samedi 16 mai 2015

Mad Max : Fury Road (2015)

Titre : Mad Max : Fury Road

Date de sortie française : 14 mai 2015

Réalisateur : George Miller

Scénario : George Miller, Brendan McCarthy et Nick Lathouris

Directeur de la photographie : John Seale

Montage : Margaret Sixel

Musique : Junkie XL

Durée : 2h

Avec : Tom Hardy, Charlize Theron, Nicholas Hoult, Hugh Keays-Byrne, Rosie Huntington-Whiteley, Zoë Kravitz


Synopsis Hanté par un lourd passé, Mad Max estime que le meilleur moyen de survivre est de rester seul. Cependant, il se retrouve embarqué par une bande qui parcourt la Désolation à bord d'un véhicule militaire piloté par l'Imperator Furiosa. Ils fuient la Citadelle où sévit le terrible Immortan Joe qui s'est fait voler un objet irremplaçable. Enragé, ce Seigneur de guerre envoie ses hommes pour traquer les rebelles impitoyablement…(Source : Allociné)

Mon avis


Max is back ! 30 an après un 3ème volet raté, un des anti-héros les plus emblématiques des années '80 fait son grand retour sur grand écran. Exit Mel Gibson, trop âgé, c'est Tom Hardy qui reprend le rôle du road warrior dans ce nouvel opus toujours dirigé par le visionnaire George Miller.
Fait assez rare, le film est un reboot réalisé par la même personne que les films originaux, on était donc en droit de s'attendre à ce que l'esprit de la franchise soit respecté, tout en y ajoutant cette dose de folie supplémentaire.

Il existe de ces films, où dès le premier plan, dès la première séquence, vous savez d'emblée que vous allez assister à quelque chose d'exceptionnel, Fury Road en fait partie.
Ce premier plan présentant Max à côté de sa fidèle Interceptor, sa voix expliquant brièvement qui il est, son aspect complètement bestial avec ses longs cheveux et ses grognements et, surtout, cette poursuite endiablée au terme de laquelle Max se fera capturer.
Le ton est donné, l'univers est posé.
A l'instar des premiers films, on se retrouve à nouveau dans un univers post-apocalyptique où la population se bat pour l'essence et l'eau. La désolation est encore mieux retranscrite car il n'y a rien à part du désert à perte de vue.

La "tribu" qui a capturé Max est dirigée par Immortan Joe (Hugh Keays-Byrne, qui jouait d'ailleurs également dans le premier Mad Max), qui entretien un culte de la personnalité et se sert de "femmes escalves" pour procréer.
Alors qu'il envoie Furiosa (Charlize Theron), une de ses impératrices, récolter de l'essence à bord d'un camion, cette dernière le trahi et s'éloigne du chemin. Immortan Joe remarque que 5 de ses femmes ont disparu et il envoie donc toute son armée à sa poursuite.

Max, étant donneur universel de sang, est utilisé comme poche de sang pour un de ces guerriers, Nux (Nicholas Hoult) et est attaché à l'avant de l'un des bolides.
Il s'en suite une course poursuite dantesque qui occupera une bonne partie de l'intrigue.


Si vous cherchez le blockbuster d'action de l'année (et même de la décennie ? nous sommes légitimement en droit de se poser la question), pas besoin de chercher plus loin. George Miller (à 70 ans !) ne fait pas dans la dentelle et vient donner une leçon de film d'action dont l'impact résonnera pendant encore longtemps à Hollywood.
La poursuite finale de Mad Max 2 restait, encore de nos jours, une référence du genre, Fury Road vient faire encore plus fort en nous proposant une poursuite à travers le désert d'une folie rarement atteinte.

Miller se permet tout et de la manière la plus réaliste possible. En effet, très peu de fonds verts ont été utilisés et la grande majorité de ce que vous voyez à l'écran est vrai.
Ajoutez à ça une gestion de l'espace extraordinaire et des chorégraphies jouissives au possible et tout y est : on y croit !
Je pourrais écrire 1000 lignes sur le film, je pense que je n'arriverai jamais à décrire ce que j'ai ressenti durant la première demi-heure du film, une sorte d'extase permanente, le souffle coupé en permanence devant ce que j'avais devant les yeux, une jouissance de tous les instants, ce ne sont que quelques-uns des superlatifs qui peuvent décrire ce nouveau Mad Max.

Comme je l'ai mentionné, la grande majorité de ce qu'on voit à l'écran est vrai, cependant, même les rares plans en numériques mettent tout le monde d'accord. La séquence à l'intérieur de la tempête de sable par exemple est une des choses les plus incroyables qu'il m'ait été donné de voir dans un cinéma.

Les bandes-annonces promettaient déjà un rendu visuel assez dingue, la photographie de John Seale contribue énormément à donner ce cachet si particulier au film. La journée, les couleurs sont très jaunes / orangées et très saturées par moment (je pense notamment à la séquence à l'intérieur de la tempête de sable). La photographie souligne parfaitement la chaleur du désert en journée mais n'est pas en reste lors des séquences de nuit avec un bleu très profond et presque surréaliste.


Les nombreux plans larges du film nous permettent de contempler les paysages de Namibie que l'on n'a pas beaucoup l'occasion de voir au cinéma.
Le travail de Miller est d'ailleurs assez remarquable car il arrive à conserver les notions de distance alors que le film entier se passe dans le désert. Les personnages ne semblent perdus à aucun moment et le spectateur non plus.

Les personnages, d'ailleurs, sont très fidèle à l'univers Mad Max : difformes, inquiétants pour certains, délirants pour d'autres. On retrouve tout ce qui faisait le charme de la trilogie.
Le personnage de Max est fidèle à lui-même, très peu bavard et encore plus bestial que jamais. Il n'est pas vraiment présenté mais pourquoi en aurait-il été autrement ? C'est quand même un personnage qui existe depuis plus de 30 ans, pas besoin de perdre du temps dans des présentations redondantes.
Ceci fait que Max est assez discret au début, il en est même un peu relégué au second plan derrière Furiosa qui s'avérera être le miroir de celui-ci au fil de l'intrigue (principalement le miroir du Max du premier épisode, avec un développement assez similaire).

Personnellement, le fait que Max ne soit pas autrement mis en avant de m'a pas dérangé, principalement parce que le personnage de Furiosa est vraiment énorme.
Ce n'est d'ailleurs pas la seule, Nux est également très bien écrit et les personnages secondaires s'en sortent très bien de manière générale.
Ce n'était pas un tâche facile pour Tom Hardy de remplacer Mel Gibson, il en était d'ailleurs conscient. Son but était d'offrir un Max différent de celui des années 80 et le résultat est vraiment convainquant, tant Max n'a jamais semblé autant "Mad". Le jeu de regard de Hardy joue beaucoup là-dedans, couplé au fait qu'il ne s'exprime pratiquement que par des grognements en début de film.


Un mystère qui régnait autour du film était de savoir si la course-poursuite endiablée allait se poursuivre durant l'intégralité du film, ce n'est pas le cas.
Certains moments de repos bienvenus permettent au spectateur de souffler un peu avant la prochaine salve. Ceux-ci permettent également le développement des personnages et leur rapprochement, on en apprendra plus sur le passé de Furiosa notamment.
Il y a, en particulier, un "ventre mou" au milieu du film mais ça ne pose pas vraiment problème, si le film avait été une poursuite non-stop, il y avait le risque que le spectateur se lasse ou ne soit plus impressionné au bout d'un moment.
Tout repart ensuite de plus belle pour une poursuite finale peut-être pas autant impressionnante que la première, mais qui contient son lot de plans extraordinaires. Voir Max traverser l'écran sur une perche pendant que 3 véhicules explosent derrière, ça vaut son pesant de cacahuètes !

Fury road reste fidèle à l'ambiance opéra rock complètement raccord avec le post-apocalyptique steampunk dans lequel se déroulent les événements. A ce niveau, Junkie XL a énormément travaillé sur la musique. On pouvait s'attendre au pire, il faut dire qu'il n'avait pas vraiment brillé sur le dernier 300 (ou sur Night Run plus récemment), mais le résultat final est plutôt surprenant même si on n'aurait pas craché sur plus de thèmes différents. Je retiens surtout le thème principal (celui que l'on entend dans la bande annonce) qui revient plusieurs fois durant le film.
On ressent clairement une influence zimmerienne dans certains thèmes avec un petit peu trop de percussions (ceux qui connaissent le travail de Hans Zimmer verront de quoi je parle) mais ce n'est pas dérangeant dans la mesure que la musique est très souvent noyée dans les effets sonores du film, renforçant encore la sensation de chaos dans le rendu.

Même la post-conversion 3D est réussie, la profondeur est vraiment visible, ça se ressent particulièrement sur certaines séquences (comme la tempête de sable, à nouveau). J'ai entendu dire qu'un technicien spécialisé dans la 3D était présent sur le tournage, ça expliquerait la qualité de la conversion. Je pense également que Miller a regretté de ne pas avoir tourné le film directement dans ce format, il s'est donc assuré que la post-conversion soit de la meilleure qualité possible.


En plus d'être complètement fidèle à l'univers Mad Max des années 80, Fury Road fait donc encore mieux et détrône le second épisode à mes yeux. Cette maîtrise dans le chaos de George Miller atteint des proportions que je ne pensais jamais voir au cinéma.
Je n'ai peut-être pas encore le recul nécessaire pour écrire cet article, mais je tenais vraiment à vous faire part de mes impressions à chaud, quitte à ce que ce soit un peu désorganisé...

Après le ratage total qu'a été le dernier Avengers (dont je parle ici), Mad Max : Fury Road vient donner une leçon à tous ces blockbusters formatés qui ne prennent aucun risque sortis ces derniers mois. Non seulement il relève la barre, mais il la place à un niveau qu'il sera extrêmement difficile d'atteindre.
Je suis également heureux de voir que la Warner a accepté de prendre ce risque avec George Miller qui restait quand même sur un gros échec au box-office avec Happy Feet 2, ça montre qu'un réalisateur peut faire des choses incroyables quand on lui donne les moyens et qu'on ne le bride pas dans ses choix créatifs. J'espère de tout cœur que ce Fury Road va cartonner dans les salles pour que sa suite, déjà prévue, soit confirmée à 100%.

Avec ce film, j'ai renoué avec la sensation de ressortir d'une salle de cinéma soufflé, en ayant l'impression d'avoir vraiment vu quelque chose de grand, chose qui ne m'était plus arrivée depuis un petit moment désormais.
Pour tout ceci je dis merci à George Miller et j'espère que Fury Road fera office de référence pour la suite et que les producteurs oseront se décoincer plus qu'ils ne le sont actuellement, le cinéma ne pourra que en ressortir gagnant.


mardi 12 mai 2015

Minority Report (2002) - Collaboration avec Les Lectures à la pleine lune

Titre : Minority Report

Date de sortie française : 2 octobre 2002

Réalisateur : Steven Spielberg

Scénario : Scott Frank et Jon Cohen (adapté de la nouvelle "The Minority Report" de Philip K. Dick)

Directeur de la photographie : Janusz Kaminski

Montage : Michael Kahn

Musique : John Williams

Durée : 2h25

Avec : Tom Cruise, Colin Farrell, Max Von Sydow, Samantha Morton, Kathryn Morris, 


Synopsis : A Washington, en 2054, la société du futur a éradiqué le meurtre en se dotant du système de prévention / détection / répression le plus sophistiqué du monde. Dissimulés au coeur du Ministère de la Justice, trois extra-lucides captent les signes précurseurs des violences homicides et en adressent les images à leur contrôleur, John Anderton, le chef de la "Précrime" devenu justicier après la disparition tragique de son fils. Celui-ci n'a alors plus qu'à lancer son escouade aux trousses du "coupable"...Mais un jour se produit l'impensable : l'ordinateur lui renvoie sa propre image. D'ici 36 heures, Anderton aura assassiné un parfait étranger. Devenu la cible de ses propres troupes, Anderton prend la fuite. Son seul espoir pour déjouer le complot : dénicher sa future victime ; sa seule arme : les visions parcellaires, énigmatiques, de la plus fragile des Pré-Cogs : Agatha. (Source : Allociné)

Avant-propos


Comme l'annonce si bien le titre de ce petit article, il s'agit ici de la troisième collaboration que j'effectue avec le blog des Lectures à la pleine lune. Une fois n'est pas coutume c'est moi qui ai proposé de parler de cette oeuvre en particulier et je vous conseille chaudement de vous attaquer à l'article rédigé sur la nouvelle par ici avant de passer à la lecture de la partie dédiée au film.

Mon avis


S'il y a bien un réalisateur qui parle à tout le monde, des plus petits aux plus grands, et qui a su marquer plusieurs génération de son empreinte, c'est bien Steven Spielberg.
Minority Report représente dans sa filmographie une de ces œuvres qui a marqué un tournant avec des films beaucoup plus matures à partir de la fin des années 90 et le début des années 2000.

A peine un an après son A.I. Intelligence artificielle, également adapté d'une nouvelle (et qui devait être réalisé par Kubrick mais a été repris par Spielberg après sa mort), le père de Jurassic Park et Indiana Jones reste donc dans la science-fiction et nous livre un film dont la portée donne encore matière à réfléchir plus de 10 ans après.

L'intrigue se passe à Washington, dans un avenir proche, où les meurtres ont été complètement éradiqués grâce aux visions des précogs qui arrivent à prédire un crime proche grâce à certains signes précurseurs. Les noms du futur criminel ainsi que celui de la future victime sont envoyés aux agents de la Précrime dont le chef, John Anderton (Tom Cruise), analyse les images envoyées par les précogs afin de déterminer l'endroit exact où doit se produire le meurtre.
La majorité des meurtres n'étant plus prémédités, les agents de Précrime n'ont donc que quelques minutes pour agir et arrêter la personne qui s'apprête à passer à l'acte.
Tout va cependant basculer quand John va assister à une vision le mettant lui-même en scène. N'ayant pas d'autre choix, il fuit et va se retrouver confronté non seulement à son passé, mais également à son avenir.


Ce qui frappe tout de suite, c'est l'atmosphère résolument dystopique, délicieusement appuyée par la photographie très froide de Janusz Kaminski.
Le monde, au début du film, nous paraît totalement déshumanisé, avec les technologies qui prennent totalement le contrôle sur l'être humain. Ici, les publicités sont omniprésentes et agressives et tout le monde est surveillé perpétuellement. C'est tout le génie visionnaire de Philip K. Dick qui se retrouve ici, il avait déjà compris (en 1956 !) ce que les technologies pouvaient avoir de néfaste avec cet aspect surveillance (NSA ou les réseaux sociaux d'aujourd'hui) et cette publicité omniprésente qui surgit à la manière de nos pop-up actuels.

Il voyait également se profiler ce qu'on pourrait appeler aujourd'hui la tolérance zéro et ses dérives ultra-sécuritaires. Car c'est ce dont il s'agit, on n'arrête pas des criminels, on arrête des futurs criminels (qui ne le sont donc pas encore au moment de leur arrestation, vous suivez toujours ?).

Il en résulte donc tout un paradoxe dans l'essence même de l'idée de la Précrime. Philosophiquement parlant, le film livre une réflexion bien sentie sur le déterminisme et tout ce qu'il implique, à savoir le fait que tout événement découle d'un autre par une relation de cause à effet. Selon Laplace, une personne ayant une connaissance totale de toutes les variables et des situations des individus composant un moment donné serait capable de prédire le futur de manière certaine.

Aidée de ses précogs, la Précrime est donc une police proactive à 100% qui arrête des meurtriers qui ne le sont pas encore. Si nous vivions dans un monde totalement déterministe, on ne pourrait pas décemment condamner quelqu'un pour avoir tué une tierce personne car il ne pouvait pas en être autrement. On peut donc se poser la question du bien fondé de cette organisation.




L'essence du film se retrouve également dans le développement du personnage de John Anderton qui va passer en l'espace de quelques minutes du chasseur au chassé. L'histoire prend dès lors une tournure beaucoup plus humaine tandis que l'on suit Anderton dans sa cavale. Persuadé de ne vouloir commettre aucun crime, il va être confronté à son passé (et son avenir !) et la question se pose alors de savoir jusqu'à quel point décide-t-on de ses actions...Il y a un glissement du déterminisme vers un aspect beaucoup plus tourné vers le libre-arbitre.

Au fur et à mesure des recherches de John, on apprend comment il a perdu son fils et qu'il se sent responsable. Il faut d'ailleurs souligner que Tom Cruise livre une excellente prestation et permet au spectateur de se prendre d'affection pour son personnage malgré son côté  un peu sombre (il est devenu accro à une drogue de synthèse depuis la disparition de son fils par exemple).

Spielberg arrive vraiment à transcender son histoire avec cette caméra très libre qui nous offre parfois des mouvements très audacieux. Une scène particulièrement marquante est celle où John se repose après avoir subi une greffe des yeux et que des agents du Précrime arrivent pour "scanner" l'iris de toutes les personnes présentes dans l'immeuble à l'aide d'araignées robotisées.
Cette scène est impressionnante par le suspense qui s'en dégage mais également car elle est filmée en plan-séquence assez virtuose où la caméra va passer d'un appartement à l'autre en filmant toujours l'action du dessus, splendide !


J'ai parlé de Tom Cruise plus haut mais tout le casting s'en sort bien, même Colin Farrell alors qu'il a tendance à m'agacer un peu dans certains de ses rôles. Samantha Morton (Agatha) joue parfaitement son rôle "d'humain déshumanisé" et son impact sera considérable à la résolution de l'intrigue.
Une intrigue qui est d'ailleurs très bien dosée, avec son lot de rebondissements pas forcément très surprenants mais qui fonctionnent plutôt bien. On aurait peut-être pu espérer un peu plus de folie de la part de Spielberg mais ce serait chipoter sur pas grand chose car le rythme est vraiment très bon.

Pour ce film, John Williams a pu composer la musique après avoir vu une version quasi-définitive du film. Souhaitant être lui aussi fidèle à l'ambiance, il livre une partition plus expérimentale que ce qu'on a l'habitude d'entendre chez lui, avec des sons mélangeant orchestre symphonique classique et synthétiseur. D'ailleurs, Spielberg lui-même a déclaré que le score de Williams se "ressentait" plus qu'il ne s'entendait, on ne saurait lui donner tort...

Minority Report, bien qu'il n'entre pas dans mes Spielberg préférés, est donc un bon ambassadeur du "tournant" (mais le mot est peut-être un peu fort) qu'a pris la filmographie du cinéaste à l'aube du troisième millénaire. En plus d'être une fois de plus une excellente adaptation d'une oeuvre de Philip K. Dick (il n'a clairement pas à rougir vis-à-vis de films comme Blade Runner ou Total Recall pour ne citer qu'eux), le film arrive à encadrer son sujet à merveille. La réflexion sur le déterminisme et les dérives d'un système ultra-contrôlé donne de quoi réfléchir, on en arriverait presque à se demander s'il existe vraiment un mur entre la science-fiction et la réalité.
Les thématiques abordées démontrent non seulement la vision extrêmement visionnaire de Philip K. Dick mais n'ont en plus jamais été aussi actuelles en cette époque où on ne sait jamais vraiment où et quand nous sommes surveillés.


lundi 4 mai 2015

Avengers : L'Ère d'Ultron (2015)

Titre original : Avengers: Age of Ultron

Date de sortie française : 22 avril 2015

Réalisateur : Joss Whedon

Scénario : Joss Whedon, inspiré des personnages créés par Stan Lee et Jack Kirby

Directeur de la photographie : Ben Davis

Musique : Brian Tyler et Danny Elfman

Durée : 2h22

Avec : Robert Downey Jr., Chris Evans, Chris Hemsworth, Mark Ruffalo, Scarlett Johansson, Jeremy Renner, Aaron Taylor-Johnson, Elizabeth Olsen, James Spader, Paul Bettany, Don Cheadle, Samuel L. Jackson



Synopsis : Alors que Tony Stark tente de relancer un programme de maintien de la paix jusque-là suspendu, les choses tournent mal et les super-héros Iron Man, Captain America, Thor, Hulk, Black Widow et Hawkeye vont devoir à nouveau unir leurs forces pour combattre le plus puissant de leurs adversaires : le terrible Ultron, un être technologique terrifiant qui s’est juré d’éradiquer l’espèce humaine.Afin d’empêcher celui-ci d’accomplir ses sombres desseins, des alliances inattendues se scellent, les entraînant dans une incroyable aventure et une haletante course contre le temps… (Source : Allociné)

Mon avis


Dernier né du Marvel Cinematic Universe, Avengers: L'Ère d'Ultron regroupe pour la deuxième fois tous les super-héros emblématique du petit monde de Marvel, 3 ans après un premier opus plutôt réussi.
Etant l'avant-dernier film de ce qui constitue la Phase 2 du MCU (celle-ci va s'achever avec la sortie de Ant-Man en juillet prochain), le film promettait d'apporter certaines réponses à l'intrigue développée dans les différents films sortis ces deux dernières années, et plus particulièrement à celle mise en avant dans Captain America : Le Soldat de l'Hiver dont ce nouveau Avengers est la suite directe.

Déjà garanti d'un carton historique au box-office, le film est-il à la hauteur des attentes et des enjeux posés ou est-ce que le MCU commence véritablement à perdre son souffle ?

Pas besoin de tergiverser bien longtemps : c'est mauvais, voire même très mauvais par moments.
Il existe de ces films où on sait dès le premier plan qu'on va avoir à faire à quelque chose de médiocre, cet Avengers en fait partie.
L'histoire s'ouvre sur l'attaque d'une base HYDRA par les Vengeurs avec pour but de s'emparer du sceptre de Loki. Cette scène débute en fait par un plan-séquence en numérique où la caméra passe d'un Vengeur à l'autre (à la manière de ce qui avait été fait dans le premier Avengers) avant de finir par le fameux plan, déjà visible dans les bande-annonces, où tous les héros sont côte-à-côte, au ralenti. Le ton est vite donné, tant la séquence est kitsch.


De retour à leur base, Tony Stark (Robert Downey Jr.), aidé à contrecœur par Bruce Banner (Mark Ruffalo), décide d'utiliser le temps qu'il a en possession du sceptre pour concrétiser un projet de longue date : Ultron, une intelligence artificielle destinée à assurer la paix dans le monde en éliminant toute menace (extraterrestre essentiellement).
J'aborde justement ici ce que je considère comme un des plus gros problèmes du film (et c'est d'ailleurs un comble), c'est Ultron lui-même.
Ce dernier décide en effet d'éliminer ce qu'il considère comme la plus grande menace pour l'humanité : l'humanité elle-même ! On peut éventuellement saluer cet aspect qui touche assez juste au vu de ce qu'il se passe dans le monde actuellement, mais le problème vient du fait que Ultron se retrouve donc comme le grand méchant de l'histoire sans véritable raison, ça le rend donc tout de suite inintéressant. Dans son ensemble, celui-ci est complètement raté : il ne dégage aucune impression de puissance, aucun charisme et même le doublage de James Spader n'est pas à la hauteur, il faut dire qu'il n'est pas non plus aidé par les dialogues attribués à Ultron qui, lorsqu'il n'est pas en train d'expliquer son plan machiavélique pour exterminer les humains, se perd à citer du Nietzsche...ça fait peine à voir, on est bien loin du charisme d'un Loki (qui a d'ailleurs été coupé au montage pour la version cinéma).

Ce qui choque également, c'est l'absence totale d'enjeux. C'est d'ailleurs vraiment dommageable d'avoir un film de cette envergure censé apporter des réponses à certaines des "grandes" questions laissées en suspens dans les films précédents et n'avoir finalement que le néant scénaristique dans le produit final.
On sent malgré tout que Joss Whedon a essayé d'instaurer une ambiance plus sérieuse et plus pesante que ce qu'on trouve habituellement chez Marvel. Cependant, et il fallait s'y attendre, ceci est complètement gâché par de la dédramatisation à toutes les sauces. On commence à avoir des enjeux dramatiques ? Ça se passe mal pour nos Vengeurs ? Hop, on a une petite blague qui arrive et qui casse complètement le truc ! Ce problème était déjà présent dans le premier Avengers mais c'était bien moins handicapant qu'ici.


Du coup, les enjeux sont très vite détruits et tout devient extrêmement prévisible. Tout ceci sans parler du fait que le film souffre d'un énorme problème de rythme. Il commence en effet sur les chapeaux de roue avec la séquence dans la base HYDRA puis va ensuite enchaîner les moments de tension et de relâchements de manière assez anarchique. En guise de gros ventre mou, je me sens obligé de mentionner cette scène un peu surréaliste où les Avengers se réfugient dans la maison de Hawkeye (Jeremy Renner) perdue au milieu de nulle part dans un décor qui n'a rien à envier à "La petite Maison dans la Prairie".
Forcément, entre le rythme à la ramasse et l'absence totale d'enjeux, difficile de vraiment s'enthousiasmer. C'est d'ailleurs le premier Marvel où je me suis profondément ennuyé durant la quasi-totalité du film, c'est quand même extrêmement rédhibitoire.

Au niveau des personnages, on retrouve la "petite" clique du premier opus mais le développement des personnages est clairement inégal. Le personnage de Hawkeye, par exemple, a droit à un traitement particulièrement poussé dans L'Ère d'Ultron, si bien que je me demande si Jeremy Renner n'aurait pas été frustré d'avoir un rôle si anecdotique dans le premier film et aurait demandé à la production de mettre plus en avant son personnage.
Un développement particulier est également accordé à la relation entre Bruce Banner et Natasha Romanoff (Scarlett Johansson), c'est bien beau mais, encore une fois, ça ne sort de nulle part et c'est complètement inintéressant en plus d'être pénible à regarder.

Chez les petits nouveaux, on fait la rencontre des jumeaux Maximoff : Quicksilver (Aaron Taylor-Johnson) et Scarlet Witch (Elizabeth Olsen), tout d'abord du côté de l'HYDRA (qui leur a donné leurs pouvoirs grâce au sceptre de Loki) puis d'Ultron, avant de se ranger du côté des Vengeurs en découvrant le véritable plan du principal antagoniste.
Les personnages sont plutôt intéressants mais ils ne sont pas exploités de la même manière. Wanda est plutôt intéressante et joue un rôle intéressant vers la fin de l'histoire.
Pietro avait un gros potentiel mais il a malheureusement été gâché, le personnage étant complètement sous-exploité et inutile au récit. On est bien loin du Quicksilver de Bryan Singer dans X-Men: Days of Future Past qui apparaissait assez peu mais qui en jetait vraiment.
Au vu de tout le teasing qu'il y avait eu autour des deux jumeaux à la fin du dernier Captain America, on était vraiment en droit de s'attendre à mieux.


L'Ère d'Ultron voit également l'arrivée de Vision (Paul Bettany), en quelque sorte une personnification de Jarvis, qui est finalement l'un des personnages les plus intéressants, que ce soit au niveau du design où de la place qu'il pourrait prendre dans l'histoire. Il n'est malheureusement pas assez exploité à mon goût, n'apparaissant que dans le dernier quart du film. J'espère cependant qu'il reviendra dans le futur car il y a vraiment moyen d'en faire quelque chose (et Paul Bettany a vraiment la classe !).

Niveau réalisation, c'est déjà bien plus agréable à regarder que le dernier Captain America et ses combats filmé par des parkinsoniens. Il y a certaines bonnes idées mais ça reste somme toute classique pour un blockbuster dans le genre, il y a tout de même certaines séquences dont le rendu fait vraiment faux (à nouveau, le plan-séquence introductif). Il faut par contre de nouveau se coltiner la post-conversion en 3D made in Marvel qui est toujours autant ratée, tant le film n'est pas du tout pensé pour le format. J'ai désespérément cherché un peu de profondeur dans l'image durant toute la projection, en vain (mis à part les sous-titres...). Préférez donc une projection classique si vous en avez l'occasion, vous économiserez le prix de la 3D (ce qui est un moindre mal).

Pour en finir avec tout ce qui ne va pas, il faut se farcir une énième fois la soupe musicale insipide de Brian Tyler qui n'aide vraiment à rendre la chose épique, tant c'est le bordel par moment. Même ce pauvre Danny Elfman est venu participer au naufrage, à croire qu'il avait besoin d'arrondir ses fins de mois...

Peu de bonnes choses à retenir donc de cette deuxième réunion des Avengers, l'effet de surprise qui avait grandement contribué à rendre le premier opus franchement agréable s'est estompé et on se retrouve avec un long-métrage pénible à regarder sans aucun enjeu digne d'intérêt (et on ne me fera pas croire que la version longue y changera quelque chose). De l'aveu même de Joss Whedon, le tournage a été extrêmement éprouvant et on ne le retrouvera d'ailleurs pas pour les deux parties de Infinity War qui ont été confiées aux frères Russo, peu rassurant quand on voit leur travail sur le dernier Captain America.


Au-delà de L'Ère d'Ultron, j'aimerais également passer un coup de gueule contre la machine Marvel qui rouille de plus en plus au fil des films : le constat est très net, sur les quatre derniers films estampillés MCU, trois étaient mauvais, seuls Les Gardiens de la Galaxie avait réussi à se démarquer en proposant un vent de fraîcheur bienvenue chez le géant des comics. Il serait peut-être temps de se remettre en question, mais je doute fortement que Kevin Feige (le grand gourou du MCU) ne modifie ne serait-ce qu'une ligne de son cahier des charges.
Tout n'est pas perdu cependant, avec la Phase 3 qui va voir débarquer son lot de personnages inédits au MCU, chacun ayant son propre film (Docteur Strange, Black Panther ou même Spiderman sur lequel Marvel a récupéré les droits). C'est peut-être là l'occasion d'apporter quelque chose de neuf à cet Univers qui s'enfonce de plus en plus dans la médiocrité, c'était d'ailleurs le grand espoir que je portais en Ant-Man...jusqu'à ce que Edgar Wright quitte le projet l'an dernier.

Pour conclure, je dirais que Infinity War s'annonce sous de très mauvais augures, tant il va être compliqué de gérer le grand nombre de personnages qui vont venir se greffer aux Vengeurs.
Si vous êtes allergique au genre super-héroïque, vous allez donc devoir souffrir en silence encore un long moment car la mode n'est de loin pas prête de s'arrêter.


jeudi 9 avril 2015

Big Eyes (2015)

Titre : Big Eyes

Date de sortie française : 18 mars 2015 (25 mars en Suisse)

Réalisateur : Tim Burton

Scénario : Scott Alexander et Larry Karaszewski

Directeur de la photographie : Bruno Delbonnel

Musique : Danny Elfman

Durée : 1h46

Avec : Amy Adams, Christoph Waltz, Jason Schwartzman, Krysten Ritter, Danny Huston, Terence Stamp




Synopsis Big Eyes raconte la scandaleuse histoire vraie de l’une des plus grandes impostures de l’histoire de l’art. À la fin des années 50 et au début des années 60, le peintre Walter Keane a connu un succès phénoménal et révolutionné le commerce de l’art grâce à ses énigmatiques tableaux représentant des enfants malheureux aux yeux immenses. La surprenante et choquante vérité a cependant fini par éclater : ces toiles n’avaient pas été peintes par Walter mais par sa femme, Margaret. L’extraordinaire mensonge des Keane a réussi à duper le monde entier. Le film se concentre sur l’éveil artistique de Margaret, le succès phénoménal de ses tableaux et sa relation tumultueuse avec son mari, qui a connu la gloire en s’attribuant tout le mérite de son travail. (Source : Allociné)

Petit retour sur Burton


Avant de parler du film en soi, je tenais à revenir, le temps de quelques lignes, sur un réalisateur que pratiquement tout le monde connaît, je veux bien entendu parler de Tim Burton.
Il faut dire que j'entretiens avec le personnage une "relation" qui n'est pas toujours au beau fixe. Je suis parfaitement conscient qu'il a su se forger son propre univers fantastique et gothique, reconnaissable au premier coup d’œil, et j'ai un certain respect à son égard vis-à-vis de ça. Cependant, ça fait maintenant quelques années qu'il semble perdu dans ce même univers, sans vraiment réussir à en faire quelque chose de neuf.

Si Burton est principalement connu auprès du grand public pour ses collaborations avec Johnny Depp et sa femme, Helena Bonham Carter (au point que c'en est presque devenu un running gag), ce sont véritablement ses deux films Batman qui lui ont permis de se faire un nom au début des années 1990. Il a depuis été assez prolifique, alternant le très bon (Ed Wood, Sleepy Hollow, Big Fish) et le mauvais (La Planète des Singes, l'épisode le plus ignoble de la franchise ou Alice au Pays des Merveilles qui est vraiment de mauvais goût).
De manière plus générale, j'ai vraiment l'impression que Burton est en train de s'essouffler depuis une dizaine d'années : c'est-à-dire l'époque de Charlie et la Chocolaterie et Les Noces Funèbres. Depuis, il tombe sans cesse dans l'auto-parodie avec cet univers gothique et ces personnages principaux solitaires, les yeux cernés et exposés à la méchanceté du monde extérieur (et avec toujours Johnny Depp et Helena Bonham Carter !).
Je n'ai rien contre son style gothique, c'est juste qu'il y a un fossé immense entre l'univers très mature d'un Batman et l'univers gothique tel que vu par les yeux d'un enfant de ses films récents,

Récemment, nous avons eu droit à Dark Shadows, qui avait du potentiel mais qui a été gâché, et à Frankenweenie que je n'ai pas encore eu l'occasion de voir mais dont j'ai eu de bons retours.
Avec l'annonce de Big Eyes et le retour de Burton au biopic plus de 20 ans après Ed Wood, nous étions légitimement en droit d'espérer un film qui s'écarterait enfin des sentiers tracés par le cinéaste depuis tant d'années.


Mon avis


Inspiré de faits réels, Big Eyes raconte l'histoire de Margaret Ulbrich (Amy Adams) qui quitte son mari avec sa fille pour aller vivre à San Francisco. Elle espère y trouver un travail grâce à son talent : la peinture. Les opportunités étant peu nombreuses, elle se retrouve à peindre des portraits en public qu'elle revend à des prix dérisoires.
C'est là qu'elle rencontre Walter Keane (Christoph Waltz), lui-même peintre (ou prétendu l'être), qui remarque tout de suite le talent et le style particulier de Margaret : tous ses tableaux représentent en effet des enfants avec de très grands yeux, son modèle principal étant sa propre fille.
Pour éviter d'avoir à céder la garde de sa fille, Margaret épouse Walter et prend par la même occasion son nom de famille.

Walter souhaite absolument que les peintures de sa femme soient affichées dans une galerie d'art. En voyant que les tableaux n'ont pas le succès escompté, il décide petit à petit de s'attribuer la paternité des tableaux, sachant qu'ils auront plus de succès si le public est au courant qu'ils sont l'oeuvre d'un homme. Celui-ci va petit à petit en vouloir toujours plus et Margaret va se sentir de plus en plus mal de vivre dans l'ombre et de voir son mari récolter tout le mérite à sa place.

Comme attendu, ce qui choque au premier coup d’œil dans le film est l'absence totale de la patte de Tim Burton, exit les univers loufoques. L'essentiel de l'intrigue se passe en effet à San Francisco, nous avons donc droit à certains plans quasi-inédits chez le cinéaste puisqu'il filme une ville existant réellement.
On remarque toutefois assez vite qu'il s'agit très certainement d'un des films les plus personnels de Burton quand on sait à quel point l'art (et les artistes en général) l'intéresse. Ce n'est pas non plus un hasard s'il a choisi l'histoire de Margaret Keane et de ses tableaux de filles aux grands yeux car c'est certainement la partie du corps qu'il a le plus souvent mis en avant dans sa filmographie, bon nombre de ses personnages possédant des yeux disproportionné (Les Noces Funèbres, Charlie et la Chocolaterie, Frankenweenie, même l'Etrange Noël de M. Jack dont il est scénariste).
Ainsi, même si son style ne se retrouve pas au niveau visuel, il se devine parfois aux thématiques abordées.


En raison du budget, 10 millions de dollars contre plus de 150 millions pour Alice et Dark Shadows, Burton s'est retrouvé obligé de tourner en numérique, meilleur marché, lui qui était toujours resté fidèle à la pellicule jusque-là. Il en résulte une image différente de ce qu'on a l'habitude de voir chez lui mais je dois admettre que ça rend vraiment bien à l'écran. Le mérite revient principalement à Bruno Delbonnel (qui avait déjà oeuvré chez Jean-Pierre Jeunet et les frères Coen) qui nous livre une photographie débordante de couleur, parfois à la limite du réaliste et penchant presque vers le décor de carte postale par moment (je pense notamment au passage à Hawaï).
Tout ceci est bien évidemment en raccord avec le sujet même du film, certains plans faisant véritablement penser à des tableaux vivants.

D'une manière générale, la mise en scène est assez classique, il n'y a pas vraiment d'extravagance comme on en trouve dans le reste de la filmographie de Burton. On peut même se demander si le cœur y était vraiment quand il a filmé son histoire quand on sait qu'il n'était pas censé le réaliser à la base (il devait uniquement être producteur et les deux scénaristes devaient le réaliser). Ça m'a quand même permis de me rendre compte que je dois avoir un problème avec le style Burton en général car je pense que c'est le plus beau film que j'aie vu de lui depuis Big Fish (qui était différent de ses autres films par l'image mais moins par les thématiques).

Autre fait rare chez Burton, il s'est attaché les services de deux acteurs avec qui il n'avait jamais tourné, laissant complètement de côté ses traditionnels acteurs fétiches. Il s'agit en effet de son premier film en images réelles depuis Big Fish (encore une fois !) à ne pas avoir Johnny Depp ou Helena Bonham Carter au casting. Encore une fois je trouve ça très intéressant qu'il arrive à se renouveler de ce côté-là, de plus Christoph Waltz, Amy Adams et surtout Jason Schwartzman sont des acteurs que j'apprécie énormément (même si ce dernier apparaît très peu à l'écran).


Ce choix s'avère payant car tous les acteurs jouent très bien. Amy Adams est touchante dans la peau de cette femme déchirée entre la frustration de vivre dans l'ombre de son mari et la peur de ce que ce dernier pourrait lui faire si elle révélait leur secret. Adams arrive à faire passer énormément d'émotions avec son regard, ce qui n'est pas anodin quand on est devant un film qui s'appelle Big Eyes.
Étrangement, j'ai eu un peu de mal avec le jeu de Christoph Waltz au tout début du film, sans que je n'arrive vraiment à expliquer pourquoi. J'ai trouvé qu'il cabotinait un peu et j'ai eu de la peine à m'intéresser au personnage dans les premières minutes. Ça s'arrange nettement par la suite quand il commence à être attiré par l'appât du gain et ça se termine en beauté avec son immense pétage de câble au tribunal.

Tous les autres personnages sont vraiment secondaires mais je tenais à mentionner vite fait le critique d'art John Canaday (Terence Stamp) qui est un des seuls à trouver les tableaux de Keane "honteux" et de "mauvais goût". Il tient d'ailleurs un discours intéressant en disant que ce n'est pas parce que les gens aiment que ça devient de l'art, on a peut-être ici un message subtile de Burton à ses détracteurs mais il est possible que je surinterprète, surtout que le film s'ouvre sur une citation de Warhol qui dit plus ou moins le contraire.

Danny Elfman, qui a composé la musique de quasiment tous les films de Burton, nous livre ici une partition assez discrète et qui ne restera pas dans les mémoires, bien qu'elle soit plutôt agréable.
Les chansons sont interprétées par Lana Del, dont je ne suis déjà pas fan à la base, et ne collent absolument pas au film car elles arrivent à des moments complètement improbables. Je n'ai rien contre une bonne musique durant le générique mais là ça sonnait vraiment bizarre en plus de ne pas être nécessaire.


Big Eyes est donc un film vraiment très agréable en plus d'être une bouffée d'air frais dans l'univers résolument étrange de Tim Burton. Dire qu'il commence à se racheter une crédibilité artistique avec ce film serait un peu fort, mais on sent vraiment qu'il a voulu faire quelque chose de vraiment personnel sur un sujet qui le touche vraiment.
Il y a un parti pris flagrant de Burton envers Margaret et ça se sent dans la manière dont est traité le personnage de Walter qui est souvent tourné en ridicule. La scène du tribunal, par exemple, est une des plus drôles du film de par le numéro de Christoph Waltz.

Si vous faites partie de ceux - et il y en a - qui sont allergiques au style du réalisateur, vous risquez d'en sortir agréablement surpris. Si, au contraire, vous êtes un fan, vous vous sentirez peut-être un peu dépaysé au début, mais ça ne devrait pas vous empêcher d'apprécier le film...à moins d'être complètement hermétique à l'histoire.


samedi 4 avril 2015

Fast & Furious 7 (2015)

Titre original : Furious 7

Date de sortie française : 1er avril 2015

Réalisateur :  James Wan

Scénario : Chris Morgan

Directeur de la photographie : Stephen F. Windon

Musique : Brian Tyler

Durée : 2h20

Avec : Vin Diesel, Paul Walker, Jason Statham, Dwayne Johnson, Michelle Rodriguez, Tyrese Gibson, Chris Bridges, Jordana Brewster et Kurt Russell




Synopsis Dominic Toretto et sa « famille » doivent faire face à un mystérieux agresseur, Deckard Shaw, bien décidé à venger son frère, Owen Shaw, qui a été gravement blessé par la bande de Dominic. (Source : Wikipédia).

Mon avis


La franchise de bagnoles la plus connue du grand public et la plus rentable de chez Universal est de retour pour une 7ème cuvée ! Celle-ci a bien évidemment une saveur un peu particulière avec la mort de Paul Walker qui est intervenue en plein milieu de tournage et qui a repoussé la sortie du film de 9 mois. Avant de parler de ce dernier volet, je tenais à revenir rapidement sur cette franchise qui me tient particulièrement à cœur.

Les deux premiers épisodes (sortis respectivement en 2001 et 2003) se démarquaient par leur ambiance très underground et étaient complètement axée sur le côté courses urbaines et tuning. Cet aspect a d'ailleurs lancé une sorte de mode à l'époque, avec des jeux comme Need For Speed Underground qui s'inspiraient fortement de cet univers.
Fast and Furious et sa suite font partie de ces films qui ont considérablement marqués ma jeunesse et qui m'ont permis de commencer à développer une affection certaine pour les personnages, même si, de manière objective, la qualité des films n'était pas vraiment folichonne (la faute à une réalisation assez dégueulasse).

Tokyo Drift (2006) est un épisode que je considère un peu à part à cause du fait que tous les principaux protagonistes des autres films sont absents (à l'exception de Vin Diesel qui apparaît pour un caméo). L'ambiance des deux premiers films était là mais le personnage principal (interprété par Lucas Black) manquait clairement de charisme et le film, même si je l'ai apprécié à sa sortie, reste un peu en retrait me concernant. Il viendra quand même, par la suite, se rattacher au reste de la franchise pour lui permettre d'enlever son label un peu "bâtard" qu'il traînait avec lui.



Le quatrième opus (2009) a commencé à marquer le changement d'orientation de la franchise vers un aspect résolument tourné vers l'action. Le film en souffre d'ailleurs car cet aspect n'est pas encore maîtrisé (et assumé) et il en résulte que Fast & Furious 4 est clairement le moins bon épisode de la franchise à mes yeux.

Fast & Furious 5 (2011) transforme formidablement l'essai en proposant cette fois-ci ce qui est devenu le leitmotiv de la série depuis : l'action à 100% en assurant complètement la surenchère permanente. Il n'est désormais plus question de crédibilité, c'est du fun, des money shots en veux-tu en voilà et une réalisation solide derrière. Il faut aussi dire que l'arrivé de Dwayne Johnson y est pour quelque chose, la brutalité de son personnage (Luke Hobbs) s'intègre totalement à cet état d'esprit.

La sixième fournée (2013) gardait le même ton, en allant encore plus loin dans la démesure, avec certaines séquences complètement folles, allant même jusqu'à rendre le tout parfois absurde (on se rappelle tous de la fameuse séquence de l'aéroport avec la piste qui ne finit jamais).
Ces deux derniers épisodes représentent à mes yeux la quintessence de la franchise, avec deux films qui ne se prennent jamais vraiment au sérieux et des séquences mémorables, là où beaucoup de blockbusters actuels essaient de jouer la carte plus sombre avec de la dédramatisation toutes les 5 minutes.


Autant dire que j'attendais de pied ferme ce 7ème épisode, d'autant plus qu'il marque l'arrivée de James Wan (Saw, Insidious, Conjuring) aux commandes, Justin Lin ayant décidé de se tourner vers d'autres projets. J'étais très curieux de voir s'il allait arriver à rester dans l'esprit de la série tout en y injectant sa patte. J'attendais également (avec un peu d'appréhension certes) de voir quel traitement il allait accorder à Paul Walker et son personnage alors qu'il lui restait encore de nombreuses scènes à tourner au moment de sa mort tragique le 30 novembre 2013.

Le film débute à peu de choses près là où s'était conclu le précédent, avec la bande à Dominic Toretto (Vin Diesel) qui est de nouveau mis face à un gros problème, personnifié par Deckard Shaw (Jason Statham) qui veut venger son frère Owen (Luke Evans), sérieusement amoché par Dom et sa "famille" à la fin du sixième opus.
Scénario toute somme classique mais efficace, avec tout le film qui va se concentrer sur cette confrontation entre Shaw et la bande à Dom, tout en cherchant à mener Brian vers une porte de sortie digne de la place qu'il aura tenu dans la série.

L'histoire commence directement par une grosse scène de baston que j'attendais particulièrement, celle entre Hobbs et Shaw, qui va d'ailleurs se finir plutôt mal pour ce premier. Ceci amène directement un premier point que je voulais aborder, il s'agit de la quasi absence de Dwayne Johnson qui ne joue vraiment un rôle qu'au tout début et à la toute fin. Alors certes ça rend ses apparitions assez mémorables (quoi de plus jouissif que de le voir canarder un hélicoptère avec une sulfateuse ?) mais je pense qu'une plus grande présence à l'écran aurait permis à l'histoire de prendre encore une autre envergure.


Le film respecte parfaitement le ton posé par la franchise depuis le cinquième épisode, à savoir de l'action décomplexée et survitaminée du début à la fin. Cependant, celui-ci adopte un ton beaucoup plus sérieux que ses deux prédécesseurs, mort de Paul Walker oblige, et je trouve que ça pose un peu problème. La force de la franchise est d'assumer complètement son côté surréaliste dans un cadre résolument second degré et au ton léger ; le fait de rendre l'histoire plus sérieuse fait perdre sensiblement cet aspect second degré et, du coup, rend le film beaucoup moins décomplexé que ce qu'on serait en droit d'attendre.

Alors certes, ça ne détruit pas le film mais l'action devient soudainement beaucoup plus lourde et l'humour plus beauf. En guise d'exemple, je prendrai le personnage de Roman Pearce (Tyrese Gibson) : celui-ci a toujours été le comic relief de la saga mais ça passait toujours très bien quand le ton lui-même était raccord. Ici, il tombe dans une espèce de cabotinage qui pourrait vite devenir assez exaspérant car, pour le coup, on en arrive à faire de la dédramatisation, ce qui n'est justement pas le but de la série !

Certes je chipote un peu, ce point en particulier ne m'a d'ailleurs pas plus dérangé que ça mais ça montre que la production s'est clairement retrouvée devant une situation difficile à gérer après la mort de Paul Walker et qu'ils ont préféré jouer cette carte plutôt que de prendre le risque de présenter un film dans la lignée des deux précédents et que ça passe mal. De ce point de vue-là, je ne peux donc pas vraiment leur en tenir rigueur.


Un autre point que j'aimerais soulever est la réalisation : on était en droit de s'attendre à ce que James Wan injecte un peu de son essence au film, il s'avère que ce n'est pas vraiment le cas.
Afin de coller au maximum au style de Justin Lin, Wan a certainement été confronté à un cahier des charges qui a considérablement limité sa liberté d'action. On se retrouve donc avec des séquences parfois grandioses mais souvent brouillonnes, certaines scènes d'action étant d'ailleurs particulièrement illisibles par moments.
Dans l'ensemble, ça reste cependant plutôt agréable à regarder avec des combats au corps-à-corps plutôt bien chorégraphiés (et dieu sait s'il y en a) et certaines bonnes idées de mise en scène.

Comme la saga nous en a donné l'habitude depuis quelques temps maintenant, nous avons droit à certaines séquences particulièrement épiques (la scène à Abu Dhabi à elle seule mérite de payer l'entrée) et toujours autant fun à regarder. Cette surenchère permanente a quand même un aspect négatif : en effet, nous avons droit à des séquences tellement folles que la scène d'action finale (qui est d'ailleurs très longue) fait plutôt pâle figure à côté et s'avère assez décevante. On pourra mettre ça sur le compte de l'écriture mais j'espère que ce n'est pas un premier signe d'épuisement dans une saga qui n'avait plus connu de baisse de régime depuis le quatrième épisode.

Au niveau du casting, nous voyons donc débarquer Jason Statham en tant que principal antagoniste et, même s'il n'apparaît pas tant que ça à l'écran, sa présence fait plaisir car il trouve là un rôle qui lui convient plutôt bien. On pourra regretter que sa "fin" soit quelque peu ridicule (et un peu facile) mais rien de bien fâcheux non plus.
Je tiens aussi à noter la présence de Kurt Russell, essentiellement connu pour ses rôles chez John Carpenter et qui effectue enfin son retour sur le devant de la scène (il va également jouer dans le prochain film de Tarantino en fin d'année). Malheureusement, son personnage n'est pas vraiment intéressant et se révèle finalement assez inutile et mal exploité.


Je ne peux bien sûr pas parler de Fast & Furious 7 sans évoquer le cas Paul Walker. Comme déjà mentionné, la production a été obligée de se mettre en pause afin de modifier le scénario et de trouver un moyen de quand même terminer les scènes que Walker devait tourner.
La production s'est donc tournée vers ses deux frères, Cody et Caleb, pour lui servir de doublure sur les plans larges, tandis que le visage de Paul a été reconstitué numériquement sur leurs corps pour les plans rapprochés.
Résultat ? On n'y voit que du feu ! A vrai dire, il n'y a que deux plans où j'ai eu une impression un peu étrange, dont la séquence de fin car je savais qu'elle avait été précisément tournée après la mort de l'acteur.

Cette fin, parlons-en justement (et stoppez donc votre lecture ici car des SPOILERS arrivent!) : une des principales interrogations que j'avais était de savoir par quelle astuce scénaristiques ils allaient mettre Brian "à la retraite", on savait qu'il s'agirait d'un hommage mais sans savoir quelle forme il allait prendre.
Et là je lève mon chapeau car c'est extrêmement réussi et ça devrait toucher tous ceux qui ont suivi la franchise depuis le début. L'hommage est le fait de Vin Diesel en personne et prend la forme d'une magnifique métaphore, faisant un parallèle entre le parcours de Brian et celui de son interprète avec un dernier plan où la voiture de Dom et celle de son meilleur ami prennent chacun une route différente...belle manière de conclure (la larmichette n'était d'ailleurs pas loin mais mon cœur de pierre a empêché ça).

Cette nouvelle fournée de la franchise n'atteint donc pas les hauteurs de ses deux prédécesseurs, la faute à un ton beaucoup plus sérieux (mais obligé par les circonstances) et à une réalisation un peu en deçà. Cependant, le film joue à nouveau parfaitement son rôle de divertissement jouissif à regarder et contenant bon nombre de séquences mémorables.
Reste à voir maintenant la direction que prendra le 8ème épisode, déjà confirmé depuis longtemps, sans son acteur principal. Pour moi, la boucle est bouclée mais je ne demande qu'à être surpris, la franchise a déjà prouvé avec éclat qu'elle gérait parfaitement les changements d'orientation.

samedi 14 mars 2015

Le Vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire (2014) - Collaboration avec La Magie des Mots

Titre original : Hundraåringen som klev ut genom fönstret och försvann

Date de sortie française : 28 mai 2014

Réalisateur : Felix Herngren

Scénario : Felix Herngren et Hans Ingemansson (adapté du roman de Jonas Jonasson)

Directeur de la photographie : Göran Hallberg

Musique : Matti Bye

Durée : 1h54

Avec : Robert Gustafsson, Iwar Wiklander, David Wiberg, Mia Skäringer, Alan Ford





Synopsis Le jour de son 100ème anniversaire, un homme s'échappe de sa maison de retraite pour une cavale rocambolesque, certain qu'il n'est pas trop tard pour tout recommencer à zéro. Débute alors une aventure inattendue et hilarante aux côtés d'un escroc, d'un vendeur de hot-dogs, d'une rousse et d'un éléphant... (Source : Allociné)

Avant propos


Presque 4 mois après l'article que j'ai écrit sur Da Vinci Code, voici enfin venue la seconde collaboration avec le blog des Lectures à la pleine lune. Le principe reste toujours le même : il est conseillé de lire en premier l'article portant sur le livre que vous pouvez trouvez dès à présent par ici et passer ensuite à celui écrit par mes soins et portant uniquement sur le film en lui-même.

Mon avis


Gros succès surprise de l'an dernier avec plus de 50 millions de dollars récolté dans le monde pour un budget initial de 60'000'000 couronnes suédoises (soit l'équivalent de 7.5 millions de dollars), Le Vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire s'est imposé comme le 3ème plus gros succès pour un film suédois à l'international derrière les deux premiers volets de la série Millenium.

J'étais allé le voir un peu par hasard au cinéma l'an passé dans sa version française et j'avais trouvé le film vraiment bon, avec un humour qui me parlait totalement.
Afin de pouvoir donner mon avis dans les meilleures dispositions, je me suis résolu à le revisionner mais dans sa version originale suédoise pour le coup, puisque c'est uniquement de la sorte que le métrage peut être jugé à sa juste valeur.

Tout d'abord, de quoi parle-t-on ? C'est l'histoire de Allan Karlsson (Robert Gustafsson) qui, le jour de ses 100 ans, décide de s'évader de la maison de retraite dans laquelle il est pensionnaire pour partir à l'aventure.
Sur son chemin, il va se retrouver par hasard (je n'expliquerai pas comment) en possession d'une valise contenant 50 millions de couronnes. Vont ensuite se mettre à sa poursuite non seulement un gang de motards qui doit récupérer l'argent mais également la police car il a été porté disparu après sa fuite.
Durant son "road trip", il va faire la connaissance de différents personnages qui vont continuer le chemin avec lui et l'histoire sera régulièrement entrecoupée de flashbacks racontant toute la vie de Allan, sa passion pour les explosions et les grandes choses qu'il a accomplies.


Le premier parallèle qui saute aux yeux est évidemment celui fait avec Forrest Gump, la différence ici est que le simple d'esprit est remplacé par un vieillard. Tout comme Forrest, Allan a en effet eu un rôle prépondérant, souvent sans vraiment le vouloir, dans certains événements ayant marqué l'histoire.
Cependant, alors que Forrest reste assis sur son banc durant l’entièreté de l'histoire et s'adresse aux passants venant s’asseoir à côté de lui, Allan se rappelle de ces événements à différents moments de son périple, sans qu'il ne sache jamais réellement où aller.

Ce qui fait la force du film, c'est son humour, à la fois noir et très absurde par moment et qui fait souvent (pas pas tout le temps) mouche, pour autant que vous accrochiez à celui-ci.
Nous avons droit, entre autres, à des parodies de personnages ayant réellement existé : le Général Franco ou Staline pour ne citer qu'eux.
Certains personnages complètement décalés ajoutent encore une touche complètement improbable au récit : citons par exemple Herbert Einstein, le frère inventé du grand Albert, qui est présenté comme quelqu'un de complètement idiot et incapable.

La grande passion de Allan a toujours été les explosions et ça lui a d'ailleurs valu un séjour dans un hôpital psychiatrique duquel il ressortira castré mais c'est également la raison pour laquelle il se retrouve dans la maison de retraite après avoir fait sauter un renard qui avait tué son chat.
Mais c'est également cette attirance qui va le mettre en lumière auprès de toutes ces grandes personnalités. Le projet Manhattan ? C'est grâce à lui !


Le film ne plaira pas à tout le monde, c'est sûr. Il faut accrocher à l'humour noir omniprésent pour pouvoir vraiment apprécier.
Me concernant, je dois avouer que j'ai été beaucoup moins emballé lors du revisionnage, il y a plusieurs explications possibles : je me rappelais de pas mal de situations vécues par Allan et je n'avais donc plus l'effet de surprise. Le fait de regarder le film en suédois a certainement aussi joué en sa défaveur car il est difficile de rire quand on ne comprend absolument rien aux dialogues (et on ne retrouve pas dans les sous-titres le ton qui donne le charme aux discussions.
Alors certes, il y a certains passages en anglais (et même une petite portion en français !) quand Allan travaille avec les américains entre autres.

Le métrage contient tout de même son lot de scènes hilarantes, je citerais pas exemple la séquence quand Allan est envoyé dans un goulag et qu'il rencontre Herbert Einstein. Allan met alors au point un plan pour s'échapper mais Einstein ne comprend absolument pas ce qui amène à une situation vraiment absurde et très drôle.

Niveau réalisation, c'est plutôt classique. Felix Herngren a certaines bonnes idées comme par exemple d'adapter le style de réalisation (et le montage) aux situations que vit Allan. Toute la séquence d'espionnage lors de la guerre froide est filmée comme pourrait l'être un James Bond par exemple.


Sans jamais atteindre le niveau d'un Forrest Gump, Le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire a le mérite de ne jamais vraiment se prendre au sérieux et d'assumer complètement son côté absurde. On pourra lui reprocher quelques longueurs et une certaine répétitivité passé un certain stade mais l'humour omniprésent fait que l'on ne s'ennuie jamais durant les deux heures.
Il perd clairement de son charme (du moins à mes yeux) lors du second visionnage car l'effet de surprise n'est plus là, que ce soit au niveau du principe ou au niveau des situations vécues par Allan.
Si vous vous demandez à quoi ressemble une comédie suédoise, je pense que le film en donne un bon aperçu.
Les personnes n'accrochant pas à l'humour trouveront certainement le temps long...tous les autres passeront certainement un moment très agréable devant les aventures de Allan Karlsson.


vendredi 27 février 2015

Birdman (2015)

Titre original : Birdman or (The Unexpected Virtue of Ignorance)

Date de sortie française : 25 février 2015

Réalisateur : Alejandro González Iñarritu

Scénario : Alejandro González Iñarritu, Nicolás Giacobone, Alexander Dinelaris et Armando Bo (d'après la nouvelle "What We Talk About When We Talk About Love" de Raymond Carver)

Directeur de la photographie : Emmanuel Lubezki

Musique : Antonio Sánchez

Durée : 1h59

Avec : Michael Keaton, Edward Norton, Emma Stone, Zach Galifianakis et Naomi Watts



Synopsis À l’époque où il incarnait un célèbre super-héros, Riggan Thomson était mondialement connu. Mais de cette célébrité il ne reste plus grand-chose, et il tente aujourd’hui de monter une pièce de théâtre à Broadway dans l’espoir de renouer avec sa gloire perdue. Durant les quelques jours qui précèdent la première, il va devoir tout affronter : sa famille et ses proches, son passé, ses rêves et son ego…
S’il s’en sort, le rideau a une chance de s’ouvrir... (Source : Allociné)

Mon avis


Tout juste auréolé de 4 Oscars (dont celui du meilleur film et du meilleur réalisateur) et plus de 4 mois après sa sortie américaine (encore une idée de génie des distributeurs français), Birdman débarque enfin dans nos contrées après s'être fait douloureusement attendre par tous ceux qui, comme moi, avaient été totalement emballés par la bande-annonce.
Je l'attendais d'autant plus que, pour une fois, le film semblait se démarquer de manière assez radicale des habituels films à Oscars totalement formatés et souvent (il faut bien le dire) ennuyants.

Il s'avère que ce Birdman est exceptionnel sur pas mal de points et je tenais vraiment à revenir dessus et à le défendre car il m'a l'air incompris par pas mal de monde.

Le film relate l'histoire de Riggan Thomson, ancien acteur qui avait connu la gloire avec une série de films dans lesquels il jouait le super-héros Birdman.
Désormais déchu, il tente de se reconstruire une reconnaissance et une crédibilité en montant une pièce de théâtre où il est à la fois metteur en scène et comédien.

Quiconque connaît un minimum Michael Keaton devrait tout de suite voir le parallèle entre l'histoire de Riggan et celle de Keaton lui-même. Alors que le premier a connu le succès dans Birdman au début des années 1990, le second a connu son heure de gloire en tenant le rôle de Bruce Wayne dans les deux Batman de Burton (Batman en 1989 et Batman : Le Défi en 1992). Keaton, tout comme son personnage, est ensuite un peu tombé dans l'oubli avant de renaître avec ce rôle hors du commun.
De plus, autant Riggan que Keaton souffrent du syndrome du "mec qui a joué Batman / Birdman" sans que les gens ne sachent vraiment qui est derrière le masque et sans savoir reconnaître leur talent.
De ce point de vue, c'est un vrai tour de force que nous propose Keaton avec cette véritable mise en abîme de lui-même.


Le personnage de Keaton n'est pas le seul à représenter cette mise en abîme du métier d'acteur en général : nous avons Sam Thomson (Emma Stone), la fille de Riggan, qui représente la toxicomane (fléau toujours bien présent à Hollywood), Mike Shiner (Edward Norton) qui représente l'égocentrique avec ce personnage imbu de lui-même au possible et Lesley (Naomi Watts) qui représente l'ambition, l'envie de convaincre pour sa toute première représentation à Broadway.
Nous avons donc différents archétypes du cinéma hollywoodien actuel, chaque personnage ayant son caractère propre et ceci est extrêmement bien exploité dans le film, j'y reviendrai plus tard.

Le casting est vraiment excellent et l'audace de Iñarritu est d'ailleurs à souligner car il donne le rôle le plus sérieux à Zach Galifianakis, plutôt connu pour ses interprétations déjantées. A côté de la renaissance de Michael Keaton et de la performance de Norton, Emma Stone prouve encore une fois qu'elle peut faire des merveilles quand elle est bien dirigée, son jeu de regard est d'ailleurs toujours autant merveilleux (je pense en particulier à une scène de dispute avec son père où elle passe en une fraction de seconde de la colère à la tristesse par un simple changement de regard).
La fille de Riggan est d'ailleurs très intéressante de par son histoire et le fait qu'elle soit le seul personnage principal à ne pas avoir de rôle dans la pièce montée par son père. Ses apparitions apparaissent donc comme des moments de pause dans cet engrenage infernal qu'est Birdman.

Il est à noter qu'Edward Norton se retrouve ici dans son élément, lui qui a joué dans de nombreuses pièces durant sa carrière, il avoue d'ailleurs avoir été impressionné par la retranscription que fait Iñarritu du monde du théâtre.


Attaquons maintenant le gros morceau, ce qui fait toute l'âme du film et lui donne tout son sens : la réalisation.
Tout le film est constitué uniquement de plan-séquences et ceux-ci sont montés de manière à ce qu'aucune coupe franche ne soit visible au premier coup d'oeil, si bien que le film entier semble être un unique plan-séquence d'une durée de deux heures. C'est un véritable tour de force que nous délivre ici Iñarritu, tant la coordination doit être parfaite entre les acteurs et les cadreurs pour réussir de tels plans. Il suffit qu'un des acteurs marche trop vite ou trop lentement pour faire foirer la séquence, ils doivent également savoir exactement à quel moment apparaître et disparaître du champ.
La méthode n'est pas sans rappeler La Corde de Hitchcock mais les effets numériques permettent, de nos jours, de cacher les coupes de manière extrêmement ingénieuse et stylisée.
Ces effets permettent d'ailleurs certains mouvements de caméra tout bonnement hallucinants d'ingéniosité.

En plus d'être un exercice de style maîtrisé à la perfection, le plan-séquence sert complètement le message du film. En effet, tels les acteurs d'une pièce de théâtre qui se succèdent l'un après l'autre sur la scène, la caméra de Iñarritu va "jongler" d'un personnage à l'autre de manière très fluide.
L'histoire se déroulant sur plusieurs jours, il a fallu trouver un moyen d'insérer des ellipses temporelles sans couper le plan-séquence. Plusieurs techniques sont utilisées mais les plus impressionnantes sont celles qui consistent à voir apparaître le même personnage à deux endroits différents dans le même "plan" et ceci dans un laps de temps très court (je pense par exemple à la scène où Mike est sur une estrade au-dessus de la scène avant de se retrouver sur celle-ci, tout ça dans un même plan !).

La quasi-totalité (si ce n'est la totalité) du film étant tourné en steadicam, la fluidité dans le suivi des acteurs est totale (chose que l'on ne pourrait pas atteindre avec une simple caméra posée sur rails).
Les dialogues s'affranchissent bien évidemment des habituels champs/contre-champs pour privilégier les mouvements circulaires autour des personnages.
Tout est toujours vu d'un seul point de vue, renforçant encore plus la dimension théâtrale du métrage où le spectateur assiste à la représentation sous un seul angle.

J'ai lu et entendu beaucoup de critiques comme quoi le film était prétentieux dans sa réalisation. J'ai cependant de la peine à voir où est la prétention là-dedans. Il faut être sacrément couillu pour se lancer dans un projet tel que celui-ci et le concept du plan-séquence est un exercice de style qui, au pire, s'avérera vain. Ici, comme je l'ai déjà mentionné, le plan-séquence est le cœur du film et est complètement un reflet de celui-ci en plus d'être impressionnant à regarder.


Le chef opérateur, Emmanuel Lubezki, s'impose encore plus comme étant l'un des meilleurs directeurs photo actuels. Une telle maîtrise impose forcément le respect quand on sait à quel point il est difficile de maîtriser la lumière quand on utilise des plans séquences qui peuvent faire passer les personnages d'endroits complètement éclairés à d'autres beaucoup plus sombres.
Si je devais citer une séquence qui m'a particulièrement marquée, ce serait celle où Riggan est obligé de se promener en slip au beau milieu de Times Square après avoir eu un incident de peignoir. En plus de son côté absurde, cette scène est visuellement magnifique à regarder !

Comme mentionné plus haut, le film met en abîme le métier d'acteur et la difficulté de se faire un nom. Nous avons également droit à une critique assez exacerbée des blockbusters actuels (et plus particulièrement des films de super-héros).
Cet aspect est pointé du doigt essentiellement par les hallucinations de Riggan qui se manifestent sous la forme de Birdman lui-même qui lui parle - dans sa tête - avec une voix très grave (rappelant d'ailleurs un peu celle du Batman de Nolan) et qui apparaîtra même physiquement au cours de la séquence la plus folle du film. Celui-ci lui conseille de laisser tomber sa pièce et de reprendre son ancien rôle, même si c'est très mauvais les gens paieront de toute façon pour aller voir.
La pique fait mal mais vise totalement juste : le public lambda d'aujourd'hui ira voir les yeux fermés un film dès que "Marvel" figurera sur l'affiche et ce même s'il s'avère être le plus gros navet de tous les temps.

Iñarritu assume toutefois un côté totalement ironique dans le choix du casting, ce n'est en effet pas un hasard si Michael Keaton (Batman), Edward Norton (Hulk) et Emma Stone (The Amazing Spider-Man) ont tous les 3 joué dans un de ces fameux films de super-héros auparavant. Naomi Watts a d'ailleurs elle aussi connu la gloire avec son rôle dans un gros blockbuster, le King Kong de Peter Jackson.

La musique, presque uniquement constituée de batterie jazz, n'est d'ailleurs pas en reste. Composée (et énormément improvisée) par Antonio Sánchez, elle joue également un rôle dans l'ambiance si particulière du film. Le batteur apparaît même carrément à l'écran à certains moment, comme pour montrer la volonté de Iñarritu de faire voir "derrière le rideau".


Après le triomphe d'Alfonso Cuarón avec Gravity l'an passé, Iñarritu prouve encore une fois que les mexicains peuvent faire des merveilles. Celui-ci apporte un peu de folie au cinéma américain un peu trop formaté et réussi l'exploit de nous présenter un film dans lequel règne un chaos constant, tout en étant millimétré du début à la fin.
L'utilisation du plan-séquence permet non seulement de rendre la mise en scène extrêmement fluide, mais c'est également le procédé qui permet le mieux aux acteurs d'exprimer leur jeu car ils ne sont que rarement interrompus dans leurs dialogues.

Birdman a beau durer 2h, le visionnage est tellement jouissif que j'aurais volontiers prolongé l'expérience 30 minutes voir même 1h de plus !
Débordant d'humour parfois absurde et souvent noir, le film réalise pratiquement le sans faute. Certains pourront lui reprocher un dénouement un petit peu trop "facile" mais ce serait oublier tout ce que le film a construit avant. La toute fin pourra d'ailleurs être interprétée de différentes manières... mais au final, est-ce vraiment important ?
Tel The Grand Budapest Hotel il y a pratiquement un an jour pour jour, Birdman s'annonce déjà comme un des grands films de 2015, à aller voir de toute urgence !

...n'en déplaise à certains.