dimanche 15 novembre 2015

007 Spectre (2015)

Titre original : Spectre

Date de sortie française : 11 novembre 2015)

Réalisateur : Sam Mendes

Scénario : John Logan, Neal Purvis, Robert Wade et Jez Butterworth, d'après les personnages imaginés par Ian Fleming

Directeur de la photographie : Hoyte Van Hoytema

Montage : Lee Smith

Musique : Thomas Newman

Durée : 2h28

Avec : Daniel Craig, Christoph Waltz, Léa Seydoux, Ralph Fiennes, Monica Bellucci, Ben Whishaw, Naomie Harris, Dave Bautista, Andrew Scott


Synopsis Un message cryptique surgi du passé entraîne James Bond dans une mission très personnelle à Mexico puis à Rome, où il rencontre Lucia Sciarra, la très belle veuve d’un célèbre criminel. Bond réussit à infiltrer une réunion secrète révélant une redoutable organisation baptisée Spectre. Pendant ce temps, à Londres, Max Denbigh, le nouveau directeur du Centre pour la Sécurité Nationale, remet en cause les actions de Bond et l’existence même du MI6, dirigé par M. Bond persuade Moneypenny et Q de l’aider secrètement à localiser Madeleine Swann, la fille de son vieil ennemi, Mr White, qui pourrait détenir le moyen de détruire Spectre. Fille de tueur, Madeleine comprend Bond mieux que personne… 
En s’approchant du cœur de Spectre, Bond va découvrir qu’il existe peut-être un terrible lien entre lui et le mystérieux ennemi qu’il traque… (Source : Allociné)

Mon avis


La sortie d'un nouveau James Bond est toujours un événement qui attire plusieurs générations qui ont connu "leur" âge d'or du célèbre agent secret, qu'il soit incarné par Sean Connery, Roger Moore, Timothy Dalton ou Pierce Brosnan. La franchise a alterné le bon et le moins bon mais a toujours su déchaîner les passions.
Le nouvel arc débuté avec Casino Royale en 2006 voyait déjà une polémique éclore sur le choix de Daniel Craig, premier acteur blond à incarner 007.
Il avait vite réussi à les faire mentir car le film de Martin Campbell avait été une belle réussite et inaugurait un aspect beaucoup plus sombre de la franchise.

Après un Quantum of Solace raté, on se disait pourtant que la série allait retomber dans ses travers, c'était sans compter sur un Sam Mendes au sommet de son art qui allait redonner toutes ses lettres de noblesse à la série avec un Skyfall remarquable sur pratiquement tous les points.
On ne pouvait donc n'être qu'enchantés lorsque la nouvelle que celui-ci rempilait pour un second épisode tomba, surtout quand le titre de celui-ci avait été révélé et qu'il annonçait le retour de Spectre, la fameuse organisation criminelle qui était déjà au centre des péripéties de James dans la quasi-totalité des films avec Sean Connery.


Ici, Spectre va s'avérer être à l'origine de tout ce que James a eu à affronter depuis Casino Royale. La tête pensante de l'organisation, incarnée par Christoph Waltz, va être présentée en quelque sorte comme la némésis ultime de 007 qu'il va devoir affronter afin de boucler la boucle.
De gros enjeux sont donc posés et la grande majorité de l'intrigue va donc consister à faire monter la tension jusqu'à la confrontation tant attendu entre les "frères ennemis" (une partie de l'intrigue va d'ailleurs justifier cette formulation qui n'est pas choisie au hasard).

J'ai été très vite enthousiasmé car le film débute en trombe avec un long plan-séquence virtuose, qui n'est pas sans rappeler celui de La Soif du Mal, dans les rues de Mexico alors que se déroule la fête des morts. La caméra va suivre James et sa conquête du jour entrer dans un hôtel, aller dans une chambre avant de continuer à suivre 007 seul sur les toits pour aller descendre sa cible.
Cette séquence introductive se place certainement comme l'une des toutes meilleures de la franchise et nous envoie un message clair : Sam Mendes n'a rien perdu de sa superbe !

Toute la première moitié du film est d'ailleurs très bonne ; outre la partie à Mexico, les événements qui se passent à Rome sont aussi très intéressants et la poursuite en voiture qui s'en suit, qui n'est de loin pas la plus spectaculaire de la franchise, est bien réalisée et toujours très lisible (après comparaison avec l'horreur qu'était la poursuite introductive de Quantum of Solace, découpée à la tronçonneuse, c'est de l'eau et du vin).
La réalisation de Sam Mendes est d'ailleurs toujours très solide et toujours lisible dans l'action. On n'a certes plus le grand Roger Deakins pour éclairer tout ça mais le travail de Hoyte Van Hoytema à la photographie est excellent (ne vous attendez toutefois pas à voir des scènes d'une beauté telle que celle de la séquence finale de Skyfall avec la maison isolée).


Cependant, dès la moitié du film, la machine s'enraye et plusieurs défauts viennent ajouter une ombre au tableau. Tout d'abord, on ressent assez vite que l'intrigue avec Spectre n'avait pas été pensée dès Casino Royale, le film doit donc user de ficelles parfois assez grossières pour gommer les incohérences inhérentes à ce genre de problème. Ainsi, la relation entre James et Franz Oberhauser / Ernst Stavro Blofeld est un peu tirée par les cheveux et ne sert au final qu'à justifier la confrontation.
Cette confrontation, d'ailleurs, est le centre de l'intrigue de Spectre et la tension monte tandis que le mystère se dissipe peu à peu autour du personnage de Franz qui n'apparaît que très peu dans la première partie (si ce n'est les très beaux plans de Mendes, bien que déjà vue, lors du Conseil à Rome). Une telle icônisation du personnage laissait promettre un final en apothéose qui finirait en beauté l'arc narratif "Casino Royale - Spectre". Le problème c'est que cette confrontation est vraiment décevante au final.

On touche ici au problème principal du scénario qui, à force de vouloir trop en raconter, ne raconte au final pas grand chose. On va en apprendre plus sur le passé de James Bond mais également sur ses anciens ennemis, on va aussi connaître les véritables intentions de Franz Oberhauser.
Le film pèche donc de par sa seconde moitié trop mollassonne, à se demander parfois si on est encore en face d'un film d'action. Ce n'est pas vraiment un problème de rythme car Sam Mendes sait très bien le gérer mais véritablement des enjeux qui construisent trop d'attente pour ce qu'ils sont vraiment.
C'est vraiment dommage car Christoph Waltz est très bon dans la peau de Franz Oberhauser mais il n'est pas aidé par le scénario qui ne le met pas assez en avant. Il restera de ce fait bien moins mémorable que Silva dans Skyfall ou Le Chiffre dans Casino Royale.
Spectre dans son ensemble n'est d'ailleurs pas assez menaçant à mon goût. On ressent certes plus son danger que le Syndicat dans le dernier Mission Impossible (que j'avais quand même adoré comme vous pouvez le lire ici) mais on n'en est pas non plus au point où on se sent étouffé par lui (un des personnages dit pourtant un moment que Spectre est absolument partout).


Daniel Craig campe toujours à la perfection le personnage et y ajoute une petite touche d'humour qui, même si moins prononcée que les James Bond de Roger Moore, fait souvent mouche. On est beaucoup moins dans l'introspection que Skyfall et de retour vers un James Bond plus classique.
Léa Seydoux a été choisie pour incarner la James Bond girl de cet opus et il est agréable de voir que son rôle est beaucoup plus conséquent que celui de Bérénice Marlohe dans le film précédent. Elle a un charme certain mais reste au final également sous-exploité tandis que sa relation avec James est un peu tirée par les cheveux.
Alors que les principaux personnages du MI6 étaient mis un peu en retrait dans les derniers épisodes (à l'exception de M qui avait un rôle central dans Skyfall), il est agréable de plus les voir ici, surtout qu'on a quand même Ralph Fiennes (le nouveau M), l'excellent Ben Whishaw (Q) et ses gadgets ainsi que Naomie Harris qui campe une Eve Moneypenny qui n'aura peut-être jamais eu un rôle aussi important que dans Spectre.
Monica Bellucci par contre bénéficie de tellement peu de temps d'écran qu'on peut presque parler de caméo à ce stade-là, elle n'est en plus vraiment pas convaincante pour le peu de temps qu'on la voit.
J'ai indiqué avoir été déçu par le personnage de Franz, par contre Dave Bautista campe un excellent méchant secondaire : il a très peu de dialogues mais sa carrure en impose forcément et n'est pas sans rappeler celle du mythique Requin par exemple.

La musique a toujours tenue une part importante dans les James Bond, si le thème principal créé par Monty Norman est connu de tous, la franchise a toujours eu une identité musicale très marquée.
C'est à nouveau Thomas Newman qui est à la barre et son travail est toujours excellent, ses compositions transpirent l'esprit James Bond sans être trop appuyées. Il reprend d'ailleurs assez subtilement le thème du générique assez régulièrement dans le film.
La chanson du générique justement, interprétée par Sam Smith, avait le redoutable honneur de passer après l'oscarisée Adèle qui avait mis à peu près tout le monde d'accord il y a 3 ans. La chanson de Sam Smith va clairement diviser : elle ne sonne pas vraiment comme une musique de James Bond et j'étais moi-même circonspect en l'entendant pour la première fois mais il s'avère que, finalement, elle s'intègre assez bien avec le générique (qui est toujours bien réalisé sans être le meilleur que l'on ait vu dans un James Bond). Certes on n'est pas au niveau de Skyfall mais on aurait pu s'attendre à vraiment pire.


Spectre souffre finalement du fait qu'il ait dû passer après Skyfall, Sam Mendes avait à cœur de réitérer l'exploit et il y arrive par moments mais dans l'ensemble, nous avons quand même un film inférieur à son prédécesseur qui se perd un peu en voulant à tout prix faire monter la tension autour du personnage de Franz/Ernst. Attention cependant à ne pas déformer mes propos, ça reste un excellent James Bond et un très bon film d'action qui vient d'ailleurs conclure une année assez exceptionnelle pour le genre.
Il y a une envie claire de revenir à l'essence même des James Bond (d'ailleurs, le gun barrel est de retour au début du film, une première dans l'ère Daniel Craig) et on peut se dire que la suite nous apportera à nouveau son lot d'action et des gadgets en tous genres alors que Skyfall avait parfois été critiqué car il n'était pas assez "James Bond". Il faudra cependant faire sans Sam Mendes tandis que le mystère règne autour de Daniel Craig : alors qu'on le pensait lié pour encore un film après Spectre, il avait révélé récemment qu'il commençait à être fatigué du personnage. Quoi qu'il en soit, ce ne serait pas une surprise de le voir partir car on peut considérer que l'arc narratif débuté avec Casino Royale est désormais clos.


samedi 24 octobre 2015

Seul sur Mars (2015)

Titre original : The Martian

Date de sortie française : 21 octobre 2015 (7 octobre en Suisse romande)

Réalisateur : Ridley Scott

Scénario : Drew Goddard d'après le roman Seul sur Mars (The Martian) de Andy Weir

Directeur de la photographie : Dariusz Wolski

Montage : Pietro Scalia

Musique : Harry Gregson-Williams

Durée : 2h21

Avec : Matt Damon, Jessica Chastain, Kristen Wiig, Jeff Daniels, Michael Peña, Sean Bean, Kate Mara, Sebastian Stan, Aksel Hennie, Chiwetel Ejiofor


Synopsis Lors d’une expédition sur Mars, l’astronaute Mark Watney est laissé pour mort par ses coéquipiers, une tempête les ayant obligés à décoller en urgence. Mais Mark a survécu et il est désormais seul, sans moyen de repartir, sur une planète hostile. Il va devoir faire appel à son intelligence et son ingéniosité pour tenter de survivre et trouver un moyen de contacter la Terre. A 225 millions de kilomètres, la NASA et des scientifiques du monde entier travaillent sans relâche pour le sauver, pendant que ses coéquipiers tentent d’organiser une mission pour le récupérer au péril de leurs vies. (Source : Allociné)

Mon avis


Alors qu'il est loin de faire l'unanimité avec ses dernières réalisations pourtant loin d'être à jeter, Ridley Scott revient à un genre qu'il affectionne particulièrement et qui l'a fait connaître auprès du grand public : la science-fiction.
Si pour beaucoup, Alien reste la référence lorsqu'on parle de science-fiction et du réalisateur, il ne faut pas oublier qu'on lui doit également le chef-d'oeuvre de dystopie Blade Runner.
Sa dernière excursion dans le genre, Prometheus, ne remonte qu'à 2012 mais avait énormément divisé, que ce soit les fans d'Alien ou les fans du cinéaste en soi.
Alors que Prometheus 2 est en chantier, Ridley Scott a laissé de côté sa suite pour se lancer dans l'adaptation du premier best-seller de Andy Weir dont le scénario, entièrement écrit par Drew Goddard (Cloverfield, World War Z), l'a immédiatement emballé.

Marquant le retour en force de la "hard SF" réaliste, Seul sur Mars est une véritable bouffée d'air frais parmi le nombre de productions du genre résolument tournées vers le solennel et le sérieux (Gravity et Interstellar en sont les exemples les plus récents).
Le film prend le contre-pied total des œuvres susmentionnée (mais également de son auteur lui-même, généralement assez pessimiste) en offrant une vision totalement décomplexée du genre pour un résultat absolument génial !


Le film relate les mésaventures de Mark Watney (Matt Damon), un botaniste en mission sur Mars, laissé pour mort après une tempête qui a forcé tous ses partenaires à retourner en direction de la Terre. Celui-ci se réveille le lendemain (les jours sur Mars sont comptés en Sol) et se rend compte que pour survivre, il devra cultiver de quoi se nourrir.
Lorsqu'il réussit enfin à contacter la Terre, ceux-ci se rendent compte qu'une course contre la montre vient de se lancer pour retourner sauver Watney qui est désormais seul sur la planète rouge à plus de 225 millions de kilomètres de la Terre.

Alors que les circonstances ouvraient clairement les portes à quelque chose de dramatique, le film adopte intentionnellement un ton très léger et nous montre Watney affronter les épreuves qu'il endure avec une bonne humeur magnifiquement transmise au spectateur via le carnet de bord qu'il tient grâce aux différentes caméras présentes dans la base scientifique installée sur Mars.
Le film est très bien écrit et dose à la perfection l'humour qui est omniprésent mais sans jamais tomber dans la dédramatisation. On peut également compter sur un casting très bien dirigé avec en tête un Matt Damon qui a l'air de ne pas avoir pris autant son pied depuis longtemps. Tout le monde se rallie à la cause de Watney et il n'a a pas vraiment d'antagoniste dans le film si ce n'est la planète Mars en soi.

Tel le réalisateur extrêmement pictural qu'il est, Ridley Scott sublime son film en proposant des plans de la planète rouge tous plus beaux les uns que les autres avec notamment de gigantesques plans zénitaux qui ne font que renforcer encore plus l'isolement de ce pauvre Watney.
Scott s'est à nouveau attaché les services de son directeur de la photographie depuis Prometheus, Dariusz Wolski, qui a également réalisé un magnifique travail avec ces tons très chaleureux et orangés (qui n'est pas sans rappeler ce qui avait été fait sur Fury Road) donnés à Mars où, paradoxalement, pratiquement tout peut vous tuer. Il y oppose de plus de manière criante toutes les scènes sur Terre, au centre de la NASA, qui sont très froides comme pour représenter l'espoir qui s'amenuise chez les responsable du programme spatial américain.


Un film, c'est un tout, c'est pour ça que je voulais aussi mettre en avant le super travail de montage de Pietro Scalia : c'est dynamique, hyper cohérent et il n'y a aucune baisse de rythme de tout le film, je mets réellement quiconque au défi de s'ennuyer ne serait-ce qu'une minute pendant les 2h20 que dure le métrage...clairement une des plus grandes réussites du film !
Dans les très bons points aussi : la musique de Harry Gregson-Williams, entraînante par moment, souvent épique mais sans tomber dans les grosses percussions à la Zimmer, il se permet même d'insérer du ABBA sans jamais tomber dans le kitsch (car c'est en raccord avec un running gag du film concernant les goûts musicaux du personnage de Jessica Chastain).

Retour en force donc pour Ridley Scott qui nous offre certainement un des films de science-fiction les plus enthousiasmants de ces dernières années. Avec Seul sur Mars, le cinéaste nous livre son "Seul au Monde" décomplexé et complètement optimiste saupoudré d'un Matt Damon qui fait plaisir à voir et de visuels à couper le souffle. Loin du sérieux d'un Interstellar tout en conservant cet aspect réaliste inhérent à la hard SF, le film plaira certainement au plus grand nombre qui appréciera certainement ce voyage à des millions de kilomètres de notre planète bleue.


dimanche 4 octobre 2015

N.W.A : Straight Outta Compton (2015)


Titre original : Straight Outta Compton


Date de sortie française : 16 septembre 2015

Réalisateur : Felix Gary Gray

Scénario : Jonathan Herman, Andrea Berloff, S. Leigh Savidge, Alan Wenkus

Directeur de la photographie : Matthew Libatique

Montage : Billy Fox

Musique : Joseph Trapanese

Durée : 2h27

Avec : O'Shea Jackson Jr., Corey Hawkins, Jason Mitchell, Neil Brown Jr., Aldis Hodge, Paul Giamatti


Synopsis En 1987, cinq jeunes hommes exprimaient leur frustration et leur colère pour dénoncer les conditions de vie de l'endroit le plus dangereux de l’Amérique avec l'arme la plus puissante qu'ils possédaient : leur musique. Voici la véritable histoire de ces rebelles, armés uniquement de leur parole, de leur démarche assurée et de leur talent brut, qui ont résisté aux autorités qui les opprimaient. Ils ont ainsi formé le groupe de rappeur des N.W.A. en dénonçant la réalité de leur quartier. Leur voix a alors déclenché une révolution sociale qui résonne encore aujourd'hui. (Source : Allociné)


Mon avis


S’il y a bien un genre qui a la côte au cinéma de nos jours, c’est le biopic. L’académie des Oscars adore en général ces films retraçant la vie de tel ou tel sportif, personnalité politique, chanteur, tueur en série, etc. 

Dans la sous-catégorie des biopics sur la musique, par contre, le hip-hop est un genre qui est largement sous-représenté. Certes il y avait bien eu 8 Mile, mais on ne pouvait dans ce cas-là pas vraiment parler de biopic dans son sens premier car le film faisait certes référence à la vie de Eminem mais en la transposant dans celle du jeune B Rabbit
Plus récemment, nous avons eu droit au film sur Notorious B.I.G qui est passé plus ou moins inaperçu (et que je n’ai d’ailleurs jamais vu) mais force est de constater que les films se penchant sur une personnalité de la culture hip-hop ne courent pas les rues. 

Ceci pourrait cependant changer tout bientôt avec la sortie du film dont je vais parler aujourd’hui : Straight Outta Compton qui a fait un carton surprise aux Etats-Unis, rappelant aux grands pontes hollywoodiens qu’il y a un public derrière ce genre de production. 

Qu’est-ce donc que Straight Outta Compton ? C’est tout d’abord le nom du premier album du groupe N.W.A (Niggaz Wit Attitudes), considéré unanimement comme le fondateur du gangsta rap à la fin des années 80. Premier album devenu depuis un classique mais qui avait été très critiqué à l’époque pour la violence de ses propos. 
Le film va retracer la rencontre des membres emblématiques du groupe (Dr. Dre, Ice Cube, Eazy-E, MC Ren et DJ Yella), l’énorme succès de leur album, l’énergie unique qu’ils dégageaient sur scène mais également les tensions, la dissolution du groupe et les clashs qui ont suivi.


C'est à Felix Gary Gray qu'a été confiée la tâche de mettre en scène la carrière du mythique groupe Californien. Essentiellement connu pour avoir réalisé de nombreux clips (pour Ice Cube ou Jay-Z entre autres), il a également une certaine expérience du long-métrage, en témoigne le sympathique Négociateur, sorti en 1998.
En honnête faiseur qu'il est, F. Gary Gray s'en sort honorablement, malgré un début qui laissait présager le pire (une descente de police horriblement mal filmée). Il nous offre quelques longs plans pas dégueulasses et retranscrit plutôt bien la violence des banlieues de Los Angeles dans les années '80.
Le parti pris est assez évident : parler de cette success story à l'américaine en se mettant totalement du côté des membres du groupe. Le film parle d'ailleurs beaucoup des artistes et finalement peu des hommes derrière mais j'y reviendrai.

En grand fan de rap que je suis, ça a évidemment été un bonheur du début à la fin de redécouvrir en quelque sorte ce groupe que j'ai connu quand je devais avoir 10 ans et qui tournait en boucle dans mes écouteurs quand le MP3 s'est démocratisé.
Certes le film est fait avant tout pour glorifier les membres de N.W.A, certes c'est un film fait pour vendre, que ce soit les produits dérivés où S.O.C (l'album) dont une augmentation des ventes ces dernières semaines ne m'étonnerait pas (et m'enchanterais même d'ailleurs)...Le fait est que je suis tout à fait le public visé par ce film, même si je reste profondément persuadé que les personnes n'aimant pas particulièrement le hip-hop pourront aussi y trouver leur compte.


F. Gary Gray a fait le choix d'un casting composé d'illustres inconnus (à l'exception de Paul Giamatti bien entendu) pour camper Ice Cube (son fils, O'Shea Jackson Jr.), Dr. Dre (Corey Hawkins), Eazy-E (Jason Mitchell) et MC Ren (Aldis Hodge). Volonté claire, à nouveau, de mettre en lumière les artistes et pas "l'acteur qu'il y a derrière".
Alors certes, tous ne sont pas des sosies parfaits des membres originaux mais leur interprétation est vraiment satisfaisante, surtout en ce qui concerne la gestuelle.

Ice Cube et Dr. Dre n'ont évidemment pas pu reprendre leur propre rôle en raison de leur âge mais ils restent tout de même producteurs et ont clairement eu leur mot à dire sur ce dont allait parler le film, ce qui explique pourquoi celui-ci est finalement si aseptisé.
Le métrage se penche presque exclusivement sur les artistes, à l'exception du début où chaque personnage est présenté individuellement et de la fin avec l'agonie de Eazy-E.

Ne voulant certainement pas écorcher leur image, le film passe donc outre tous les problèmes de violence conjugale de Dr. Dre par exemple, où le diss entre ce dernier et Eazy-E qui n'est qu'effleuré alors que les tensions entre Ice Cube et le reste du groupe sont clairement montrées (d'ailleurs, le passage de No Vaseline est clairement l'un des meilleurs du film).
Alors certes c'est compréhensible que les deux stars n'aient pas voulu écorché leur image mais le film en devient finalement assez formaté car on idolâtre le groupe sans vraiment se pencher sur ce qui a également forgé la légende de ses membres : les clash.


Quand les artistes redeviennent humains, c'est finalement pour se presser autour du lit de mort de Eazy-E qui mourra le 26 mars 1995 du sida. L'hommage est très appuyé, peut-être un peu trop d'ailleurs, mais est assez touchant.
Le seul personnage qui est vraiment retranscrit très négativement (outre Jerry Heller pour lequel on ressentira presque de la pitié à la fin) est Suge Knight (R. Marcos Taylor), fondateur du label Death Row Records et connu pour sa manière très violente de gérer son business, usant d'intimidation pour parvenir à ses fins et qui a toujours été un personnage assez trouble (on le dit lié à la mort de Tupac sans que ça n'ait jamais été prouvé).

Je finirai par ce qui est évidemment le gros point fort du film : sa bande-son, recueil de tous les plus grand succès du groupe, de Ice Cube, de Dr. Dre et des membres emblématiques de Death Row (Tupac, Snoop Dogg). Certains titres inédits tirés du dernier album de Dr. Dre (sobrement intitulé Compton) viennent également s'ajouter à ce mélange qui ne manquera pas de provoquer un véritable orgasme auditif envers les amateurs de gangsta rap.

Straight Outta Compton est une réussite, pas exceptionnelle mais une réussite quand même. Le film retranscrit de belle manière les personnages fascinants qu'étaient les membres de N.W.A, leur énergie sur scène, leur "guerre" menée contre la police qu'ils considéraient comme discriminante envers les minorités ("Fuck Tha Police" n'est est qu'une illustration et l'affaire Rodney King étalera au grand jour ce problème quelques années plus tard) et leurs excès mais en laissant dans l'ombre certains épisodes moins glorieux de leurs carrières respectives.
Il n'en reste pas moins que le film est finalement une sorte de fantasme ultime de fan de hip-hop en général et de gangsta rap en particulier.
Tout le monde n'y trouvera pas son compte (un "clip" hip-hop de 2h20 passera sûrement mal pour les allergiques) mais on peut espérer que le succès du film ouvrira la voie à d'autres biopics du genre...espérons qu'ils soient réussis.


dimanche 6 septembre 2015

Apocalypse Now (1979) - Version Redux (2001)

Titre : Apocalypse Now

Date de sortie française : 26 septembre 1979 (sortie nationale)

Réalisateur : Francis Ford Coppola

Scénario : John Milius, Francis Ford Coppola, Michael Herr (d'après la nouvelle Heart of Darkness de Joseph Conrad)

Directeur de la photographie : Vittorio Storaro

Montage : Lisa Fruchtman, Gerald B. Greenberg, Walter Murch

Musique : Carmine Coppola, Francis Ford Coppola

Durée : 2h21 (Version Redux : 3h14)

Avec : Marlon Brando, Martin Sheen, Robert Duvall, Frederic Forrest, Sam Bottoms, Laurence Fishburne, Albert Hall, Harrison Ford

Synopsis Cloîtré dans une chambre d'hôtel de Saïgon, le jeune capitaine Willard, mal rasé et imbibé d'alcool, est sorti de sa prostration par une convocation de l'état-major américain. Le général Corman lui confie une mission qui doit rester secrète : éliminer le colonel Kurtz, un militaire aux méthodes quelque peu expéditives et qui sévit au-delà de la frontière cambodgienne. (Source : Allociné).

Mon avis


Alors que je voulais à la base juste écrire quelques lignes sur Apocalpyse Now (comme je le fais depuis peu), je me suis rendu compte que j'avais finalement beaucoup à dire sur l'un des plus grands chefs-d'oeuvre de l'histoire, que ce soit au niveau du film en lui-même ou de tout ce qui a entouré sa production chaotique.
Je parlerai ici de la version Redux, sortie en 2001, et qui ajoute près de 50 minutes de scènes supplémentaires par rapport au montage qui avait obtenu la Palme d'Or au Festival de Cannes en 1979, date de sa première sortie.

La nouvelle de Joseph Conrad, Au Coeur des Ténèbres (publiée en 1899) a tout d'abord intéressé Orson Welles qui a été le premier à vouloir l'adapter sur grand écran. N'ayant pas reçu le soutien espéré des studios de production, Welles abandonne le projet pour se lancer dans la réalisation de Citizen Kane, avec le succès que l'on connaît.
Bien plus tard, George Lucas est pressenti pour réaliser le film mais il préfère se consacrer à son premier Star Wars. C'est donc Francis Ford Coppola qui s’attelle à la tache alors qu'il est tout fraîchement auréolé du succès immense des deux premiers volets du Parrain.

Coppola décide de transposer l'histoire de Conrad (qui se passe à l'origine en Afrique) au Vietnam alors que les Etats-Unis sont encore meurtris par la longue guerre qui s'est achevée à peine un an avant le début du tournage.
L'histoire est celle du capitaine Benjamin Willard (Martin Sheen) qui reçoit l'ordre des services secrets américain d'aller exterminer le colonel Kurtz (Marlon Brando), qui a perdu l'esprit et s'est retranché au Cambodge où les tribus locales le considèrent comme un demi-dieu.
Willard va donc devoir remonter le fleuve en compagnie de ses acolytes afin de retrouver Kurtz.
Lors de son voyage et en lisant le dossier de ce dernier, Willard va au fur et à mesure se rendre compte de la personnalité de Kurtz et réaliser qu'il n'est pas du tout l'homme qu'il avait imaginé.


Apocalypse Now est une des toute première oeuvre de fiction à parler de la guerre du Vietnam (il n'y a guère que Voyage au Bout de l'Enfer qui l'ait précédé) mais ce n'est finalement pas un film réellement centré sur la guerre. Passé les 45 premières minutes avec notamment la mythique scène de l'attaque des hélicoptères sur un air de Richard Wagner et les séquences avec le lieutenant-colonel Kilgore (l'énorme Robert Duvall), le film se calme pour nous plonger dans la moiteur de la jungle en compagnie des occupants du bateau.
A partir de ce moment, le film relate un voyage, celui de l'embarcation qui les mènera jusqu'à Kurtz mais également le voyage intérieur de Willard qui, va se mettre à douter de plus en plus au fur et à mesure qu'il en apprendra plus sur Kurtz et son passé.

Si le film est considéré par beaucoup comme légendaire, ce n'est pas pour rien. Difficile de ne pas être ébouriffé par les visuels qui nous sont proposés : le napalm qui rase une forêt, les hélicoptères devant le soleil, cette photographie...tout respire le Coppola.
Mais le cœur du film, ce qui nous subjugue, nous bouleverse même, c'est ce trip (émotionnel et visuel), ce voyage au bout de la folie, de la démence, ces regards hallucinés, cette violence crue, cette ambiance malsaine. On a les mains moites, comme l'atmosphère, comme cette jungle.

Le personnage de Kurtz est magnifiquement iconifié par Coppola, nous avons en premier sa voix en tout début de film, puis viendront ses textes, puis des photos, toute cette montée en tension pour finalement le voir arriver, tel le demi-dieu qu'il est, après 2h40 de film (!). A cet instant, dès qu'on entend ses déblatérations philosophiques, on en vient à se demander nous-même s'il est réellement fou, s'il n'est pas finalement qu'un énième homme brisé par la guerre...


D'ailleurs, qui de mieux que Marlon Brando, lui-même légende vivante (à l'époque) du cinéma pour se mettre dans la peau de ce personnage aux contours mystiques ? On sait que le tournage avec lui a été difficile (en plus de tout le reste dont je parlerai en fin d'article) et que Coppola a décidé de le filmer en grande partie dans la pénombre et en contre-plongée (et parfois avec une doublure) pour dissimuler son obésité, reste que le résultat est saisissant, encore plus avec la manière dont Brando déblatère ses textes sans jamais vraiment bien articuler, renforçant ce côté inquiétant du personnage.

Je parle de Brando mais le reste du casting n'est pas en reste, Martin Sheen campe son personnage à la perfection, en témoigne cette première séquence dans la chambre d'hôtel qui montre déjà toute la folie qui campe Willard.
Robert Duvall apparaît une trentaine de minutes dans le film mais quelles 30 minutes ! Kilgore est peut-être un des personnages les plus emblématique du métrage grâce à ses nombreuses répliques cultes, on peut, à ce niveau-là, un peu le comparer au Sergent Hartman dans Full Metal Jacket qui volait la vedette à tout le monde dans la première moitié du film. Duvall sera d'ailleurs nominé pour l'Oscar du meilleur acteur dans un rôle secondaire l'année suivante, comme quoi les vieillards de l'académie ont quand même du flaire parfois.

Il est vrai que ces trois gaillards là tirent une grande partie du rideau mais il ne faudrait pas oublier toute la clique qui accompagne Willard sur leur embarcation, que ce soit Laurence Fishburne (qui avait 15 ans au moment du tournage et qui a dû mentir sur son âge pour le rejoindre), Frederic Forrest et sa magnifique moustache, Sam Bottoms ou le commandant du bateau, Albert Hall.


Comme je l'ai mentionné, Apocalypse Now doit sa renommée légendaire à sa maîtrise formelles certes, mais également grâce au tournage qui est devenu de nos jours presque plus connu que le film en soi.
Lors de sa présentation au Festival de Cannes en 1979, Coppola résumait simplement ce qu'avait été Apocalypse Now pour lui : "Ce n'est pas un film sur le Vietnam, c'est le Vietnam", comparant le tournage à ce que les américains avaient vécu lors de la guerre.

Entre dépassement de budget (Coppola a dû mettre de sa poche une grande partie), changement d'acteur principal (après une semaine, Harvey Keitel qui devait jouer Willard est remplacé par Martin Sheen car Coppola était mécontent de ses premières scènes), conditions météo désastreuses aux Philippines (lieu du tournage) et une tendance pour Coppola à devenir de plus en plus paranoïaque au fil du tournage, la production a été un véritable enfer pour toute l'équipe.
Pour en rajouter une couche, il y a aussi eu les caprices de Brando (qu'il voulait absolument dans le film) : cachet mirobolant, surpoids, il arrivait sur le plateau sans savoir ses textes.

Que de soucis en plus pour Coppola qui a en plus dû faire face aux problèmes de santé de Martin Sheen qui fera un infarctus peu après le tournage de la fameuse scène dans la chambre d'hôtel.
Il faut savoir que Sheen, qui avait énormément bu pour se mettre dans la peau de son personnage, n'a pratiquement pas été dirigé pour cette scène particulière, tant Coppola trouvait qu'il habitait bien Willard.
La suite je l'ai expliquée : crise cardiaque, arrêt de travail de 3 semaines (et contre les recommandations du médecin) et obligation pour Coppola de tourner des plans larges avec une doublure car le tournage avait déjà pris beaucoup trop de retard.

Si l'envers du décor vous intéresse, je vous conseille d'ailleurs vivement le documentaire filmé en amateur par la femme de Francis Ford Coppola sur le tournage du film : Aux cœurs des ténèbres : l'apocalypse d'un metteur en scène, qui revient de manière très intéressante sur cette production gargantuesque.


Tout ceci pour au final obtenir le film que l'on connaît et qui est considéré encore aujourd'hui comme un grand classique du cinéma américain.
S'il y a quelque chose que l'on ne peut pas enlever à Francis Ford Coppola, c'est son amour pour le cinéma et sa foi en ce projet qu'il aura soutenu jusqu'au bout, quitte à se mettre au bord de la faillite et à donner de sa personnes (il aura tout de même perdu 40 kilos pendant les 238 jours de tournage) pour faire aboutir un projet qui lui tenait autant à cœur.
Au final, cette abnégation aura payé car le film recevra un excellent accueil critique et marchera très bien en salles, permettant à Coppola d'éviter le gouffre financier auquel il semblait promis.

Alors que Le Parrain revient souvent dans les bouches des gens quand il s'agit de parler du chef-d'oeuvre du réalisateur, Apocalypse Now reste certainement le plus marquant et portera toujours sur lui ce côté un petit peu "mystique" quand on sait tout ce qu'a vécu l'équipe pour lui faire prendre vie.
La version Redux apporte certes quelques longueurs, mais elle ne dénature en rien le premier montage qui n'aura qu'encré encore plus Coppola parmi les plus grands réalisateurs que le cinéma américain ait connu.


dimanche 16 août 2015

Mission Impossible : Rogue Nation (2015)

Titre original : Mission : Impossible - Rogue Nation

Date de sortie française : 12 août 2015

Réalisateur : Christopher McQuarrie

Scénario : Christopher McQuarrie et Drew Pearce d'après les personnages créés par Bruce Geller

Directeur de la photographie : Robert Elswit

Montage : Eddie Hamilton

Musique : Joe Kraemer

Durée : 2h12

Avec : Tom Cruise, Simon Pegg, Jeremy Renner, Rebecca Ferguson, Ving Rhames, Sean Harris, Alec Baldwin


Synopsis L’équipe IMF (Impossible Mission Force) est dissoute et Ethan Hunt se retrouve désormais isolé, alors que le groupe doit affronter un réseau d’agents spéciaux particulièrement entraînés, le Syndicat. Cette organisation sans scrupules est déterminée à mettre en place un nouvel ordre mondial à travers des attaques terroristes de plus en plus violentes. Ethan regroupe alors son équipe et fait alliance avec Ilsa Faust, agent britannique révoquée, dont les liens avec le Syndicat restent mystérieux.
Ils vont s’attaquer à la plus impossible des missions : éliminer le Syndicat. (Source : Première)

Mon avis


La franchise si chère à Tom Cruise est de retour sur grand écran, quatre ans après l'excellent Protocole Fantôme qui a véritablement redonné ses lettres de noblesse à la licence. Cinquième film donc et 5ème réalisateur également, la saga ayant pour vocation d'apporter à chaque nouvel épisode le style et les idées d'un metteur en scène différent (comme c'est le cas pour la saga Alien par exemple).
Après la sobriété et la tension de De Palma, le too much de John Woo, la shaky cam de J.J. Abrams et l'inventivité folle saupoudrée de la légèreté de Brad Bird, c'est donc Christopher McQuarrie, scénariste renommé ayant collaboré à de nombreuses reprises avec Bryan Singer (il est d'ailleurs à l'origine du twist si célèbre de Usual Suspects) et bon ami de Tom Cruise qu'il a déjà dirigé dans le bon Jack Reacher, qui a la lourde tâche d'essayer de faire au moins autant bien que son prédécesseur.

Alors que Mission Impossible a été dissoute et ses membres désavoués, Ethan et ses amis doivent faire face à une grande menace, le Syndicat, organisation mystérieuse qui résulte d'un projet lancé par le Premier Ministre britannique mais qui n'avait jamais vu le jour. Solomane Lane (Sean Harris) a continué le projet de son côté pour devenir la tête pensante du Syndicat. Ethan est de plus surveillé par la CIA car il continue ses recherches alors que IMF n'existe plus.


Comme je l'ai mentionné, arriver après l'excellent film de Bird n'était pas aisé pour McQuarrie mais il avait clairement les épaules pour le faire et autant dire tout de suite qu'il s'en sort à merveille.
Reprenant ce qui faisait la force de Protocole Fantôme avec son ton assez léger, sa générosité et ses personnages attachants, McQuarrie se permet quelques folies bienvenues comme cette fameuse scène d'ouverture avec Tom Cruise accroché (pour de vrai !) à la porte d'un avion qui décolle...ça annonce la couleur et c'est vraiment couillu de sa part quand on sait que c'était clairement une des scènes les plus attendues après les différents trailers.

Ce qui est très fort, c'est que la suite présente certains passages qui n'ont rien à envier à la séquence d'ouverture : la scène de l'opéra, très hitchcockienne dans l'esprit, est géniale et parfaitement maîtrisée avec ce chanteur d'opéra qui dicte le rythme de la scène de bout en bout. McQuarrie intègre également quelque chose qui n'avait pas encore été fait dans la saga, l'infiltration aquatique, scène de haute tension où Ethan doit retenir sa respiration pas moins de 3 minutes, angoissant !
Le film propose en plus la première course-poursuite à moto digne de ce nom, là où Woo faisait un peu n'importe quoi, on a enfin droit à une séquence qui rend véritablement hommage à ces bolides en plus d'être très bien filmée.
D'ailleurs, toute la partie se passant au Maroc est très impressionnante niveau action et c'est aussi là que l'on voit que McQuarrie avait des idées plein la tête car même si le film se situe dans la continuité du travail de Bird il arrive à se renouveler suffisamment pour éviter l'effet de "déjà-vu".


Rogue Nation reprend également l'aspect beaucoup plus centré sur l'équipe autour de Ethan et qui va d'ailleurs lui sauver la peau à plusieurs reprises. On a toujours l'excellent Simon Pegg, drôle sans jamais tomber dans la bouffonnerie, Jeremy Renner un peu plus en retrait que dans Protocole Fantôme, Ving Rhames qui est de retour aux affaires et la petit nouvelle Rebecca Ferguson qui est un peu à l'image du film finalement : belle femme mais sans être vulgaire, sans en faire trop. D'ailleurs, ses adieux avec Ethan ne se concluent pas sur un baiser langoureux comme c'est (trop) souvent le cas mais sur une simple étreinte...
Du côté des antagonistes, on a droit à Sean Harris avec sa dégaine particulière qui campe un méchant assez classique mais plutôt inquiétant de par sa manière de procéder. Il n'a certes pas le charisme d'un Philip Seymour Hoffman mais il connaîtra un sort largement moins ridicule que celui réservé à Hoffman dans Mission Impossible 3.

Là où la saga James Bond s'est plongée totalement dans l'introspection depuis l'arrivée de Daniel Craig (ce qui n'est pas un défaut, attention), Mission Impossible arrive désormais à intégrer ce grain de folie qui faisait les beaux jours du plus célèbre agent secret il y a quelques années de ça maintenant.
Comme je l'ai déjà mentionné, McQuarrie reste très fidèle à l'essence de Mission Impossible avec notamment une scène de haute tension sans aucune musique, reflet de ce qu'avait fait De Palma dans cette séquence suspendue si hallucinante du premier M:I.
Le réalisateur américain ajoute cependant tout ce qu'il faut pour obtenir ce que le public attend d'un film d'action actuel et, contrairement aux Yes-men des films Marvel par exemple, sait mettre en scène son film, en témoigne une nouvelle fois la scène géniale de l'opéra maîtrisée du début à la fin.


Généreux dans ce qu'il propose sans jamais en faire trop, Rogue Nation est un très bon cru du cinéma d'action et McQuarrie n'a clairement pas à rougir face à De Palma et Bird dont il respecte le travail tout en y ajoutant sa touche personnelle. Dosant à merveille les gros moments d'adrénaline à ceux remplis de tension, le film démontre en plus que Tom Cruise en a toujours dans le pantalon en effectuant lui-même la majorité de ses cascades.
Ethan Hunt est toujours ce surhomme charismatique mais qui montre toutefois des signes de faiblesse par moments, ce qui le rend vraiment humain et attachant (comme le reste de l'équipe d'ailleurs).

Pas grand-chose à reprocher donc si ce n'est un poil trop de plot twists sur la fin mais c'est vraiment pour chipoter. Mission Impossible : Rogue Nation est un excellent film d'action et vient prouver que le genre a encore de bonnes choses à offrir (on a déjà eu Fury Road et on aura encore Spectre cette année). Après Jack Reacher, Christopher McQuarrie prouve qu'il n'est pas qu'un bon scénariste mais qu'il arrive à faire des choses très intéressantes derrière une caméra.
Avec son succès critique et en salles, tous les feux sont donc au vert pour un 6ème épisode déjà confirmé par Tom Cruise et qui verra certainement l'arrivée d'un nouveau réalisateur, j'espère pour le meilleur.


jeudi 13 août 2015

(Re)visionnages récents - 2


It Follows (2015) - David Robert Mitchell



Alors que les bons films d'horreur se font rares sur grand écran (beaucoup sortent directement en VOD), It Follows arrive avec un concept assez génial dans l'idée, celui de la malédiction qui se transmet par voie sexuelle (métaphore évidente du sida et des MST en tous genres).
La malédiction en question, c'est une entité qui vous suit en permanence dès que vous couchez avec quelqu'un qui en est "infecté". La "chose" avance très lentement mais elle peut prendre toutes les formes possibles, du parfait inconnu au voisin de palier en passant par les parents proches.
Mon dieu, qu'est-ce que c'est bon de voir un film d'horreur qui n'abuse pas ad nauseam des jump scare (je n'en retiens qu'un seul de tout le film et il n'est pas là que pour faire "genre") mais qui arrive à installer un sentiment de malaise permanent et à plonger le spectateur dans une paranoïa qui le poursuivra tout du long, ne vous attendez pas à hurler de terreur, on a clairement à faire à un film d'ambiance.
Jamais vous n'allez regarder les arrière-plans autant que dans ce film et David Robert Mitchell l'a très bien compris avec ses plans souvent très longs et fixes qui laissent parfaitement le temps de scruter les alentours.
A noter également une bande son excellente signée Disasterpeace qui ajoute sa pierre à l'édifice qu'est It Follows, un excellent film d'horreur comme on aimerait en voir plus.


Gunman (2015) - Pierre Morel


Après avoir fait basculer Liam Neeson vers le côté obscur avec Taken en 2008 (rôle qu'il ne cesse de reprendre à toutes les sauces ces derniers temps fort malheureusement), Pierre Morel nous refait le coup avec cette fois-ci Sean Penn dans un rôle assez éloigné de ce qu'on a l'habitude de voir avec lui.
J'avoue éprouver une certaine sympathie pour le premier Taken, probablement parce que voir Liam Neeson défourailler tout le monde c'était plutôt fun, malgré les énormes défauts du film.
Gunman est finalement assez éloigné de Taken, principalement car il est beaucoup plus calme et laisse de côté le cliché habituel du père qui va sauver sa fille blablabla (bon ne vous inquiétez pas, vous allez en trouver d'autres des clichés dans ce film : triangle amoureux débile, vision de l'Afrique caricaturale et j'en passe des meilleurs).
On a toujours droit aux quelques éclairs de violence vraiment cruelle dont Pierre Morel a le secret mais dans l'ensemble, on se fait quand même plutôt chier ! La faute à Sean Penn qui ne dégage absolument rien, pas de charisme, on s'en fout limite de lui. Il faut également se coltiner un pauvre Javier Bardem qui cabotine un max pour ne rien arranger.
On pourra accorder au film une réalisation plutôt correcte avec des scènes d'action lisibles dans l'ensemble mais ça ne suffit pas, le film ne décolle jamais et quand on s'ennuie devant un film d'action, c'est qu'il y a un problème quelque part.


Brazil (1985) - Terry Gilliam


Considéré par beaucoup comme le chef d'oeuvre de Terry Gilliam, Brazil est la première de ses réalisations à s'écarter quelque peu des univers étranges auxquels il nous avait habitués jusqu'alors. Inspiré pour son fond par le classique de George Orwell, 1984 (mais également de grands chefs-d’œuvre dystopiques comme le Metropolis de Fritz Lang entre autres) le film s'en écarte par sa forme tout en gardant une ambiance à la fois dérangeante et absurde.
L'idée du totalitarisme (principalement stalinien mais on peut évidemment également penser au régime nazi) décrit par Orwell est parfaitement retranscrit avec ces humains quasiment déshumanisés dont la liberté d'expression n'a pratiquement plus lieu d'être. Le personnage principal, superbement interprété par Jonathan Pryce, ne connaît de moments de répit que lorsqu'il s’endort et se met à rêver. La thématique du rêve est également au centre du film, si bien qu'on en arrive à se demander si tout ce qui est vécu par les personnages est réel ou non.

Le gros point fort du film, c'est évidemment la maestria avec laquelle Gilliam retranscrit cet univers dystopique qui regorge de coins glauques de toutes parts. La patte Gilliam se retrouve également dans ces décors parfois surréalistes mais toujours très crédibles.
Un grand film à n'en pas douter mais j'avoue avoir eu un peu de peine à vraiment rentrer dedans. Je pense que le film aurait eu encore plus d'impact si Gilliam s'était affranchi de ce second degré et de ce côté un peu absurde.
A noter par contre l'énorme Robert De Niro qui, dans un second rôle, apporte cette touche humoristique qui contraste totalement avec l'univers.


Vice-Versa (2015) - Pete Docter


Alors que Pixar traverse une période un peu difficile d'un point de vue créatif (3 de leurs 4 derniers films sont des suites pas toujours vraiment inspirées si on met de côté le dernier Toy Story), la nouvelle réalisation de Pete Docter (Monstres et Cie, Là-haut) promettait à nouveau un univers original se concentrant sur les différentes émotions vivant dans la tête de Riley, une petite fille de 11 ans qui va voir sa vie bouleversée par un déménagement qui va la faire quitter le Minnesota et tous ses amis.
S'il y a bien quelque chose qu'il faut laisser aux studios Pixar, c'est bien leur talent d'écriture, on va vraiment suivre les différentes émotions de la petite Riley : la joie, la tristesse, la colère, la peur et le dégoût (même si l'histoire se concentre surtout sur ces deux premières). Les personnages sont certes des stéréotypes (la tristesse grassouillette et à lunettes, la colère avec sa grosse voix, la peur et son look nerd, etc.) mais ça leur colle parfaitement et c'est ce qui permet de s'attacher à eux.
Là où le film réussit parfaitement ce qu'il entreprend, c'est qu'il fait réellement ressentir des émotions au spectateur : j'ai rigolé de bon cœur à de nombreuses occasions mais j'ai également été plutôt triste à certains moments, particulièrement lors de la dernière scène avec l'ami imaginaire de Riley (que je ne spoilerai pas ici) qui est extrêmement touchante.
Je reprocherais par contre une DA pas forcément toujours très inspirée, autant je trouve les personnages de la tristesse ou de la peur très bien réussis, autant le design de la joie aurait pu être un peu plus "foufou". Le monde du cerveau de Riley est très réussi par contre celui du "vrai" monde extérieur est plutôt banal et ne réinvente en tout cas pas le genre.
Vice-Versa est vraiment un beau film et un petit coup de cœur me concernant, je suis ressorti de la séance avec un grand sourire et c'est vraiment ce que j'attends d'un film du genre.
Par contre, je rajouterais juste que le court-métrage qui précède le film, Lava, est à des années-lumière de ce que Pixar à l'habitude d'offrir dans le domaine. J'ai trouvé celui-ci d'un goût vraiment douteux, si bien que j'étais mal à l'aise pendant les 7 minutes que ça aura duré...carton rouge sur ce coup !


Divergente 2 : L'Insurrection (2015) - Robert Schwentke


Ahlala...y'a des fois où je me demande vraiment pourquoi je me donne tant de peine pour écrire quelques lignes sur certains films.
J'avoue avoir une certaine amitié pour le premier opus de la série Divergente, tout comme j'en éprouve également une pour le premier volet de la franchise Hunger Games (un peu pour les mêmes raisons, c'est-à-dire que dans les deux cas je m'attendais à voir le truc le plus con jamais imaginé).
Insurgent (le titre anglais est bien plus simple) reprend bien évidemment là où son prédécesseur nous avait laissé à coup de gros flashbacks bien appuyés comme il faut pour rappeler au spectateur le plus con les (immenses !) enjeux qui avaient été laissés en suspens.
La suite ? Un enchaînement de tout ce qu'il y a de plus insupportable dans ce genre de films : ne s'arrêtant pas en si bon chemin en ce qui concerne prendre le spectateur pour le dernier des débiles, le film ne se prive pas d'appuyer lourdement sur tous les sentiments afin de mieux les faire passer auprès de la minette de 12 printemps. Tris se sent responsable de la mort de ses parents ? Ne vous inquiétez pas, celle-ci sera mentionnée 32 fois et Tris pleurera autant de fois en y repensant. Le personnage de Zoë Kravitz est en colère contre Tris quand elle apprend que cette dernière a tué son copain ? On va aller la positionner droit devant celle-ci pour lui jeter 18 regards bien noirs comme il faut (mais ne vous inquiétez pas, tout sera oublié en 10 secondes plus loin dans l'histoire). Theo James est en colère ? Pas de souci, on va lui faire serrer les poings et grogner profondément...Si un jour il me vient l'idée masochiste de revoir ce film, il faudra que je pense à faire un décompte du nombre de fois où j'ai levé les yeux au ciel.

Mais encore, s'il n'y avait que ça ! Que vient foutre Naomi Watts dans ce bordel sérieux ? Autant on peut accorder à Kate Winslet de se préoccuper un peu de ce qu'elle fait mais Watts a l'air de ne piger absolument rien à ce que son personnage raconte. Heureusement qu'on la voit peu car bon dieu que c'est navrant.
Et puis c'est quoi ce délire avec Tris sérieux ? Je veux bien que l'on ait une héroïne principale qui soit forte mais dans ce cas il ne fallait pas prendre Shailene Woodley pour l'incarner, elle est toute frêle ! Du coup j'y crois pas une seule seconde quand je la vois se farcir 3 mecs armés à la fois à la seule force de ses poings (ce qui donne parfois lieu à des chorégraphies assez surréalistes)...lui faire se couper les cheveux pour se donner un air de garçon manqué n'a aucune chance d'aider dans ce sens.

Je garde le meilleur pour la fin, et là j'ai presque hurlé de rire, ils nous font le coup de la fausse mort de l'héroïne ! Tout le monde sait qu'il y a un troisième bouquin, tout le monde sait que personne ne va y croire mais les mecs se sont quand même dit : "Allez les gars, on fait mourir Tris mais en fait non car [insérer justification improbable]". C'est énorme !
Du coup maintenant j'ai envie de voir la suite, j'ai envie de savoir s'il est techniquement possible de faire pire, les scénaristes auront en plus l'occasion de briller par deux fois encore comme la dernière partie va (encore) être divisée en 2 chapitres au cinéma. Vite !


L'Armée des Douze Singes (1995) - Terry Gilliam


10 ans après Brazil, Terry Gilliam revient au film d'anticipation dans un univers dystopique avec cette adaptation libre de La Jetée, un court-métrage français de 1962. Reprenant en grande partie la direction artistique utilisée pour Brazil, Gilliam y retrouve également les thèmes qui lui sont chers avec un univers sombre et cette confrontation entre l'homme et la technologie, plus spécifiquement la science qui sera la cause de la disparition de 99% de la population mondiale à cause d'un virus d'origine inconnue répandu à travers le monde en 1996.
James Cole (Bruce Willis), prisonnier en 2035 est envoyé dans le passé pour essayer de recueillir des informations sur le virus et sa propagation ainsi que sur une organisation terroriste amoureuse des animaux, L'Armée des 12 Singes, qui est soupçonnée d'être à l'origine de l'épidémie.
L'exercice du voyage dans le temps au cinéma est plutôt délicat et bon nombre de films actuels qui le tente se cassent souvent les dents, le voyage temporel n'étant qu'un prétexte sans jamais vraiment servir le scénario.
Ici, tout est d'une cohérence folle, l'histoire est superbement écrite et l'univers monté par Gilliam est extraordinaire : il est d'ailleurs à noter que la majorité des décors sont réels car l'équipe n'a pas pu tourner en studio en raison d'un budget trop serré, Gilliam a donc tourné en grande partie dans des entrepôts abandonnés.
les personnages qui habitent cet univers ne sont bien évidemment pas en reste, et le mérite revient à leur interprétation : que ce soit Bruce Willis (certainement ici dans un de ses meilleurs rôles), l'hilarant Brad Pitt, complètement halluciné ou la belle Madeleine Stowe, parfaite dans son rôle.
Clairement au-dessus à mes yeux que Brazil qui m'avait laissé un petit arrière-goût amer, L'Armée des Douze Singes reste pour moi le grand chef-d'oeuvre de Terry Gilliam et un des meilleurs longs-métrages traitant du voyage temporel.


Loin de la Foule Déchaînée (2015) - Thomas Vinterberg


N'étant pas du tout un connaisseur du cinéma de Vinterberg (je n'ai vu aucun de ses films tout en sachant qu'ils divisent beaucoup), j'ai donc vécu mon dépucelage avec cette adaptation du grand classique du romancier anglais Thomas Hardy, pas loin de 50 ans après la version de John Schlesinger que je compte regarder prochainement pour comparer.
La première chose qui saute aux yeux dès les premières minutes du film, c'est cette beauté formelle, cette photographie somptueuse qui met en valeur de la plus belle des manières l'Angleterre rurale du 19ème siècle.
Le film contient son lot de scènes fortes, j'en retiens essentiellement deux, celle de la chanson autour d'une table entre les personnages de Carey Mulligan et Michael Sheen et celle de la rencontre entre cette première et Frank (Tom Sturridge) dans un bosquet, éblouissante visuellement par son jeu sur les contrastes.
Le casting n'est pas en reste avec Carey Mulligan comme souvent très touchante avec un jeu de regard formidable, un Michael Sheen parfait et Matthias Schoenaerts dont le personnage est finalement le plus unilatéral, le plus loyal et finalement peut-être le plus attachant.
Loin de la Foule Déchaînée est une belle histoire mise en scène de très belle manière et qui devrait se savourer de la sorte. Sans qu'il m'ait réellement transcendé, le film a au moins le mérite de présenter quelque chose de différent parmi la masse de produits hollywoodiens insipides que l'on nous sert ces temps-ci.


Mission Impossible (1996) - Brian De Palma


Avec la sortie imminente de Rogue Nation, l'occasion est idéale pour un revisionnage de ses prédécesseurs en commençant par un des plus grands classiques du film d'espionnage/action j'ai nommé Mission Impossible (premier du nom). Mon dernier visionnage du film remontant à très longtemps, je n'avais plus de gros souvenirs et autant dire que ça a été pour moi une redécouverte totale. Dirigé de main de maître par Brian De Palma, qui restait pourtant sur plusieurs échecs au box-office (dont un très récent avec L'Impasse), ce premier volet présente tout ce que j'adore dans le genre : un héros charismatique, une intrigue en béton et des scènes au suspense insoutenable : je pense bien évidemment en premier lieu à cette scène absolument géniale du vol de la disquette, sans aucune musique, avec des plans jonglant constamment entre Ethan et tous les potentiels dangers pouvant venir ruiner sa mission : la température, le bruit, etc.
Toute la séquence à Prague au début du film n'est pas en reste non plus avec juste ce qu'il faut d'action, sans en faire des tonnes.
Le chef-d'oeuvre aurait été total sans cette fin complètement too much dans le train avec la scène de l'hélicoptère qui a extrêmement mal vieillie (le saignement des yeux n'était pas loin) en plus d'apporter une surdose d'action alors que le film s'en était parfaitement passé jusque-là (je crois d'ailleurs que c'est Tom Cruise, producteur, qui a insisté pour la tourner).
Ceci étant dit, ça ne gâche pas pour autant le film, tout ce qui précède étant tellement maîtrisé que je pardonne bien volontiers cette "erreur" qui contribue d'ailleurs à donner un charme certain à ce premier volet de la série.


Mission Impossible 2 (2000) - John Woo


On enchaîne avec la suite ! Considérée par certains comme un navet et par beaucoup comme un nanar, je serai un peu plus gentil en le qualifiant de "bon" nanar.
A mille lieux de celle de De Palma, la réalisation de John Woo y est pour beaucoup dans cette chute drastique de qualité. N'étant pourtant pas un manche en temps normal, Woo a l'air de n'en avoir complètement rien à branler durant tout le film, jusqu'à en tomber dans l’auto-parodie salace.
Mission Impossible 2 c'est des ralentis, beaucoup de ralentis, TROP de ralentis. Woo nous en fout lors des scènes d'action mais pas seulement (pendant la scène de rencontre entre Ethan et Nyah par exemple, pour bien te montrer le coup de foudre). Rappelons quand même qu'à la même époque (grosso modo) sortait Matrix qui révolutionnait le genre avec son utilisation inédite (et impressionnante) du bullet time.
Mission Impossible 2 c'est aussi des scènes complètement "what the fuck" telle celle de l'escalade à main nu d'une falaise par Ethan, complètement relax style jogging du matin, ou celle où celui-ci passe derrière un mur de flamme avec une colombe qui s'en échappe (véridique, vous la sentez la grosse symbolique ?).
Tout ça n'a pas l'air glorieux dit comme ça mais le fait est que je me suis pas mal éclaté : les ralentis ? Ça me fait souffler du nez. Ethan qui prend la position du Christ sur sa falaise ? Ça me fait sourire. Le combat final avec un Tom Cruise ninja (avec des ralentis partout bien entendu) ? Ça me fait marrer.
Ajoutez à ça une intrigue totalement prévisible (le coup des masques ça marchait bien dans le premier mais là il y a clairement abus) et un méchant inintéressant au possible et vous obtenez tous les ingrédients pour un bon petit nanar.
Alors certes c'est honteux quand on le compare à la maîtrise du film de Brian De Palma mais pris en tant que tel, j'avoue avoir pris un certain plaisir (coupable à n'en pas douter) durant le visionnage...le charisme intact de Tom Cruise n'y est certainement pas étranger.


Mission Impossible 3 (2006) - J.J. Abrams



Pas grand-chose à dire sur le premier long métrage de J.J. Abrams. Le film n'est clairement pas exempt de défauts mais je le placerais à ce stade derrière le premier mais devant l'opus de John Woo.
Jamais désagréable mais jamais totalement excitant pour autant, le film se démarque surtout par son méchant campé par le génial mais regretté Philip Seymour Hoffman qui est certainement l'antagoniste le plus réussi de la franchise.
Le casting des rôles secondaires est d'ailleurs très intéressant et réussi dans son ensemble avec les apparitions de Simon Pegg, Laurence Fishburne, Michelle Monaghan ou Jonathan Rhys-Meyers pour ne citer qu'eux.
Abrams remonte clairement le niveau du film de Woo même si sa mise en scène n'est pas forcément toujours très lisible, surtout lors des scènes d'action où il abuse un peu trop du shaky cam (par contre il est encore plutôt calme sur les lens flare dont il abusera complètement dans ses deux Star Trek).
Il en résulte un film d'action plutôt généreux, centrant son intrigue sur la recherche d'une "patte de lapin", sorte de MacGuffin dont on ne connaîtra jamais réellement la réelle nature. Abrams ne renouvelle certes pas le genre (voire la franchise) mais il évite plutôt bien les travers dans lesquels était tombé Woo et nous signe un premier film plus que correct.


Mission Impossible : Protocole Fantôme (2011) - Brad Bird


Après la première grande réalisation de J.J. Abrams, Brad Bird vient à son tour s'essayer pour la première fois au film live après avoir connu de gros succès dans l'animation (Le Géant de Fer d'abord, puis chez Pixar avec Ratatouille et Les Indestructibles). Premier visionnage me concernant et donc découverte totale et je ne dirai qu'une chose : Woah !
De la part d'un néophyte dans le domaine, on ne peut que saluer l'incroyable travail qu'a effectué Bird sur son film qui retrouve enfin une mise en scène digne de ce nom avec un sens du suspense et de la tension (la scène de l'escalade de Dubaï mon dieu, j'ai cru asphyxier). L'ingrédient de base est toujours là mais il est agrémenté d'ajouts vraiment bienvenus comme l'humour qui transparaît principalement à travers le personnage de Simon Pegg (et qui fait bien mieux passer certaines incohérences, inhérentes à la série) ou l'esprit d'équipe beaucoup plus mis en avant (d'ailleurs, l'affiche du film elle-même laisse enfin de la place aux "sidekicks" de Tom Cruise).
Et cette équipe, il faut dire qu'elle a de la gueule : j'ai déjà parlé de Pegg mais Jérémy Renner et Paula Patton sont aussi excellents et assez développés pour qu'on puisse s'attacher à eux.
Rempli de bonnes idées, grâce notamment aux gadgets ultra modernes utilisés par l'équipe (l'infiltration du Kremlin avec le panneau dans le couloir est juste géniale, l'idée de la lentille oculaire à reconnaissance faciale également), Protocole Fantôme surpasse ses deux prédécesseurs que ce soit au niveau de l'écriture ou de la réalisation et offre ce que le film d'action a pu faire de mieux ces dernières années.


Les Frères Grimm (2005) - Terry Gilliam


Après le fiasco Don Quichotte, adaptation qu'il avait en tête depuis de nombreuses années et annuléeTerry Gilliam se tourne vers une autre adaptation, celle de la vie de Jacob et Wilhelm Grimm.
en plein tournage après de nombreux problème,
Le film marque le retour de Gilliam au film d'aventure fantastique, dans la lignée de Bandits, bandits et des Aventures du Baron de Münchhausen. Plutôt que de relater simplement la vie des deux célèbres conteurs allemands, Terry Gilliam a la bonne idée de confronter directement Wilhelm (Matt Damon) et Jacob (Heath Ledger) à leurs propres contes. Les deux frères sont décrits ici comme des aventuriers ayant acquis une grande renommée en chassant sorcières et maléfices à travers l'Allemagne...renommée bâtie uniquement sur l'usage de trucages ingénieux.
Le film transpire de l'imagination un peu folle de Gilliam dans un domaine qui est parfaitement calibré pour son style. Il ne se prive pas d'aller puiser ses influences dans de nombreux contes des frères Grimm...mais pas que !
Le film est plutôt sombre et le style "papier-mâché" particulier du réalisateur vient appuyer l'aspect fantastique de l'histoire. On pourra déplorer certains effets numériques vraiment moches qui viennent quelque peu ternir la beauté formelle du film mais sans que ce soit rédhibitoire pour autant.
Le casting cinq étoiles s'en sort honorablement avec un duo Damon-Ledger qui fonctionne très bien (malgré un Matt Damon un peu en roue libre il faut l'avouer). Mention spéciale à Peter Stromare et son accent italien qui m'aura bien fait rire.
Une belle réussite donc que cette adaptation libre de la vie des Frères Grimm qui se laisse découvrir et savourer un petit peu à la manière d'un conte, avec la petite touche d'humour "gilliamesque" qui va avec bien évidemment !


Into The Woods (2015) - Rob Marshall


Le film musical...voilà un concept qui m'échappe encore. Prendre des acteurs pour pousser la chansonnette alors qu'ils ne sont clairement pas tous égaux face à l'exercice ça peut donner du très bon où ça peut faire souffrir vos oreilles.
A vrai dire, je ne sais pas vraiment ce qui m'a poussé à voir Into The Woods, production Disney sortie en début d'année et réunissant un casting pas dégueulasse du tout (peut-être le fait que j'avais vu les Frères Grimm le soir d'avant).
Je ne sais vraiment pas trop quoi dire tellement c'est mauvais, là où j'éprouvais une certaine sympathie pour Les Misérables qui était pourtant loin d'être parfait, on a ici un concentré de tout ce qui est à gerber chez les productions Disney.
C'est niais mon dieu mais que c'est niais, toutes les musiques sont d'une bêtise à peine croyable. On va avoir droit aux traditionnels discours (chantés) sur le pouvoir de l'amitié, le pouvoir de la famille, etc.
Plusieurs contes viennent s'entremêler dans ce fouillis sans aucun enjeux et qui ne respectent même pas leur matériau d'origine (Cendrillon c'est juste du gros n'importe quoi).
Il faut en plus se coltiner Johnny Depp (le "loup") qui joue du Johnny Depp et qui continue de creuser sa tombe artistique, à croire qu'il n'était déjà tombé assez bas et une Meryl Streep qui vient cachetonner et décrocher une nomination pour un Oscar qui nous prouve une fois de plus que l'Académie n'a dû voir que son nom sur l'affiche sans voir le film. Ah oui il y a aussi l'insupportable Chris Pine qui joue le prince charmant de Cendrillon et qui s'offre une scène musicale totalement hallucinante de ridicule avec son frère (amoureux de Raiponce) dans une rivière. Au final, c'est Anna Kendricks qui s'en tire le mieux car la seule qui n'essaye pas toutes les 2 minutes d'en faire des tonnes.
Mais le pire c'est que c'est long mon dieu, il faut supporter ce calvaire pendant 2h ! Heureusement que le chant ne représente au final qu'une minorité du film sinon Disney auraient été coupables d'avoir créé la pire torture qu'un homme puisse endurer.