui est souvent tourné en ridicule. La scène du tribunal, par exemple, est une des plus drôles du film de par le numéro de Christoph Waltz.

Si vous faites partie de ceux - et il y en a - qui sont allergiques au style du réalisateur, vous risquez d'en sortir agréablement surpris. Si, au contraire, vous êtes un fan, vous vous sentirez peut-être un peu dépaysé au début, mais ça ne devrait pas vous empêcher d'apprécier le film...à moins d'être complètement hermétique à l'histoire.


samedi 4 avril 2015

Fast & Furious 7 (2015)

Titre original : Furious 7

Date de sortie française : 1er avril 2015

Réalisateur :  James Wan

Scénario : Chris Morgan

Directeur de la photographie : Stephen F. Windon

Musique : Brian Tyler

Durée : 2h20

Avec : Vin Diesel, Paul Walker, Jason Statham, Dwayne Johnson, Michelle Rodriguez, Tyrese Gibson, Chris Bridges, Jordana Brewster et Kurt Russell




Synopsis Dominic Toretto et sa « famille » doivent faire face à un mystérieux agresseur, Deckard Shaw, bien décidé à venger son frère, Owen Shaw, qui a été gravement blessé par la bande de Dominic. (Source : Wikipédia).

Mon avis


La franchise de bagnoles la plus connue du grand public et la plus rentable de chez Universal est de retour pour une 7ème cuvée ! Celle-ci a bien évidemment une saveur un peu particulière avec la mort de Paul Walker qui est intervenue en plein milieu de tournage et qui a repoussé la sortie du film de 9 mois. Avant de parler de ce dernier volet, je tenais à revenir rapidement sur cette franchise qui me tient particulièrement à cœur.

Les deux premiers épisodes (sortis respectivement en 2001 et 2003) se démarquaient par leur ambiance très underground et étaient complètement axée sur le côté courses urbaines et tuning. Cet aspect a d'ailleurs lancé une sorte de mode à l'époque, avec des jeux comme Need For Speed Underground qui s'inspiraient fortement de cet univers.
Fast and Furious et sa suite font partie de ces films qui ont considérablement marqués ma jeunesse et qui m'ont permis de commencer à développer une affection certaine pour les personnages, même si, de manière objective, la qualité des films n'était pas vraiment folichonne (la faute à une réalisation assez dégueulasse).

Tokyo Drift (2006) est un épisode que je considère un peu à part à cause du fait que tous les principaux protagonistes des autres films sont absents (à l'exception de Vin Diesel qui apparaît pour un caméo). L'ambiance des deux premiers films était là mais le personnage principal (interprété par Lucas Black) manquait clairement de charisme et le film, même si je l'ai apprécié à sa sortie, reste un peu en retrait me concernant. Il viendra quand même, par la suite, se rattacher au reste de la franchise pour lui permettre d'enlever son label un peu "bâtard" qu'il traînait avec lui.



Le quatrième opus (2009) a commencé à marquer le changement d'orientation de la franchise vers un aspect résolument tourné vers l'action. Le film en souffre d'ailleurs car cet aspect n'est pas encore maîtrisé (et assumé) et il en résulte que Fast & Furious 4 est clairement le moins bon épisode de la franchise à mes yeux.

Fast & Furious 5 (2011) transforme formidablement l'essai en proposant cette fois-ci ce qui est devenu le leitmotiv de la série depuis : l'action à 100% en assurant complètement la surenchère permanente. Il n'est désormais plus question de crédibilité, c'est du fun, des money shots en veux-tu en voilà et une réalisation solide derrière. Il faut aussi dire que l'arrivé de Dwayne Johnson y est pour quelque chose, la brutalité de son personnage (Luke Hobbs) s'intègre totalement à cet état d'esprit.

La sixième fournée (2013) gardait le même ton, en allant encore plus loin dans la démesure, avec certaines séquences complètement folles, allant même jusqu'à rendre le tout parfois absurde (on se rappelle tous de la fameuse séquence de l'aéroport avec la piste qui ne finit jamais).
Ces deux derniers épisodes représentent à mes yeux la quintessence de la franchise, avec deux films qui ne se prennent jamais vraiment au sérieux et des séquences mémorables, là où beaucoup de blockbusters actuels essaient de jouer la carte plus sombre avec de la dédramatisation toutes les 5 minutes.


Autant dire que j'attendais de pied ferme ce 7ème épisode, d'autant plus qu'il marque l'arrivée de James Wan (Saw, Insidious, Conjuring) aux commandes, Justin Lin ayant décidé de se tourner vers d'autres projets. J'étais très curieux de voir s'il allait arriver à rester dans l'esprit de la série tout en y injectant sa patte. J'attendais également (avec un peu d'appréhension certes) de voir quel traitement il allait accorder à Paul Walker et son personnage alors qu'il lui restait encore de nombreuses scènes à tourner au moment de sa mort tragique le 30 novembre 2013.

Le film débute à peu de choses près là où s'était conclu le précédent, avec la bande à Dominic Toretto (Vin Diesel) qui est de nouveau mis face à un gros problème, personnifié par Deckard Shaw (Jason Statham) qui veut venger son frère Owen (Luke Evans), sérieusement amoché par Dom et sa "famille" à la fin du sixième opus.
Scénario toute somme classique mais efficace, avec tout le film qui va se concentrer sur cette confrontation entre Shaw et la bande à Dom, tout en cherchant à mener Brian vers une porte de sortie digne de la place qu'il aura tenu dans la série.

L'histoire commence directement par une grosse scène de baston que j'attendais particulièrement, celle entre Hobbs et Shaw, qui va d'ailleurs se finir plutôt mal pour ce premier. Ceci amène directement un premier point que je voulais aborder, il s'agit de la quasi absence de Dwayne Johnson qui ne joue vraiment un rôle qu'au tout début et à la toute fin. Alors certes ça rend ses apparitions assez mémorables (quoi de plus jouissif que de le voir canarder un hélicoptère avec une sulfateuse ?) mais je pense qu'une plus grande présence à l'écran aurait permis à l'histoire de prendre encore une autre envergure.


Le film respecte parfaitement le ton posé par la franchise depuis le cinquième épisode, à savoir de l'action décomplexée et survitaminée du début à la fin. Cependant, celui-ci adopte un ton beaucoup plus sérieux que ses deux prédécesseurs, mort de Paul Walker oblige, et je trouve que ça pose un peu problème. La force de la franchise est d'assumer complètement son côté surréaliste dans un cadre résolument second degré et au ton léger ; le fait de rendre l'histoire plus sérieuse fait perdre sensiblement cet aspect second degré et, du coup, rend le film beaucoup moins décomplexé que ce qu'on serait en droit d'attendre.

Alors certes, ça ne détruit pas le film mais l'action devient soudainement beaucoup plus lourde et l'humour plus beauf. En guise d'exemple, je prendrai le personnage de Roman Pearce (Tyrese Gibson) : celui-ci a toujours été le comic relief de la saga mais ça passait toujours très bien quand le ton lui-même était raccord. Ici, il tombe dans une espèce de cabotinage qui pourrait vite devenir assez exaspérant car, pour le coup, on en arrive à faire de la dédramatisation, ce qui n'est justement pas le but de la série !

Certes je chipote un peu, ce point en particulier ne m'a d'ailleurs pas plus dérangé que ça mais ça montre que la production s'est clairement retrouvée devant une situation difficile à gérer après la mort de Paul Walker et qu'ils ont préféré jouer cette carte plutôt que de prendre le risque de présenter un film dans la lignée des deux précédents et que ça passe mal. De ce point de vue-là, je ne peux donc pas vraiment leur en tenir rigueur.


Un autre point que j'aimerais soulever est la réalisation : on était en droit de s'attendre à ce que James Wan injecte un peu de son essence au film, il s'avère que ce n'est pas vraiment le cas.
Afin de coller au maximum au style de Justin Lin, Wan a certainement été confronté à un cahier des charges qui a considérablement limité sa liberté d'action. On se retrouve donc avec des séquences parfois grandioses mais souvent brouillonnes, certaines scènes d'action étant d'ailleurs particulièrement illisibles par moments.
Dans l'ensemble, ça reste cependant plutôt agréable à regarder avec des combats au corps-à-corps plutôt bien chorégraphiés (et dieu sait s'il y en a) et certaines bonnes idées de mise en scène.

Comme la saga nous en a donné l'habitude depuis quelques temps maintenant, nous avons droit à certaines séquences particulièrement épiques (la scène à Abu Dhabi à elle seule mérite de payer l'entrée) et toujours autant fun à regarder. Cette surenchère permanente a quand même un aspect négatif : en effet, nous avons droit à des séquences tellement folles que la scène d'action finale (qui est d'ailleurs très longue) fait plutôt pâle figure à côté et s'avère assez décevante. On pourra mettre ça sur le compte de l'écriture mais j'espère que ce n'est pas un premier signe d'épuisement dans une saga qui n'avait plus connu de baisse de régime depuis le quatrième épisode.

Au niveau du casting, nous voyons donc débarquer Jason Statham en tant que principal antagoniste et, même s'il n'apparaît pas tant que ça à l'écran, sa présence fait plaisir car il trouve là un rôle qui lui convient plutôt bien. On pourra regretter que sa "fin" soit quelque peu ridicule (et un peu facile) mais rien de bien fâcheux non plus.
Je tiens aussi à noter la présence de Kurt Russell, essentiellement connu pour ses rôles chez John Carpenter et qui effectue enfin son retour sur le devant de la scène (il va également jouer dans le prochain film de Tarantino en fin d'année). Malheureusement, son personnage n'est pas vraiment intéressant et se révèle finalement assez inutile et mal exploité.


Je ne peux bien sûr pas parler de Fast & Furious 7 sans évoquer le cas Paul Walker. Comme déjà mentionné, la production a été obligée de se mettre en pause afin de modifier le scénario et de trouver un moyen de quand même terminer les scènes que Walker devait tourner.
La production s'est donc tournée vers ses deux frères, Cody et Caleb, pour lui servir de doublure sur les plans larges, tandis que le visage de Paul a été reconstitué numériquement sur leurs corps pour les plans rapprochés.
Résultat ? On n'y voit que du feu ! A vrai dire, il n'y a que deux plans où j'ai eu une impression un peu étrange, dont la séquence de fin car je savais qu'elle avait été précisément tournée après la mort de l'acteur.

Cette fin, parlons-en justement (et stoppez donc votre lecture ici car des SPOILERS arrivent!) : une des principales interrogations que j'avais était de savoir par quelle astuce scénaristiques ils allaient mettre Brian "à la retraite", on savait qu'il s'agirait d'un hommage mais sans savoir quelle forme il allait prendre.
Et là je lève mon chapeau car c'est extrêmement réussi et ça devrait toucher tous ceux qui ont suivi la franchise depuis le début. L'hommage est le fait de Vin Diesel en personne et prend la forme d'une magnifique métaphore, faisant un parallèle entre le parcours de Brian et celui de son interprète avec un dernier plan où la voiture de Dom et celle de son meilleur ami prennent chacun une route différente...belle manière de conclure (la larmichette n'était d'ailleurs pas loin mais mon cœur de pierre a empêché ça).

Cette nouvelle fournée de la franchise n'atteint donc pas les hauteurs de ses deux prédécesseurs, la faute à un ton beaucoup plus sérieux (mais obligé par les circonstances) et à une réalisation un peu en deçà. Cependant, le film joue à nouveau parfaitement son rôle de divertissement jouissif à regarder et contenant bon nombre de séquences mémorables.
Reste à voir maintenant la direction que prendra le 8ème épisode, déjà confirmé depuis longtemps, sans son acteur principal. Pour moi, la boucle est bouclée mais je ne demande qu'à être surpris, la franchise a déjà prouvé avec éclat qu'elle gérait parfaitement les changements d'orientation.